Le président Ndayishimiye (CNDD-FDD) refuse de signer un décret de reconnaissance du génocide contre les Hutu du Burundi en 1972-1973, pourtant reconnu par le Parlement depuis 2024.
Bujumbura, 21/10/2026 (BdiAgnews) — Les Hutu au Burundi, au sein de l’Ubumu, soit l’Économie-Tambour (le système socio-économique burundais ou la planification socio-économique burundaise), représentent les travailleurs qui produisent les ressources nécessaires pour satisfaire aux besoins de tous les Barundi. Les Tutsi sont, eux, les fonctionnaires de l’État-Tambour, Ingoma. Ils gèrent l’Ubumu sur les collines burundaises. Avec la colonisation dont la Colonialité, dans une ambition géopolitique, Hutu et Tutsi sont devenus des ethnies au Burundi.
Au palais de Kiriri, mercredi 21/10/2026, S. E. le président du Burundi, Ndayishimiye Évariste, général-major, président en exercice de l’Union africaine et président du Conseil des Sages du CNDD-FDD, a écarté toute reconnaissance par décret du génocide commis contre les Hutu en 1972-1973 et jugé inutile de saisir l’ONU. Pour lui, seule la Cour suprême burundaise peut qualifier les faits. Un choix qui ramène à l’échelle nationale un crime né de l’héritage colonial et commis sous le regard d’une communauté internationale restée passive. Pourtant le Parlement et la diplomatie burundaise, eux, avaient porté le dossier jusqu’à New York.
Les propos ont été tenus lors de la conférence-débat « Guérir les blessures de l’histoire », organisée pour le 33ᵉ anniversaire de l’assassinat du président Ndadaye Melchior, devant l’ancien président du Burundi Ntibantunganya Sylvestre, le très apprécié Ndayicariye Pierre-Claver, président de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), Nsanganiyumwami Déogratias, président du Conseil national pour l’unité nationale et la réconciliation (CNUNR), Mutabazi Jean de Dieu, président de l’Observatoire national pour la prévention et l’éradication du génocide (ONPGH), Kanyana Aimée Laurentine, Ombudsman du Burundi, et des représentants des Églises, dont le pasteur Ndikumana Emmanuel. Un extrait d’environ une minute, en kirundi, circule depuis.
S. E. Ndayishimiye : « Qui a dit que le génocide peut être qualifié politiquement ? Que le président de la République dise oui, par décret, au génocide ? Non. Lorsque l’État aura terminé l’enquête et que la CVR aura terminé son travail, l’État portera le dossier devant la Cour suprême. C’est la Cour suprême qui est habilitée à qualifier. Le génocide est dans le code pénal burundais, de telle manière qu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’ONU pour faire reconnaître ce génocide. ». Voici l’original en audio en kirundi : https://burundi-forum.org/wp-content/uploads/2026/11/ProposNdayishimiye.mp3
Le même jour, le chef de l’État appelait pourtant à « identifier les causes profondes des conflits au Burundi » et à rechercher la vérité sur les divisions héritées de la colonisation.
Le 20 décembre 2021, le Parlement réuni en congrès a adopté la déclaration de la CVR, qui qualifie les massacres de 1972-1973 de génocide contre les Bahutu et retient des crimes contre l’humanité contre des Batutsi et des Batwa. Il a demandé à l’État de reconnaître ce génocide par voie législative. La diplomatie a suivi. En octobre 2024, devant la Sixième Commission de l’ONU, l’ambassadeur du Burundi a demandé la reconnaissance du génocide, estimant « incompréhensible » qu’après 52 ans l’ONU ne l’ait toujours pas fait. En juin 2025, la mission burundaise et la CVR ont organisé un événement au siège des Nations unies consacré au « génocide de 1972 contre les Burundais de l’ethnie hutu ». En 2026, la CVR a remis au Parlement la liste des victimes, puis un rapport final recommandant des poursuites.
C’est l’incompréhension au sein de nombreux bagumyabanga, nom des militants du CNDD-FDD. Car le CNDD-FDD a pour origine « agashavu », ou la frustration (petite colère) née en 1993 après l’assassinat de Ndadaye Melchior, président du Burundi, par l’armée burundaise issue du régime dictatorial militaire mis en place par la « Croix et la Bannière » en 1966, en vue de faire perdurer la colonialité. Toujours dans ce processus de colonialité, le génocide de 1972 contre les Hutu du Burundi et le régicide — l’assassinat du dernier Mwami, Ntare Ndizeye — avaient pour objectif de détruire l’Ubumu, soit l’Économie-Tambour, afin d’installer définitivement une économie de marché occidentale au Burundi.
Environ 500 000 Barundi hutu ont été assassinés et 1 million se sont réfugiés à travers le monde, sur une population de 2,9 millions de Barundi à l’époque.
Ainsi, “agashavu” de 1993 qui engendre le CNDD-FDD visait à éviter une récidive de 1972 envers les descendants des Hutu, suite à la guerre géopolitique que se livrait la France et les USA dans la région des Grands Lacs.
Depuis, le CNDD-FDD a remporté toutes les élections burundaises d’après-guerre, jusqu’à nos jours, permettant à S. E. Ndayishimiye d’arriver un jour à la plus haute fonction du pays.
Le refus du président de signer ce fameux décret de reconnaissance par l’État burundais qu’il y a eu un génocide d’ordre géopolitique au Burundi en 1972-1973 — qui permettrait aux Barundi de porter l’affaire devant les instances juridiques internationales — hérisse de nombreux bagumyabanga, à quelques mois des élections présidentielles de 2027, pour un nouveau mandat de sept ans. En renvoyant à la Cour suprême burundaise la question de la reconnaissance du génocide par l’État burundais, S. E. Ndayishimiye, chef de l’État, referme la dimension internationale du dossier, alors que la cause est la colonialité.
Dans ce monde multipolaire, l’Histoire se remet en marche. Le 16 février 2025, à Addis-Abeba, lors de la 38ᵉ session ordinaire de sa Conférence des chefs d’État, l’Union africaine a qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et de génocide contre les peuples africains. Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a qualifié la traite et l’esclavage racialisé de « crimes les plus graves contre l’humanité ».
Références :
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Nahimana Karolero, Pascal. Ubumu : Économie-Tambour. Cosmo-économie de l’Ubungoma : à la façon de « Mu » Mukakaryenda, la Femme-Tambour, Umurimakazi. Bujumbura : Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
Baranyanka, Charles. Le Burundi face à la Croix et à la Bannière. Bruxelles, 2015. (L’expression « la Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)
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Colonialité et impérialisme
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DAM, NY, AGNEWS, https://burundi-agnews.org, 01/11/2026 | Photo : RTNB
