Burundi / Diaspora : Bruxelles rend hommage aux étudiants et profs de l’UB assassinés en 1995

La diaspora burundaise perpétue le devoir de mémoire, trente-et-un ans après les massacres de l’Université du Burundi.

Bruxelles (Belgique), 13/06/2026 (AGNEWS) En présence remarquée du très apprécié Ntahiraja Thérence, ambassadeur du Burundi en Belgique, la diaspora burundaise de Belgique — et plus particulièrement les membres de l’association des victimes de juin 1995 à l’Université du Burundi (UB), réunis au sein de l’ASBL ZIRIKANA UB 95 — s’est rassemblée ce samedi pour une messe à l’église Notre-Dame du Blankedelle, suivie d’une rencontre dans la salle de fête de la paroisse. L’objectif : commémorer le 31ᵉ anniversaire de l’assassinat des étudiants hutu de l’Université du Burundi, survenu dans la nuit du 11 au 12 juin 1995.

La cérémonie s’est déroulée notamment en présence de Mme Nyawigarika Monique, épouse du professeur Ruzenza Stanislas — éminent psychologue et intellectuel de l’Université du Burundi, assassiné dans son bureau le 21 juin 1995 après avoir participé à l’organisation des obsèques des étudiants tués —, ainsi que de Bigirimana Arcade, auteur et éditeur. Organisée par des survivants, des familles de victimes et des membres de la communauté burundaise, cette journée de recueillement a été marquée par une messe, des témoignages — notamment, par visioconférence, celui du professeur Bakunda Athanase, ancien vice-recteur de l’Université du Burundi — et des échanges destinés à transmettre cette mémoire aux jeunes générations et à honorer les victimes de l’un des épisodes les plus marquants de la guerre civile burundaise (1993-2003).

Les événements tragiques de juin 1995 s’inscrivent dans la logique de l’« outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi », un mécanisme mis en place dès 1911 par Hans Meyer et perfectionné tout au long de la période coloniale. Cet outil, fondé sur une lecture raciale et géopolitique des sociétés du Rwanda-Urundi, a progressivement transformé des titres sociaux traditionnels en identités ethniques figées, générant des décennies de violences et de divisions.

Les bourreauxde jeunes universitaires se réclamant de l’ethnie TUTSI, stimulés par la visite de Kagame Paul, ministre de la Défense du Rwanda, sur le campus universitaire de Kiriri — ont chosifié leurs condisciples classifiés comme hutu et les ont massacrés sans état d’âme, allant même jusqu’à s’en prendre à des enseignants tels que le professeur Ruzenza Stanislas.

Face à ce drame et à la persistance des divisions ethniques, il est urgent de sortir du piège mortifère géopolitique dans lequel le Burundi est enfermé. Cette libération passe par une prise de conscience collective de l’aliénation spirituelle imposée par la colonialité, et par un travail, au niveau du ministère burundais de l’éducation,  de déconstruction des catégories ethniques héritées de l’imaginaire colonial.

Les membres de l’ASBL ZIRIKANA UB 95 demandent justice et une reconnaissance officielle par l’État burundais de leur statut de victimes.

Par ailleurs, le Sénat du Burundi a récemment engagé une demande de reconnaissance et de réparations pour le crime contre l’humanité qu’a été la colonisation, ainsi que pour les effets persistants de la colonialité. Dans cette perspective, il revient également au Sénat burundais de retirer le piège ethnique de la Constitution du Burundi, afin de prévenir de futurs génocides interethniques provoqués par cet outil.

Enfin, la justice burundaise doit entreprendre des poursuites judiciaires, y compris à dimension internationale, à l’encontre de toute personnalité, quelle que soit sa puissance d’origine, qui utiliserait cet outil dangereux contre les Barundi et leur unité nationale.

Références

  • Nahimana Karolero, Pascal. Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu : Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité. Bruxelles, Génération Afrique, 2025. (cf. outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi) 🔗nahimanakarolero.com
  • Nahimana Karolero, , Pascal. Burundi : La diaspora burundaise : Du monde, de Belgique et d’ailleurs — Histoire, trajectoires et ancrage. Bruxelles, Génération Afrique, 2025.  🔗nahimanakarolero.com
  • Nahimana Karolero, Pascal. La Guerre civile du Burundi (1993-2003). Face à la globalisation unipolaire américaine néolibérale. Bruxelles, Génération Afrique, 2024. 🔗nahimanakarolero.com
  • Burundi – Rwanda : l’outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi 🔗 burundi-forum.org
  • Bigirimana, Arcade. En mémoire de 100 étudiants Bahutu tués par leurs camarades Batutsi à l’Université nationale du Burundi en 1995. Les photographies de toutes les victimes. Paris, Éditions Sigumugani, 2026.
  • 31ᵉ anniversaire du massacre d’étudiants Hutu et assassinat du professeur Ruzenza à l’Université du Burundi en 1995  (Professeur Bakunda Athanase, ancien vice-recteur de l’Université du Burundi )🔗 arib.info
  • Kagame Paul était à Bujumbura le 10 juin 1995 (voire le 9 selon le rapport MINUAR) ; Lettre du représentant permanent du Burundi à l’ONU, avec annexe : A/50/222 – S/1995/491 (15–16 juin 1995) ; Burundi: Update to Early August 1995 ( 1 août 1995 ) Note analytique Writenet / HCR.
  • Rapport du Sénat du Burundi sur les résultats relatifs à la période coloniale allemande et à la réforme administrative de 1925 🔗 senat.bi

DAM, NY, AGNEWS : burundi-agnews.org,  18 juin 2026 | Photo : Karolero, CVR Burundi.

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