Sécurité : Un complot de déstabilisation déjoué, et l`érudit Rukindikiza tente d`expliquer l`intolérable répétition.

{jcomments on}- Bujumbura, le 02 février 2010 (abarundi.org) – A croire que pour certains la mémoire est courte vraiment trop courte. La déstabilisation qui vient d’être déjouée démontre à suffisance qu’il subsiste au Burundi des citoyens qui n’ont pas tellement évolué dans leur entendement quant au devenir du pays, et ce, pour laisser enfin les burundais s’épanouir dans un contexte apaisé et démocratique.

Il est vrai que des donneurs de leçons en plein jour, en ce qui concerne l’idéal à atteindre sont légions mais cela reste du domaine du discours uniquement car, dans l’ombre ils se permettent de virer à 180° et ourdissent des plans les plus macabres. Spécialistes pluridisciplinaires, ils connaissent tout, entendent tout et voient tout déclarent-ils. Des 2 choses l’une : s’ils disent vrai, ils ont un service de renseignement digne de celui d’un état ou alors ils sont complices des événements pour lesquels ils disent détenir des informations sûres.

 

Le coup d`Etat de 1993 et le capitaine Rukindikiza

Rappelons-nous, le 21 octobre 1993, le ciel s`effondrait sur le Burundi. L`euphorie de la victoire électorale de juin fut de courte durée.

Les putschistes et leurs complices de l’opposition, appuyés par les milices historiquement associées, voulaient mettre à genou les nouvelles institutions de l’Etat en les décapitant et en profiter pour déclencher la terreur comme moyen pour récupérer le pouvoir et afin de perpétuer l’ordre dictatorial qui prévalait avant les élections.

Enfin, le 18 avril 1993, un Congrès extraordinaire du parti SAHWANYA-FRODEBU désigne Melchior NDADAYE comme candidat du parti aux élections présidentielles du 1er juin 1993. Ce candidat sera soutenu par trois autres partis : le PP, le RPB et le PL. Le soir du 2 juin, lors de la proclamation des résultats officiels des élections, Melchior NDADAYE surclassait élégamment ses deux concurrents, le Major Pierre Buyoya et le monarchiste désigné Sendegeya Pierre.

Le coup de force, la nuit du 20 au 21 octobre 1993, a emporté la vie du Président Melchior NDADAYE et celle de ses principaux collaborateurs : Pontien KARIBWAMI, Président de l`Assemblée Nationale; Gilles BIMAZUBUTE, Vive-Président de l`Assemblée Nationale; Juvénal NDAYIKEZA, Ministre de l`Administration du Territoire et du Développement communal; Richard NDIKUMWAMI, administrateur Général de la Do*****entation nationale. Pendant cette nuit fatidique, le capitaine Rukindikiza, chargé de la sécurité du Président est en voyage (re)commandé aux ïles Maurice.

Il faut ajouter à ce triste palmarès Madame Eusébie NSHIMIRIMANA, l`épouse du ministre des Relations Extérieures, Sylvestre NTIBANTUNGANYA, elle est tuée en lieu et place de son mari, que les putschistes n`ont pas réussi à attraper.

Même un étranger trouva la mort par les mains des militaires : il s`agit d`un prêtre italien, le père Giovanni MASRONI, curé de la paroisse de Gatsinda.

Parmi les autres victimes de ces lâches assassinats, n`oublions pas les dizaines de milliers de citoyens burundais, parmi lesquels de nombreux cadres politiques. Les violences les plus dures des militaires et des gendarmes se passèrent à l`intérieur du pays, et même en partie à Bujumbura dans le quartier de Kamenge. En moins de 2 mois, l`on comptait entre 50.000 (chiffres avancé par la Commission internationale d`enquête des ONG) et 200.000 morts (chiffres avancé par certains rescapés burundais).

Par la suite, les villes mortes quant à elles permirent de faire un travail de nettoyage dans les différentes zones du pays et d’éliminer pas mal de cadres hutu (amaboro) dont notamment 65 parlementaires et plus de 400 intellectuels. Toute la crème intellectuelle qui avait su passer dans les mailles du filet ethnique (notamment le fameux système des u – i) tendu dans l`enseignement au Burundi depuis le début de la dictature militaire. Preuve d`un cynisme sans nom de ceux qui se moquent de la jeunesse et du manque d`expérience de ceux qui nous dirigent actuellement.

Le complot de déstabilisation de la semaine dernière et manipulation habituelle chez l`érudit.

Les 13 comploteurs sont arrêtés dans l`après-midi de mercredi en présence des témoins le long de la plage du Lac Tanganyika. Le même soir, Gratien Rukindikiza sûrement lui aussi surpris par la réussite de l’opération, à travers son site sort un article sur cette arrestation mais tout en ne niant pas l`objectif visé par les comploteurs, il en minimise la portée tout en égrenant amalgame et contradiction. En effet, il fait un rapprochement facile entre cette arrestation justifiée puisqu`il ne nie pas les visées subversives et celle de Kadege et Ndayizeye en 2007. Il condamne le fait que l`opération ait été menée en présence des cameras au lieu de souligner l`importance de cette transparence d`avoir arrêté les subversifs en pleine réunion (ou peut être regrette-t-il cette arrestation). Il enchaîne en faisant un procès d`intention au pouvoir CNDD-FDD qui risque d`étendre les arrestations aux civils alors que lui qui sait tout, est sûr que les mutins n`avaient aucun contact avec les civils. Il attribue des mauvais points aux chefs d`Etat-major inexpérimenté sorti de la forêt par rapport à son ministre chevronné et plein de tact formé à l`école de l`Armée (de sinistre mémoire pour certains), manipulation qui ne manque pas chez cet ex officier des FAB reconverti paraît-il aux services de renseignements étrangers, il oppose le chef de l`Etat-major aux services de renseignements burundais qui ne savaient rien si l`armée ne leur avait pas informé de la gronde qui grandissait chez des militaires.

Sans vergogne, il ose affirmer que la rébellion au sein de l`armée conduite par des sous-officiers était sans gravité (le Sergent Samuel Doe a été Président d’un pays) même si elle devait emporter au passage quelques généraux avant de contraindre le Président de la République aux négociations qui nous rappellent la triste épisode ayant suivi l`assassinat du Président Ndadaye, lui-même ligoté, torturé à mort par des mutins en présence du chef d`Etat-major de l`époque qui l`avait livré. La similitude est frappante avec ce qui s`est passé en 1993 où tout à commencé avec des ballons d`essai des putschistes au mois de juillet avant d`être fatal dans la nuit du 21 Octobre 1993.

Pourtant, jusqu’à ce jour Monsieur Rukindikiza Gratien qui nous affirme être au courant de tout ce qui se passe, que rien n’échappe à sa vigilance et de surcroît était en charge de la sécurité de la personne du Président de la République Mélchior Ndadaye ne nous a pas encore tout dit, il est temps qu’il profite du nouveau climat de vérité réconciliation pour se préparer pour nous dire enfin comment ceux qui ont assassiné la personne dont il était en charge ont pu déjouer sa vigilance affûtée, à moins que…. Il est à constater que jusqu’à présent il ne nous a donné que la version de l’opération KATEMO pour expliquer la mort du Président. Devons-nous en attendre d’avantage ? Autrement, qu’il cesse de manipuler l’opinion nationale en déversant sa haine tribale à peine voilée car depuis 3 ans il ne traque que les responsables politiques d’ethnie hutu en encensant ses congénères même quand leur comportement laisse à désirer. Certes, il faut pardonner le cycle de violence que la dictature avait imposé et fait subir une partie des citoyens, il faut réconcilier et consolider la paix, il faut reconstruire le pays mais tout cela ne donne pas le droit à certains de continuer à remuer le couteau dans la plaie encore béante des victimes d’autres coups d’Etat non avortés à temps. Pardonner n’est pas synonyme d’oublier. Loin de là.

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