Burundi: La double peine des rapatriés dénoncée par la CNTB.

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La Commission Terre et Bien au Burundi.La Commission Nationale des Terres et autres Biens -CNTB- vient de dénoncer ouvertement et avec justesse la double peine qu'en cours silencieusement  les Bahutu Barundi rapatriés ces dernières années de leur exil parfois de plus de 40 ans …

Pour bien comprendre la cause principale de ce conflit de terre …
En 1966, la dictature des Bahima burundais  renverse la monarchie millénaire des Bahutu Barundi.  Cette dictature des Bahima burundais (Micombero, Bagaza, Buyoya) a fait, en près de 40 ans, des millions de victimes parmi les Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris). On compte parmi ces derniers près 1 millions morts pendant ce génocide(1), 2 millions de réfugiés(2), et 1.5 millions d'internés dans des camps de concentration (3) (sous l'ère du dictateur Buyoya).
Au Burundi, une CNVR va être mise en place  dans quelques jours. Elle est censée aider les victimes de la dictature des Bahima burundais, soit 4,5 millions de Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris), à pouvoir commencer à faire leur deuil.
Une partie majeure de la question des terres au Burundi a pour genèse ce Génocide… Depuis la mise en place de la   Commission Nationale des Terres et autres Biens -CNTB-  en 2006, où en est on  sur cette question ?   Fin décembre 2011, le Président de la CNTB, remplaçant l' abbé Kana, Monseigneur Sérapion BAMBONANIRE déclarait qu'il n’entreprendrait pas une nouvelle orientation en dehors de la loi autre que la mission lui assignée par la nation burundaise, en dépit des intimidations de tout genre, dans le strict respect de la loi. Pour lui, il affirmait haut et fort " n’importe qui, doit restituer les biens d’autrui aux propriétaires légitimes".    Dernièrement, Monseigneur Sérapion BAMBONANIRE organisait  une conférence de presse (4) pour s'expliquer…
La récupération des terres pour les victimes par la CNTB.
Il n'est pas facile de récupérer la terre pour une victime du génocide des Bahutu Barundi après de longues années d’exil. La Commission nationale des terres et autres biens (CNTB) dénonce le comportement des résidents qui refusent de céder la terre des rapatriés. L’Accord d’Arusha rappelle le droit à quiconque rentre d’exil à récupérer ses biens dont ses parcelles. La bonne pratique en cas de litige entre les deux parties, la CNTB pousse à ce que le résident et le rapatrié s’entendent.
Ce que dénonce ouvertement aujourd'hui la CNTB est qu' Il arrive souvent que celui qui était supposé bénéficier de ses droits se retrouve dans la rue alors que ses terres sont occupées par des résidents. Par exemple, M. Lamek Bakina, un burundais agé de 86 ans,rapatrié de Tanzanie où il était exilé depuis 1972. Dès son retour au Burundi en 1993, sa terre était occupée par son voisin. Après une entente avec son voisin, ce dernier lui a promis de quitter la parcelle. Mais avec l'assassinat, par les militaires Bahima de Feu Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993, premier président burundais élu démocratiquement,la guerre civile au Burundi était lancée … M. Lamek Bakina a du dare-dare retourner en Tanzanie où il s’est réfugié pour une deuxième fois. De son exil, il apprenait que d'autres personnes s'étaient appropriées de ses dix parcelles. Depuis la victoire des démocrates barundi (c'est à dire le CNDD-FDD) en 2003, M. Lamek Bakina est donc rentré définitivement. Il se rend à lors compte que cela lui sera difficile de récupérer ses biens. En 2006, le gouvernement du CNDD-FDD met en place la Commission nationale des terres et autres biens (CNTB). La lumière rejaillit en lui. Malgré cette avancée positive, il remarque que le résident qui ne veut pas quitter les parcelles saisit la justice qui souvent lui donne raison pour s’en approprier. Cela devient une sorte de jurisprudence… Pour M.Bakina, avec le recours à la Justice, il réussira toutefois à bénéficier d’une petite partie de sa parcelle où il a pu construire une maisonnette.
La cohérence voudrait que le propriétaire de la parcelle soit le premier bénéficiaire de cette terre. Actuellement, comme le dénonce la nouvelle direction de la CNTB, il y a une injustice flagrante. Pour la CNTB, il doit y avoir des droits et pour le rapatrié et pour le résident car quelque fois, il arrive que des résidents achètent des terres à des familles et qu’ils en soient privés quand les vraies propriétaires arrivent alors qu’ils y ont droit. Les choses ne sont  ni blanc ni noir.
Les lois de spoliation des terres suite au Génocide des Bahutu Barundi.
La Commission Nationale des Terres et autres Biens CNTB en la personne de son directeur, Monseigneur Sérapion BAMBONANIRE, dénonce les injustices faites aux rapatriés bahutu barundi victimes à la fois du génocide du Burundi et de ces pratiques qui a leur retour chez eux les empêches de récuperer leurs biens. Il s'agit bel et bien d'une double peine.
Monseigneur Sérapion BAMBONANIRE revenant sur la période du Génocide commis par les Bahima burundais, il évoque parmi les preuves de ce sinistre projet de société … Il y a la décision RMP.48.229/OC du Conseil de guerre réuni en audience le 6 mai 1972 qui, d’une façon expéditive et en vrac, a condamné à l’exécution immédiate un nombre incalculable de citoyens, sans avoir pris le temps d’établir les responsabilités personnelles, et sur base de listes établies par quiconque voulait se débarrasser de quelqu’un d’autre pour occuper sa terre ou ses biens. Il en a été ainsi à travers tout le pays, et des documents d’attribution et de confiscation existent, qui confirment que même un simple administrateur communal a eu longtemps le droit de déclarer « coupable » tous les citoyens de son choix et de les spolier de leurs biens meubles et immeubles. Ailleurs, les mêmes responsables de l’élimination physique d’un citoyen ont recouru systématiquement à des simulacres d’achat/vente, avec des témoins, des signatures, des dates et des cachets et des actes de notoriété soigneusement faux, afin de s’accaparer les biens des disparus.
La mise à jour des lois comme solution …
Au delà des modernisations  de la gestion du territoire burundais et code foncier qui ont lieu au Burundi, certains députés du parti CNDD-FDD proposent pour résoudre ces problèmes fonciers qui peuvent provoquer des conflits ouverts entre les rapatriés et les résidents, la mise à jour des lois régissant la CNTB (Commission nationale terres et autres biens) et l’application stricte de l’Accord d’arusha.
Par exemple, si un rapatrié rentre chez lui et trouve sa terre occupée. Les deux parties doivent trouver un terrain d'entente. Même en cas d'entente, la personne qui rentre au pays doit être indemnisée pour la partie cédée. A défaut de s'entendre avec le résident,c'est l’Etat qui devrait lui donner une autre terre.

La Commission Nationale des Terres et autres Biens CNTB fait le constat de ces éliminations et spoliations organisées suite aux événements de 1972. A quelques jours de la mise sur pied d'une Commission Nationale Vérité Réconciliation -CNVR-, les associations politiques et civiles des enfants de la dictature (Uprona, Forsc etc.), prises de panique, protestent contre ce constat fait par la CNTB. Les conséquences et les traces des horreurs endurées sous la dictature des Bahima burundais par les citoyens Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris)  s'empilent de jour en jour. La semaine dernière par exemple en construisant une route près de  Ntamba,en Province de Cibitoke (Voir photo), ce sont des fosses communes avec  près de 500 corps  de Bahutu Barundi qui ont été trouvées (5) …

 

DAM, NY, AGNEWS, le 25 janvier 2012.
 

Notes:
1) Le génocide des Bahutu Barundi (Ce groupe comprend aussi les Batutsi et les Baganwa).
Lien: http://www.burundi-agnews.org/genocide.htm
(2) Quarante année de vie comme réfugiés : Les réfugiés bahutu barundi.
Lien: http://www.burundi-agnews.org/agnews_refugees.htm
(3) Les camps de concentration du Burundi (1996 – 2001) ou – camps de regroupement – du Major Buyoya.
Lien: http://www.burundi-agnews.org/ccburundi.htm

(4) A Lire : COMMISSION NATIONALE DES TERRES ET AUTRES BIENS, CNTB ; Conférence de presse du jeudi 19 Janvier 2012 à Bujumbura, par Mgr Sérapion Bambonanire, Président de la CNTB.
http://www.burundibwacu.info/spip.php?article1202

(5)  Burundi: Découverte de fosses communes de Bahutu Barundi massacrés en 1996.
Lien:http://www.burundi-agnews.org/index.php/societe/1946-burundi-decouverte-de-fosses-communes-de-bahutu-barundi-massacres-en-1996

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