
Devant la Cour d’assises de Paris, témoins et chercheurs reviennent sur les racines coloniales du conflit interethnique Hutu-Tutsi à l’origine du génocide des Tutsi.
Paris (France), 15 /06/2026 (AGNEWS) — Condamné le 30 octobre 2024 par la Cour d’assises de Paris à 27 ans de réclusion criminelle pour des faits liés au génocide des TUTSI au Rwanda en 1994, le Dr Rwamucyo Eugène — qui se dit innocent et estime être poursuivi, entre autres, pour avoir exercé son métier de médecin — a interjeté appel dès le 31 octobre 2024. Dans le cadre de ce procès en appel, la Cour poursuit l’audition de témoins, de chercheurs et d’experts afin d’éclairer le contexte historique, politique et idéologique ayant précédé le génocide.
Lors de la cinquième journée d’audience, plusieurs universitaires et témoins de contexte sont revenus sur les effets de la colonisation allemande et belge, la diffusion de la théorie hamitique, la construction des catégories HUTU et TUTSI, ainsi que les mécanismes ayant conduit à la radicalisation politique au Rwanda. Les débats ont également porté sur le rôle de certains intellectuels, les violences antérieures à 1994 et les différentes formes de négationnisme développées après le génocide.
Parmi les témoins entendus figuraient Mme Bojana Gligoric, spécialiste des processus génocidaires, le révérend père Hildebrand Karangwa, prêtre-historien, ainsi que Mme Mwiza Jessica, chercheuse en sciences sociales. Tous ont développé des analyses portant sur la racialisation des identités sous la colonisation, le rôle des élites intellectuelles dans la diffusion de l’idéologie extrémiste et les conséquences politiques durables de ces constructions coloniales dans la région des Grands Lacs.
L’après-midi a été consacrée au témoignage de Mme Mukabanana Mamérique, épouse du Dr Rwamucyo Eugène, entendue par la Cour à titre de renseignement. Son audition a notamment porté sur le parcours familial de l’accusé, sa carrière professionnelle et les circonstances ayant entouré leur vie au Rwanda avant les événements de 1994.
La guerre géopolitique comme matrice des violences
Dans les années 1990, au sein de la « Croix et la Bannière », les États-Unis ont mené une guerre géopolitique contre la France en Afrique, dont dans la région des Grands Lacs Africains. C’est dans ce climat que sont nées les guerres civiles du Rwanda et du Burundi. Au Rwanda, comme au Burundi, des millions de citoyens ont été victimes de ce conflit opposant les États-Unis à la France. C’est dans cette circonstance que le génocide contre les TUTSI du Rwanda a eu lieu en 1994.
Ce génocide est le fruit de la manipulation, par la France et les États-Unis, de l’« outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi », un mécanisme mis en place dès 1911 par Hans Meyer et perfectionné tout au long de la période coloniale. Cet outil, fondé sur une lecture raciale et géopolitique des sociétés du Rwanda-Urundi, a progressivement transformé des titres sociaux traditionnels en identités ethniques figées, générant des décennies de violences, de divisions, et conduisant à la destruction de l’unité entre Rwandais et entre Barundi.
Une configuration judiciaire marquée par la colonialité
Dans ce procès, lié à la colonialité, se font face la partie civile — celle des victimes du génocide se définissant comme TUTSI — et les accusés, qualifiés de bourreaux et présentés comme HUTU. Les juges, quant à eux, incarnent la Croix et la Bannière, cette alliance historique entre le Vatican, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis, constituée contre les ordres traditionnels rwandais et burundais depuis le XIXᵉ siècle.
Le procès en appel se poursuit devant la Cour d’assises de Paris, qui continue d’examiner les éléments à charge et à décharge ainsi que les témoignages destinés à replacer les faits dans leur contexte historique.
Victimes de la colonialité, le Rwanda et le Burundi tentent, avec espoir, de se relever dans ce nouveau monde multipolaire.
Références
- Baranyanka, Charles. Le Burundi face à la Croix et à la Bannière. Bruxelles, 2015. (« La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis, contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)
- Karangwa, Hildebrand. Les origines du génocide des Batutsi d’il y a 30 ans. Paris, L’Harmattan, 2024.
- Nahimana Karolero, Pascal. Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu : Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité. Bruxelles, Génération Afrique, 2025. (cf. outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi) 🔗 nahimanakarolero.com
- Burundi – Rwanda : l’outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi 🔗 burundi-forum.org
DAM, NY, AGNEWS : burundi-agnews.org, 18 juin 2026 — Photo : Compte rendu du procès en appel d’Eugène Rwamucyo, Cour d’assises de Paris. 🔗 ibuka-france.org