Burundi: Un Uprona en 2012 déloyal au gouvernement

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Un Uprona déloyal au gouvernement

Un Uprona déloyal au gouvernement

En 2012, le parti UPRONA ([poids électoral [pe] aux Communales de 2010 = 7.86% ) a été la deuxième formation politique la plus médiatisée après l’ADC IKIBIRI ([pe] = 30,14%).  L’Uprona, qui représente les intérêts des Bahima burundais, a eu un “Audimat” ou une présence médiatique de près de 32% contre 53% pour l’ADC Ikibiri, et 10% pour le CNDD-FDD ([pe]= 64%), parti majoritaire au pouvoir.  L’UPRONA est le 3ème parti du Burundi en terme démocratique.  Ce qui marque l’année 2012 au niveau de cette formation politique, c’est son manque de loyauté à plusieurs reprises à l’égard du  gouvernement burundais dont il est membre.  

Pourtant, ce parti qui ne pèse pas “grand chose du point de vue démocratique” au Burundi, se taille des postes gouvernementales très importants et hautement stratégiques : 1er Vice-Présidence: M. Thérence SINUNGURUZA (administration, justice, sécurité etc.) ; le Ministère de la défense nationale et des anciens combattants : Général Major Pontien GACIYUBWENGE ; le Ministère des télécommunications, de l’information, de la communication et des relations avec le parlement : Mme Léocadie NIHAZI ; le Ministère du développement communal : M. Jean-Claude NDIHOKUBWAYO ;  ; et  le Ministère du commerce, de l’industrie, des postes et du tourisme : Mme Victoire NDIKUMANA.    De plus en plus, du côté du parti leader de la coalition gouvernementale et grand vainqueur des élections de 2010, on pense à un changement de partenaire …

L’Uprona, historiquement, est le parti politique de l’indépendance du Burundi.  Vers les années 60, les leaders de ce parti sont les Bahutu Barundi (comprenant les Batutsi et les Baganwa) du Royaume millénaire de l’Urundi. On trouvait des gens comme Louis RWAGASORE, Paul MIREREKANO, Pierre NGENDANDUMWE, Joseph BAMINA, André MUHIRWA, Emile BENYAGUJE, NGUNZU, NUWINKARE, SIRYIYUMUNSI, NICAYENZI, KIRARANGANYA, KATIKATI etc.
Après le Coup d’Etat des Bahima burundais, dont on avait des gens comme le sanguinaire Michel MICOMBERO, Albin NYAMOYA, Jean NTIRUHWAMA, Albert SHIBURA, Arthémon SYMBANANIYE, etc.  Le parti UPRONA subira le sort du Royaume du Burundi (qui deviendra République) ou de son drapeau. Son contenu va totalement changer. L’Uprona devient un outil de protection des intérêts de Bahima burundais et ce, jusqu’aujourd’hui en 2013.
Les Bahima burundais avaient prévu le coup. Car, pour y arriver, ils ont procédé au Génocide / Régicide des Bahutu Barundi qui débutera par l’assassinat de Feu Rwagasore en 1961 à 1972. Le massacre des Bahutu Barundi sera entretenu périodiquement par le Régime de la Dictature des Bahima (Micombero, Bagaza, Buyoya), incarné par le pouvoir UPRONA, jusqu’en novembre 2003 (Accord Global de Cessez le Feu).
Ce régime UPRONA de la Dictature a fait plus de 4.5 Millions de victimes parmi les Bahutu Barundi de 1966 à 2003.

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:roll: Bilan des acteurs de la société burundaise en 2012

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Revenons alors au bilan annuel d’AGnews (Africa Generation News), que l’on retrouve dans le document intitulé « Burundi : Un an par le trou de la serrure (de janvier 2012 à décembre 2012)», qui sort chaque année depuis 2005 …

Découvrons le parti Uprona,  ses actions et son discours en 2012 :

  • Au congrès de Gitega en septembre 2012, le parti Uprona a changé de dirigeant. Le “Sud” Bururi a repris le parti des mains de Bonaventure Niyoyankana (Gitega) “Le Centre”. Et ce ne fut pas sans mal …

Des disputes ont eu lieu au sein de l’Uprona:

      • – Comme en commune Mugamba où la police a du intervenir pour disperser les militants de l’UPRONA (- Pro Centre – GITEGA contre – Pro Sud- BURURI). De même, leurs litiges se sont réglés par le biais des tribunaux notamment concernant “la convocation -dite- illégale du Congrès National du Parti Uprona qui s’est tenu le 16 Septembre 2012”. En Septembre, Charles Nditije (Bururi), a été élu comme président de l’UPRONA à 574 voix contre 243 voix pour André Ndayizamba (Bujumbura) ;
      • – L’affaire Manwangari et ses codétenus incarcérés à la prison de Muramvya (puis libérés mystérieusement), qui étaient accusés de meurtre vis à sis d’un autre militant de l’UPRONA. Selon le camps Bururi de l’UPRONA et Jean Baptiste Manwangari, cette affaire judiciaire était sans doute un complot politique ourdi par le pouvoir sur commande du tandem Niyoyankana/Sinunguruza (UPRONA) ;
      • – En Avril 2012, lors de la désignation de Martin Nduwimana et Frédéric Ngenzebuhoro à l’EAL. Les deux groupes (CENTRE/BURURI) se déchirent … ;

L’UPRONA a montré ses particularités :

  • – L’Uprona ne voit pas d’un bon oeil les festivités du CNDD-FDD, en novembre, en mémoire des combattants morts sur les champs de bataille contre la Dictature.
  • – L’Uprona défend les “déplacés” comme ceux du site de Ruhororo …
  • – L’Uprona veut une présence des étrangers (autres que des Barundi) dans la futur Commission National Vérité Réconciliation.
  • – L’Uprona est contre une révision de la Constitution du Burundi qui remettrait en cause les quota ethniques des Accords d’Arusha. Voici les dires du Président de l’UPRONA, Bonaventure Niyoyankana, qui exprime ses inquiétudes: « La constitution de la République est notre loi organique qui s’inspire de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation, si nous devons la retoucher en remettant en cause les acquis d’Arusha, ce serait très dangereux pour la société burundaise car cela pourrait raviver le conflit ethnique qui commençait déjà à s’apaiser» Toutefois dit il : « Beaucoup d’aspects méritent d’être revus pour que les élections ne fassent pas objet de polémique comme en 2010; c’est pour cela que les acteurs de la vie politique de ce pays devraient se mettre ensemble pour corriger les imperfections se trouvant dans les différents textes de lois actuels afin de permettre le progrès de la démocratie au Burundi »
  • etc.

L’UPRONA veille à son image à l’Étranger  et organise la diaspora :

L’ Uprona s’est beaucoup désolidarisé de la coalition gouvernementale dont il fait parti :

  • – Il s’est mis du côté des grévistes contre la décision de hausse du prix de l’eau et de l’électricité fin mars 2012. Voici le discours de son président : « Je pense que la voie de grève reste bien autorisée pour les syndicats et au-delà de cette grève annoncée, on peut envisager d’autres réactions, comme une marche dans les rues, pour forcer le Gouvernement à changer les choses et ce qui me chiffonne dans le contexte actuel est qu’il semble y avoir des dérapages et un sérieux dysfonctionnement des institutions que même le parti UPRONA qui est au Gouvernement se sent en droit de dénoncer (..) au sujet des prix de l’eau et de l’électricité, l’Assemblée Nationale avait recommandé à la Régideso de surseoir à la décision de majorer les prix, en attentant un audit qui devrait rendre compte de la manière dont cette entreprise est gérée, afin d’avoir une idée sur le prix de revient d’un KWH ou d’un mètre cube d’eau, mais à notre grande surprise, la société a passé outre toutes ces injonctions et a augmenté les prix, c’est une honte et aujourd’hui, on ne sait pas qui commande à qui ? »
  • – Il s’est rangé contre le gouvernement, suite à un rapport de l’Union Européenne sur la situation sécuritaire au Burundi, qui remettait en cause la séparation des pouvoirs existants entre l’Exécutif et le Judiciaire au Burundi. L’Uprona a accusé le gouvernement (dont il fait parti) de commettre des massacres qui font que le pays régresse. Il a demandé à la justice de relâcher ceux qui sont innocents et de poursuivre les fautifs. Or le rapport de l’UE était une copie calquée du discours de la société civile – dite Uprona- dont on sait au Burundi qu’elle se regroupe, en partie, autour d’elle , les -enfants de la Dictature- des Bahima du Burundi. Ce rapport de l’UE, confectionné par les Bahima burundais (société civile -Uprona) qui s’opposent au régime actuel qui représente les Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris), demandait tout simplement la tête des officiers Bahutu Barundi qui tiennent désormais l’armée et la police burundaise en main depuis novembre 2003 (victoire des Bahutu Barundi et fin de la guerre civile burundaise). Voici le discours de Bonaventure Niyoyankana, Président du parti UPRONA : «Le fait que les mêmes gens soient cités dans ces grands dossiers de sang et qu’ils ne sont jamais inquiétés, donne une mauvaise image au pays, les plus hautes autorités de la République ne devraient pas l’ignorer (..) On nous dit que le procureur les a écoutés discrètement, nous exigeons une comparution publique et officielle comme c’est le cas pour les autres prévenus ». Via “ses” radios, l’Uprona n’hésite pas à dire que le Gouvernement burundais (dont il fait parti) doit immanquablement mettre à la disposition de la justice les hauts cadres de la police/documentation ( des officiers ex-CNDD-FDD : le général Adolphe Nshimirimana ,administrateur général de la documentation, le général Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika -directeur général adjoint de la police nationale-, ainsi que les colonels David Nikiza et Désiré Uwamahoro ) qui sont cités dans les grands dossiers compromettant, disent-ils.  L’UPRONA sur l’affaire Ernest Manirumva, du nom de l’ancien vice-président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009, ajoute : «Tout le monde sait que les véritables assassins se la coulent douce à Bujumbura et que des innocents croupissent en prison, c’est aussi une honte », déclare le Président de l’UPRONA, Bonaventure Niyoyankana. ( Mais au même moment, on découvre qu’ au niveau sécuritaire dans le pays, l’UPRONA ne joue pas franc jeu … Il organiserait l’ADC IKIBIRI dans la déstabilisation du pays… Pour rappel, le Vice Président du Burundi en charge des affaires sécuritaires est un UPRONISTE … Pourtant, en janvier 2012, un militant de l’ancien parti unique Uprona, membre de la nouvelle Police Nationale du Burundi (PNB), le colonel (OPC2) Didier Nyambariza, officier de la Police Nationale du Burundi ( PNB / Marine), un EX- FAB (dont Uproniste), affirme que les élections générales de l’année 2010 était volontairement truquées par le parti CNDD-FDD qui fait toujours croire au monde qu’il les a gagnées haut la main. Cet officier est en fuite dans un pays étranger. Voici son discours : « En réalité, la police, en particulier la documentation, me soupçonnait toujours de collaborer avec le FNL d’Agathon Rwasa et le MSD d’Alexis Sinduhije ; j’étais même faussement considéré par le pouvoir comme un officier chargé des renseignements au sein de l’ADC-Ikibiri (..)” Selon toujours ce dernier, la police présidentielle (Documentation Nationale) l’avait interpellé pour lui dire qu’il aurait aidé le major Libère Nzeyimana (un ancien officier de l’armée burundaise EX-FAB, membre de l’ancien parti Unique UPRONA) à se soustraire de l’hôpital BUMEREC en mairie de Bujumbura ).  Suite à ce manque de  confiance  grandissant entre l’UPRONA et le CNDD-FDD, l’ancien dictateur Pierre Buyoya a du se rendre -lui même- pour confirmer à l’Ombudsman burundais (CNDD-FDD) qu’il n’était pas derrière – les rumeurs faisant état de gens qui voulaient attenter à la vie de l’Ombudsman – ) .
  • – En avril 2012, le Président de l’UPRONA, Bonaventure Niyoyankana, a boudé la réunion du Forum des partis politiques et l’assumait sans ambages alors qu’il en assurait la première présidence au côté de M. Melchiade Nzopfabarushe (CNDD-FDD)… Cette défection du partenaire gouvernementale a poussé le BNUB à organiser en mars de cette année 2013, un dialogue entre les partis politiques du Burundi.
  • – En Avril 2012, le parti Uprona s’en est pris à une institution de l’Etat du Burundi, la Commission Nationale des Terres et autres Biens (CNTB). L’UPRONA a accusé Mgr Sérapion Bambonanire “d’être un extrémiste hutu” car “…cette Commission donne systématiquement raison aux rapatriés”. Voici les mots du président de l’Union pour le Progrès National (UPRONA), Bonaventure Niyoyankana : « Le mal, c’est “ce” Mgr Sérapion parce que c’est un agitateur, c’est un faiseur de guerre. Et là, on ne peut pas accepter. Nous espérons que le gouvernement osera prendre les responsabilités d’avoir contribué à une guerre ». L’Uprona a exigé de rappeler à l’ordre ou bien démettre de ses fonctions, Mgr Sérapion Bambonanire …
  • – L’Uprona a accusé son partenaire au pouvoir – CNDD-FDD-  d’exercer un travail de sape contre les partis de l’opposition burundaise et que le parti CNDD-FDD organisait leur division ou « nyakurisation» ;
  • – L’Uprona a accusé le pouvoir (dont il fait parti) d’organiser des milices qui empêchent -la vie politique des partis politiques au Burundi – et n’a pas cessez de décrier et insulter son partenaire au gouvernement le CNDD-FDD et la jeunesse de cette organisation appelé -Imbonerakure- de : “délinquants avérés”. Le Président de l’UPRONA, Bonaventure Niyoyankana disait : “Il s’agit en fait de miliciens organisés par le pouvoir comme c’est souvent le cas dans des Etats policiers, et dans ces conditions, il sera impossible pour nous les acteurs politiques d’organiser des réunions avec nos militants à la base, puisque ce sont ces mêmes jeunes Imbonerakure qui autorisent ou perturbent les réunions; ce sera aussi impossible de nous préparer pour les élections de 2015 » ;
  • – L’UPRONA n’a pas joué franc jeu lors du vote de la CENI, ni lors du vote de la loi sur l’opposition …
  • etc.

En conclusion, nous terminons la réflexion, dans l’autre opposé, que celui  posait par le député Uproniste de la circonscription de Bujumbura rural, Bonaventure Gasutwa, en septembre 2012 : « Le parti UPRONA ne peut pas rester complice des dérapages du pouvoir largement dominé par le CNDD-FDD, il y a de sérieuses questions de sécurité (exécutions extrajudiciaires), d’enrichissement illicite, de violations des droits de l’homme, qui méritent un traitement rapide et particulier, c’est d’ailleurs ce que reprend le présumé leader rebelle Aloys Nzabampema, il faut une action musclée du gouvernement pour désembourber le pays, sans cela l’UPRONA va quitter l’attelage ».  La question de changer de partenaire gouvernemental pour le CNDD-FDD se pose désormais. Il y va de l’image du pays et surtout de la sécurité du Burundi. La non loyauté de l’UPRONA, pourtant porteur de portefeuilles importants dans le gouvernement, pose de sérieux problèmes … L’exclusion du parti UPRONA du gouvernement ne doit pas être exclus en 2013. D’autres partenaires politiques, plus loyaux, existent.   Mais à 2 ans des prochaines élections qu’elle sera le réaction du CNDD-FDD ?

( Vous pouvez découvrir les discours et actions des partis politiques burundais au travers de ce document : Les partis politiques du Burundi en 2012 . On y reviendra)

DAM, NY, AGNEWS, le 18 mars 2013

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