
Le Tambour — Ingoma , Karyenda se souvient … À Bruxelles, soixante-cinq ans jour pour jour après l’assassinat du Muganwa Rwagasore Louis, la diaspora burundaise s’est rassemblée à l’église Saint-Roch. Récit d’une soirée où la mémoire avait le visage d’une famille.
Bruxelles, 13/10/2026 (BDIAGNEWS) – Il est des dates qui ne passent pas. Elles reviennent chaque année frapper à la porte, avec la patience obstinée des anciens tambours. Le 13 octobre est de celles-là. En 1961, ce jour-là, un jeune prince de vingt-neuf ans tombait sous les balles, alors que son pays vivait encore sous tutelle belge. Il s’appelait Rwagasore Louis . Il rêvait d’un Burundi souverain et uni. Le Burundi l’a fait héros. L’Histoire, elle, n’a jamais tout à fait refermé le dossier.
Soixante-cinq ans plus tard, c’est à Bruxelles, dans la capitale de l’ancienne puissance de tutelle, que l’on s’est souvenu de lui.
Ce mardi 13 octobre 2026, chaussée d’Anvers, les portes de l’église Saint-Roch se sont ouvertes sur une centaine de Burundais et d’amis du Burundi. On y venait en famille, en voisins, en compatriotes. Certains avaient connu le pays d’avant, d’autres ne le connaissaient que par les récits des aînés. Tous portaient en eux un peu de cette terre que l’on appelle, depuis, Ingoma y’Uburundi : le royaume Tambour du Burundi.
Car le Burundi n’est pas un pays comme les autres. C’est un vieil État-Tambour millénaire d’Afrique, le pays de l’Ubungoma, la cosmologie du Tambour, et de l’Ubuntu, cette idée exigeante d’une humanité accomplie. Ce soir-là, dans le silence de l’église bruxelloise, on aurait presque pu entendre battre, très loin, le cœur sourd d’ Ingoma, Karyenda.
L’ambassadeur du Burundi auprès du Royaume de Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg et de l’Union européenne, le très apprécié Amb. Ntahiraja Thérence, accompagné de son épouse, Mme Nitonze Éliane, avait placé la cérémonie sous son égide. Mais le cœur de la soirée battait ailleurs : dans les premiers rangs, là où se tenait la famille.
Il y avait d’abord elle, S.A.R. la princesse Iribagiza Rose Paula. Fille du Mwami Mwambutsa Bangiricenge et de la Mwamikazi Kanyonge Thereza, elle-même descendante du Mutabazi — le Mwami Mutaga Rutamo Senyamwiza Sebitungwa, elle est surtout, ce soir-là, la sœur du Muganwa Rwagasore. Une sœur venue honorer un frère que l’Histoire lui a pris trop tôt.
À ses côtés, sa sœur, Mme Uwimana Colette Berete. Puis M. Korivyiza Richard, fils du Dr Karabaye Simon, lui-même fils de Simbakwira, sœur germaine de la Mwamikazi Kanyonge Thereza : un fil de sang qui remonte, génération après génération, jusqu’au prince disparu. Et le Muganwa Shayaye Laurent, lui aussi descendant du Mutabazi, le Mwami Mutaga Rutamo Senyamwiza Sebitungwa.
Il y avait aussi, et ce n’était pas un détail, la famille du héros national Ndadaye. M. Ndahabonimana Jean Berchmans et son épouse, Mme Ndadaye Hyacinthe, étaient venus épauler la famille Rwagasore. Deux noms que l’histoire du Burundi a liés dans le deuil, réunis ce soir-là dans le recueillement.
Mais ce sont les plus jeunes qui ont donné à la soirée sa lumière particulière. Rama, Tenzin et Sebla, enfants du Muganwa Ciza Muhirwa Rémy et de Mme Ingabire Michèle. Elias, fils de Mme Sheila Kiliza et de M. Jérôme Bosman. Les petits-enfants de la princesse Iribagiza. Les arrière-petits-neveux d’un prince qu’ils n’ont jamais connu, mais dont ils portent désormais la mémoire. Rien ne disait mieux que leur présence que le souvenir n’est pas une affaire de musée : il se transmet, de main en main, comme un tambour que l’on confie à la génération suivante.
Dans l’assemblée, on remarquait aussi M. Smets Jozef, ancien ambassadeur de Belgique au Burundi, et le lieutenant-colonel Ntirampeba Melchiade, attaché militaire auprès de l’Ambassade.
La messe, célébrée par l’abbé Rwisasu Gérard, a ouvert la soirée. La chorale Magnifica, remarquable, a porté les chants sous les voûtes de Saint-Roch, et pendant un moment, l’église bruxelloise a semblé s’élargir aux dimensions des collines du Burundi.
Puis est venu l’instant le plus saisissant : l’évocation d’un discours historique du Muganwa Rwagasore, prononcé au début des années 1960. Les mots d’un homme de trente ans à peine, parlant de liberté, de dignité, d’unité, résonnaient soudain dans la bouche d’une autre époque. Soixante-cinq ans après sa mort, Rwagasore reprenait la parole. Et l’on mesurait, en l’écoutant, combien ses mots n’avaient pas vieilli.
L’ambassadeur Ntahiraja Thérence a ensuite adressé un message de circonstance aux participants, avant que la cérémonie ne se prolonge dans un moment de partage et de convivialité. Là, autour des tables, les générations se sont mêlées : les anciens qui se souviennent, les plus jeunes qui apprennent, et tous ceux qui, entre Bruxelles et Bujumbura, font vivre la diaspora burundaise.
Cette soirée n’était pas isolée. Elle faisait écho à la conférence tenue trois jours plus tôt, le samedi 10 octobre, à l’ AfricaMuseum de Tervuren, organisée en collaboration avec la Famille royale du Burundi-Kukirimba Belgique et consacrée à l’assassinat de Rwagasore et aux relations belgo-burundaises. À Tervuren, on avait débattu. À Saint-Roch, on s’est recueilli.
Les deux étaient nécessaires. Car la mémoire d’un peuple a besoin à la fois de la rigueur de l’histoire et de la chaleur du souvenir.
Le Muganwa Rwagasore Louis demeure une figure importante de la lutte pour l’indépendance et de l’unité des Barundi. Ce 13 octobre, à Bruxelles, sa mémoire a fait ce qu’elle fait depuis soixante-cinq ans : elle a rassemblé. Autour d’elle, une sœur, des cousins, des enfants, des inconnus devenus proches le temps d’une soirée.
Quelque part, très loin, le Tambour — Ingoma, Karyenda s’est souvenu.
Message du très apprécié Ambassadeur Ntahiraja Thérence à la Diaspora burundaise : Hommage au Muganwa Rwagasore Louis :
Références :
– Niyongabo, Philippe. Le Tambour sacré et ses secrets multiples. Mémoire, royauté et transmission de l’ingoma du Burundi. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Nahimana Karolero, Pascal. Ubungoma – cosmologie du tambour ; Ingoma : cosmologie du son. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Baranyanka, Charles. Le Burundi face à la Croix et à la Bannière. Bruxelles, 2015.
– De Witte, Ludo. Meurtre au Burundi : la Belgique et l’assassinat de Rwagasore. Bujumbura et Bruxelles : Éditions Iwacu et Investig’Action, 2021.
– Gihugu, D. Ubuzima bw’umuganwa Ludoviko Rwagasore n’ukwikukira kw’Uburundi, 1932–1961 [La vie du prince Louis Rwagasore et l’indépendance du Burundi]. Bujumbura : Presses Lavigerie, 1999.
– Nahimana Karolero, Pascal. Histoire du Burundi : les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique, 2024.
– Nahimana Karolero, Pascal. Burundi : la diaspora burundaise ; du monde, de Belgique et d’ailleurs – histoire, trajectoires et ancrage. Bruxelles : Génération Afrique, 2025.
– Nahimana, P. « Burundi/Belgique : à Tervuren, l’assassinat de Rwagasore commémoré, le démantèlement d’Ingoma y’Uburundi passé sous silence ». Burundi Forum (BDIAGNEWS), 10 octobre 2026. Consulté le 14 octobre 2026. https://burundi-forum.org/116035/burundi-belgique-a-tervuren-lassassinat-de-rwagasore-commemore-le-demantelement-dingoma-yuburundi-passe-sous-silence/
– Ntabona, Adrien. L’Ubuntu (humanité réussie) : ses roses et ses épines au Burundi. Bujumbura : Éditions du CRID, 2020.
– Poppe, Guy. L’assassinat de Rwagasore, le Lumumba burundais. Éditions Iwacu.
– Sindayigaya, Jean-Marie. Renaissance de l’Afrique par les valeurs de l’africanité-Ubuntu. Bruxelles, 2023.
DAM, NY, BDIAGNEWS | burundi-agnews.org | 14/10/2026 | Photo : Ambassade du Burundi en Belgique, Shima Bertrand.
Sources : Ambassade du Burundi en Belgique, communiqué et programme de la commémoration du 13 octobre 2026 ; témoignages des participants ; conférence de l’AfricaMuseum du 10 octobre 2026.