
Les questions de sécurité représentent 5 % de la communication gouvernementale sur la période janvier 2025 – juin 2026. Elles recouvrent des enjeux critiques pour la stabilité nationale et régionale : déploiement des Forces de Défense Nationale du Burundi (FDNB), coopération militaire avec les pays voisins, et guerre persistante à l’Est de la République Démocratique du Congo, attisée par le soutien du Rwanda au mouvement M23.
Gitega, 03/07/2026 (BdiAgnews) – Sur la période janvier 2025 – juin 2026, la sécurité représente 5 % de l’action gouvernementale burundaise telle que reflétée dans la communication officielle. Ce pourcentage, modeste en apparence, recouvre des enjeux d’une gravité exceptionnelle : déploiement des FDNB en République Démocratique du Congo, gestion des tensions frontalières avec le Rwanda, et réajustement stratégique sous pression diplomatique américaine.
La coopération militaire bilatérale avec Kinshasa constitue le fil conducteur de la période. Les FDNB ont été déployées aux côtés des forces congolaises pour sécuriser le flanc est du Kivu, face à l’avancée du M23. S.E. le Président Ndayishimiye Evariste, Général Major, a effectué plusieurs visites de travail à Kinshasa et a pris part aux 12ème et 13ème Sommets du Mécanisme Régional de Suivi de l’Accord-Cadre pour la paix en RDC, notamment à Kampala en mai 2025. En juin 2026, une visite d’État à Kinshasa a réaffirmé l’engagement commun pour la paix et la coopération bilatérale.
Sur le plan multilatéral, 57 militaires burundais ont été formés aux contre-mesures électroniques dans le cadre de la mission de l’Union africaine en Somalie. Sur le plan intérieur, la BSPI (Bataillon Spécial de Protection et d’Intervention) a remporté les compétitions militaires nationales 2026, et 150 commandos FDNB ont reçu leurs brevets, témoignant d’un effort soutenu de professionnalisation des forces armées.
Le fait marquant de la période est sans conteste le retrait des FDNB de la région d’Uvira, en décembre 2025, ordonné dans le cadre des Accords de Washington. Le 13 décembre 2025, le Lieutenant-Général Niyongabo Prime, Chef d’État-Major des FDNB, a publié un communiqué officiel justifiant cette décision : « Uvira n’a pas été prise parce que nous aurions fui, non. Nous avons respecté les Accords de Washington que nous avions conclus avec le Président des États-Unis. Ces accords stipulaient que tous les pays ayant envoyé des troupes au Congo disposaient de 72 heures pour les retirer. Lorsque le M23 a compris que nous nous retirions, il a profité de la situation pour occuper toutes les zones que nous contrôlions, comme Kayogota, Luvungi, Lubarika, ainsi que la région d’Uvira, qu’il a prise pacifiquement, sans combats. Le Burundi n’est pas vaincu, nous sommes victorieux. »
La ville d’Uvira est tombée le 10 décembre 2025, quelques heures après le retrait des troupes burundaises. Kinshasa a dénoncé la manœuvre : le porte-parole Patrick Muyaya a déclaré que « le Rwanda a clairement manifesté sa mauvaise foi » et a exigé des sanctions internationales contre Kigali. S.E. le Président Tshisekedi Félix a qualifié l’offensive sur Uvira de violation de l’Accord de Washington.
Le Burundi a fermé sa frontière avec la RDC après la chute d’Uvira, avant de la rouvrir après dix semaines. En mars 2026, une délégation Banyamulenge a été reçue à Gitega venue remercier le Burundi pour sa présence en RDC jouant un rôle protecteur dans le cadre des efforts de dialogue communautaire.
En parallèle, des tensions sont apparues autour de Cibitoke fin 2025, avec des bombardements attribués au Rwanda. Fin mars 2026, des explosions dans un dépôt militaire à Musaga ont fait 13 morts et 57 blessés, révélant les défis persistants de gestion des stocks de munitions.
Au plan intérieur, la Police Nationale du Burundi (PNB) est intervenue régulièrement dans des actions de maintien de l’ordre et de protection des personnes vulnérables. Des faits divers — accidents, incendies, actes de délinquance — et des questions de violences basées sur le genre ont également alimenté la couverture sécuritaire locale. Les forces de défense et de sécurité ont organisé des cérémonies de moralisation et de patriotisme, notamment lors des retraites pascales à l’ISCAM.
L’accession de S.E. le Président Ndayishimiye à la présidence de l’Union africaine en février 2026 offre au Burundi un levier institutionnel nouveau pour peser sur les crises régionales. Depuis cette tribune, il a condamné fermement l’attaque terroriste au Niger en février 2026, illustrant la dimension continentale des préoccupations sécuritaires burundaises.
Au terme de ces 18 mois, le bilan sécuritaire dessine un Burundi contraint de réajuster son engagement militaire en RDC sous pression diplomatique américaine, tout en maintenant une coopération bilatérale active avec Kinshasa. Le retrait des FDNB d’Uvira, présenté comme un choix politique et non une défaite militaire, constitue l’inflexion majeure de la période. La complexité du dossier rwandais, les incidents frontaliers et la chute d’Uvira rappellent que la sécurité du Burundi reste indissociable de celle de son environnement géopolitique immédiat. Les engagements pris à Gitega, Washington et Addis-Abeba devront se traduire en avancées concrètes sur le terrain pour que la présidence de l’UA devienne un levier effectif de paix.






DAM, NY, AGNEWS, https://burundi-agnews.org, Vendredi 03 juillet 2026 | Photo : Ntare Rushatsi House