Burundi : Nkurunziza Olivier reconduit à la tête de l’UPRONA
Le congrès national de l’UPRONA a renouvelé ses instances dirigeantes et reconduit Nkurunziza Olivier à la présidence du parti historique burundais.
 
Bujumbura, 13/08/2026 (BDIAGNEWS) — Réuni en congrès national ce samedi 8 août 2026 à la permanence nationale du parti, à Ku Mugumya, l’UPRONA a procédé au renouvellement de ses instances dirigeantes. Nkurunziza Olivier a été reconduit à la présidence du parti, avec Mukanya David comme vice-président et Niyonkuru Jean de Dieu au poste de secrétaire général.
Le congrès a également désigné  Gashatsi Abel comme candidat du parti à l’élection présidentielle de 2027. Il fera face aux candidats déjà déclarés, qui sont S.E. Ndayishimiye Évariste (président du Burundi, candidat du CNDD-FDD) et Banzawitonde Gabriel (APDR).
Sept personnalités ont par ailleurs rejoint le Conseil des sages : S.E. Bazombanza Prosper (actuel vice-président du Burundi), Gashatsi Abel (ancien vice-président de l’Assemblée nationale, 2020-2025), Sahinguvu Yves (vice-président de la République du Burundi de 2007 à 2010), Nibigira Concilie (ancienne ministre de l’Information, de la Communication et des Relations avec le Parlement, 2010-2015), Habonimana Louis et Ntigacika Michel. Nkurunziza Olivier, président du parti, siège également au sein de cette instance.
Nkurunziza Olivier avait été élu à la tête de l’UPRONA en août 2021, succédant alors à  Gashatsi Abel, après avoir exercé les fonctions de secrétaire général sous la présidence de ce dernier.
Ce renouvellement des instances intervient alors que le parti historique burundais entend poursuivre son action politique et renforcer son organisation sur l’ensemble du territoire national.
Contexte historique
Le Burundi, Ingoma y’Uburundi, est un vieil État-Tambour (Ingoma) millénaire africain, issu de la civilisation du Tambour, forgé par l’Ubungoma – la cosmologie du Tambour. Sur le plan politique, il était constitué par l’Icahi – l’organe de l’Assemblée des Bakuru ou Bataka, les chefs des miryango (lignages). Placé sous la responsabilité exclusive des Bahima (des êtres divins) dans sa forme ancienne, l’Icahi (symbolisé par la vache, Inka, le taureau, Impfizi), issu de l’institution de Karyenda au palais de Buryenda, disparut – ou entra dans la clandestinité, ou passa en résistance face à la colonialité – dans les années 1930, ainsi que le Tambour Sacré Karyenda (protégé par les Bami b’Ijuru) et l’Ubungoma (protégé par les Banyamabanga). Cette disparition coïncida avec la conversion forcée au christianisme de Mukakaryenda, la divine Femme-Tambour, qui passa du nom de Ruburisoni à celui de Maria Ruburisoni, tandis que les institutions traditionnelles s’éteignaient progressivement.
Le décret intérimaire du 25 décembre 1959, instruction officielle de l’administration coloniale belge sur l’organisation politique du Ruanda-Urundi, supprima les miryango pour les remplacer par les partis politiques. Cet acte sonna le glas d’Ingoma y’Uburundi, l’État-Tambour (Ingoma), qui devait disparaître six à sept ans plus tard pour laisser place à l’État républicain (La République), considéré comme néocolonial.
Pour les Barundi, la République est située dans la Colonialité. Elle est une forme d’État néocoloniale, étrangère à leur cosmologie. Leur État traditionnel, Ingoma, était en effet organisé institutionnellement comme un tambour, selon l’Ubungoma. Si la forme républicaine existe en Afrique depuis des millénaires et a été conduite par des militaires dans d’autres contrées du continent, son implantation au Burundi en 1966 a imposé une rupture brutale avec l’ordre millénaire du tambour sacré. Cette substitution, qualifiée de colonialité, ne résulte pas d’une évolution interne de la société barundi, mais de l’extirpation de son ordre politique propre au profit d’un modèle importé.
Le premier parti politique majeur, l’Union pour le Progrès National (UPRONA), fut officiellement agréé le 7 janvier 1960. Il fut porté par de fervents défenseurs de l’État-Tambour (Ingoma), soutenus par le Mwami Mwambutsa Bangiricenge : on y compte notamment  Muganwa Rwagasore , Mirerekano, Ngendadumwe, Bamina, Benyuje, etc.
En 1966, après l’assassinat des nombreux défenseurs de l’État-Tambour (Ingoma), l’avènement de la République – sous le contrôle de la France, actrice de « la Croix et la Bannière », et de figures Bahima comme Masumbuko, Ntiruhwama, Micombero, Bagaza et Buyoya – marqua l’entrée du pays dans une ère de monopartisme. L’UPRONA devint alors le parti unique, un statut qu’elle conserva jusqu’en 2005.
Le régime dictatorial de  l’UPRONA,  au service de «la Croix et de la Bannière », aurait fait, en près de quarante ans de règne, plus de 4,5 millions de victimes burundaises (morts, réfugiés, déplacés et personnes internées dans les camps de regroupement ou de concentration entre 1996 et 2002). Ce bilan résulte d’estimations burundaises fondées sur les événements de 1965-1972-1973 (environ 1,5 million de morts et de réfugiés), les massacres de Ntega et Marangara en 1988 (environ 500 000 victimes) et la guerre civile (environ 2,5 millions de victimes au total : morts, réfugiés, déplacés et internés). L’UPRONA demeurerait, jusqu’à nos jours, « l’œil de la Croix et la Bannière au Burundi sans discontinuité ».
 
Références
– Baranyanka, Charles. Le Burundi face à la Croix et à la Bannière. Bruxelles, 2015.
L’expression « la Croix et la Bannière » désigne, dans cet ouvrage, les acteurs de la colonialité burundaise : l’alliance historique entre le Vatican, la France (notamment via les Pères Blancs de Lavigerie), l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis, contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.
– Nahimana Karolero, Pascal. Histoire du Burundi : les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique, 2024.
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– Nahimana Karolero, Pascal. Réfugiés du Burundi – Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité. Bruxelles : Génération Afrique, 2025.
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– Nahimana Karolero, Pascal. Camps de concentration du Burundi (1996-2002) : Les oubliés des collines – Mémoires d’un peuple enchaîné. Bruxelles : Génération Afrique, 2025.
– Sindayigaya, J.-M. (2005). Burundi : quatre décennies de crimes contre l’humanité.
– Nahimana Karolero, P. (2026). Histoire des imiryango : les Bajiji – Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : du Burundi au Mwene Mwezi. À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré. Génération Afrique.
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DAM, NY, AGNEWS | burundi-agnews.org | 13 août 2026 | Photo : Iris News
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