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GEOPOLITIQUE DES GRANDS LACS AFRICAINS, COLONISATION, HISTOIRE – ” Être ou devenir HUTU chez les Barundi était une très grande fierté !”

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BUJUMBURA, Vendredi 8 février 2019 – A l’époque de Feu GAHUTU Remy, leader parmi les fondateurs du PALIPEHUTU, grande formation politique burundaise des années 1980,  M. BIREHANISENGE Amani, historien Burundais , disait il:  J’ avais  retrouvé la saveur d’être fier d’être HUTU …    Voilà le paradoxe complexe des Barundi contemporains ! Aujourd’hui, M. BIREHANISENGE dit qu’il  n’est pas d’accord avec l’Accord d’Arusha de 2000 qui a institutionnalisé les fausses ethnies que sont HUTU, TUTSI, et TWA chez les Barundi. Pour lui, il y a un danger terrible qui guette les Barundi si les Barundi demeurent dans ce mensonge porté depuis la colonisation Allemande et Belge, puis après l’indépendance à nos jours dans la société burundaise. Le mensonge et la violence sont les signes de la société occidentale tel que la dépeint le philosophe français Michel Onfray dans son livre “Décadence”. Pour éviter de grande catastrophe pour le Burundi, il faut au plus vite en sortir …

Dans un cadre plutôt sociologique des Barundi, M. BIREHANISENGE Amani, a voulu expliciter son apport en tant que Burundais, face à ce mensonge, notamment en rapportant ce que HUTU signifiait dans notre INGOMA Y’UBURUNDI – notre fameux Royaume millénaire des Barundi d’antan :

Être ou devenir HUTU chez les Barundi, était une très grande fierté ! C’ est devenir adhérent ou membre d’une des confréries de métiers parmi la corporation des métiers des Barundi ou de la corporation de production des Barundi. Un HUTU était différent de ce que l’on appelle en Français , un employé ou un ouvrier ou un indépendant car le HUTU est un initié avant tout de l’éthique de l’UBUNTU. Le HUTU réalise son métier suivant le paradigme BANTU comme charpente.

Pour être HUTU, il fallait d’abord accepter de se faire INITIER. Ainsi quand on était initié on devenait membre de la confrérie du métier auquel on était attiré, qui était un regroupement d’individus (ABANTU – souvent genrés masculins ) qui avaient accepté d’adhérer à cette confrérie en question, tous étant initiés ou en voie de l’être.

Chaque confrérie de métiers était hiérarchisée et possédait des règles propres, soit des lois. Ces lois et ces règles étaient données à chacun des membres qui devaient les accepter. L’acceptation de ces lois et règles faisait de l’individu un HUTU, membre de la corporation des confréries de métiers des Barundi :

1/ A la tête de chaque confrérie de métiers, il y avait un Grand Maître HUTU, soit un individu ( Pas nécessairement le plus âgé ou l’enfant de tel ) qui coiffaient tous les membres HUTU de la confrérie, celui dont l’initiation était la plus vieille et qui était le plus apte avec de grandes réalisations au sein de sa confrérie et dans d’autres domaines.
Dans la confrérie, le Grand Maître HUTU est le dernier à parler. La parole devait venir d’en bas pour parvenir en haut. Le Grand Maître décidait en tout connaissance des choses ou en collégialité avec son comité. Le Grand Maître HUTU mettait fin à toute discussion.
Dans la société des Barundi, ce Grand Maître HUTU était membre des BAPFUMU ( SAVANTS) BARUNDI, de la Corporation des Régulateurs Barundi. Le Grand Maître HUTU, UMUPFUMU Y’ABURUNDI, participaient à la CRÉATION et à la RÉGULATION de la POLITIQUE ECONOMIQUE DES BARUNDI.

2/ Autour de ce Grand Maître HUTU on trouve d’autres Maîtres HUTU, formateurs des membres de la confrérie du métier en question. Ces Maîtres HUTU formateurs et le Grand Maître HUTU faisaient le Comité des Sages de la Confrérie du métier en question : ABASHINGANTAHE Y’ABAHUTU. C’est sur ces ABASHINGANTAHE Y’ABAHUTU que l’on s’appuyait pour prendre des décisions au sein de la confrerie du métier en question.
Après une cérémonie du KWIHUTURA, c’étaient ces ABASHINGANTAHE Y’ABAHUTU qui devenaient le plus souvent ABATUTSI ou TUTSI, membres de la Corporation des Gestionnaires justes Barundi. Le TUTSI burundais gère justement une politique économique des Barundi ( dont la politique de redistribution, actuellement comparable à la fiscalité ), concernant sa confrérie de métier.

3/ Le chantre HUTU de la confrérie du métier en question : Celui qui rappelait en permanence les lois de la confrérie du métier en question aux autres membres de la confrérie. Ce chantre HUTU était la mémoire du groupe, connaissant toutes les grandes réalisations et l’Histoire de la confrérie du métier question. Il intervenait, souvent accompagné d’un instrument de musique ou du son d’un instrument de musique, en cas de conflits internes entre les membres de la confrérie, dans le lieu cultuel ( le lieu de culte ) de la confrérie en question. Aucun culte ne se produisait sans sa présence. Ses paroles variaient selon que l’on était dans un cadre sacré ou profane.

4/ Les autres maîtres HUTU toujours en apprentissage et qui pratiquaient encore le métier pour réaliser ou produire, mais qui n’avaient pas encore des individus à former ou apprentis.

et 5/ tous les autres HUTU ( le groupe le plus nombreux ) qui avaient réussi leur initiation et qui étaient en apprentissage. Ces derniers, sous tutelle, n’avaient pas le droit d’exercer le métier sans le Maître.

Autour de ce dernier groupe s’approchaient ou gravitaient tous ceux qui souhaitaient se faire initier ou autres curieux … Ils accompagnaient les HUTU ou BAHUTU dans leurs activités profanes pour découvrir le métier en question. Si ils étaient intéressés, ils pouvaient devenir initier donc HUTU dès que l’occasion se présentait.

Comment devenait on HUTU ? Qui était HUTU ? C’était Umuntu ( l’humain ), le Murundi ou Burundais initié qui avaient appris un métier chez un Maître HUTU qui retournait de lui moralement ( Son garant). Tous ABANTU ( LES HUMAINS ) ou Tous BARUNDI pouvaient devenir HUTU ou BAHUTU. On devenait HUTU par cooptation d’un HUTU quelque soit son âge ou autres. Ce HUTU qui acceptait de coopter l’individu (UMUNTU) se portait garant de ce dernier au sein de la confrérie.
La confrérie choisie par l’intéressé demandait au HUTU si le HUTU connaissait assez bien l’individu en question. Le Hutu répondait que Oui. Le HUTU garant devait demander à l’intéressé si sa MERE ( MAMAN) était d’accord avec son idée de devenir HUTU.
1/ Il fallait absolument une réponse positive de la MAMAN de l’intéressé en question. Si il n’y avait pas de réponse POSITIVE de la MAMAN, l’intéressé ne pouvait pas devenir HUTU.
2/ Le HUTU qui présentait l’intéressé devait réaliser une enquête de moralité dans l’entourage de ce dernier ( comment l’intéressé vivait avec les gens; l’appréciation de son entourage et sa communauté ; son comportement avec le genre opposé – frères ou sœurs et autres – ).

Si ces 2 conditions étaient satisfaites,l’intéressé pouvait alors se préparer à devenir HUTU, car l’acceptation était à ce niveau par principe, en donnant en plus une petite offrante ( du sorgho, des petits pois, une poule, ou des haricots etc.) destinée à la confrérie choisie.
Pour l’initiation à devenir HUTU, l’intéressé était conduit par son garant HUTU au lieu où s’exerçait le métier de la confrérie. Dans ce lieu cultuel, la confrérie HUTU demandait à l’intéressé : 1/ As tu demandé à devenir HUTU, dans notre confrérie de métier ? Oui ; 2/ Es tu prêt à accepter toutes les Lois et Règles des HUTU, dans notre confrérie de métier ? Oui ; 3/ Est ce que ta MERE t’a donné son autorisation et a accepté ton intention de devenir HUTU ? Oui ; 4/ Si le Grand Maître HUTU t’appelle en même temps que ton PERE, à qui répondras tu d’abord ? Oui, au Grand Maître HUTU ; 5/ Accepteras tu si tel HUTU devient ton Maître pour ta formation au métier de la confrérie ? Oui ( Généralement le HUTU en question, l’intéressé le connaît déjà ) ; 6/ On demandait au nouveau Maître désigné : Es tu d’accord de prendre en charge ce nouvel intéressé, de le former en tant que HUTU de notre confrérie de métier, de lui apprendre toutes les techniques et la science de notre confrérie ? Oui.
Les HUTU de cette confrérie de métier procédaient alors pour terminer à un certain rituel ( sacrifice et autres ) puis faisaient accéder l’intéressé dans le lieu cultuel du métier en question. Le lieu cultuel du métier se trouvait souvent dans la colline à un carrefour entre la colline et un milieu sauvage ( forêt ou autres ) “.

Au Burundi, M. BIREHANISENGE a insisté pour expliquer que cette classification sociale chez les Barundi – HUTU – était une fierté. Non seulement, chez les Barundi, mais dans toute l’Afrique car elle y existait aussi avec une autre appellation mais un même contenu … Dans notre monde contemporain, surtout à cause de la géopolitique occidentale, HUTU est devenu un mot péjoratif notamment lourd à porter à cause des événements des années 1990 dans notre région des grands lacs africains ( Cfr. Le Génocide du Rwanda ).

DAM, NY, AGNEWS, http://burundi-agnews.org, Vendredi 8 février 2019

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