Burundi: Les Bahutu Barundi discriminés

Le Tambour du Burundi
Le Tambour du Burundi

Le site d’investigation burundais Nyabusorongo dénonce la très faible présence des Bahutu Barundi au sein des structures socio-économique du pays, alors que ces derniers sont majoritaires au Burundi. Il s’agit d’une des conséquences fâcheuses que le Burundi conserve encore suite à l’apartheid vécu sous la dictature féroce des Bahima burundais (Micombero, Bagaza, et Buyoya) qui a sévit  depuis 1966 à 2005.  La dictature a fait plus de 4.5 Millions de victimes parmi les Bahutu Barundi.

Selon le site, une des solutions, pour permettre une meilleur intégration des Bahutu Barundi dans les structures socio-économiques du Burundi,    serait d’étendre le principe des Accords d’Arusha à toute la vie socio-économique du pays , qui est une sorte de discrimination positive envers les Bahutu Barundi …Voici ce que CIRAMUNDA Dominique de Nyabusorongo  explique :

ARUSHA: LES EQUILIBRES ETHNIQUES DOIVENT CONCERNER TOUS LES SECTEURS DE LA VIE NATIONALE

Depuis que le Burundi a renoué avec le chemin de la légitimité institutionnelle et surtout avec la signature des accords de paix d’Arusha le respect des équilibres ethniques dans toutes les institutions est devenu un mot d’ordre. Cela est dicté par le passé du Burundi, un Burundi où toutes les sphères ont été confisquées par une minorité ethnique au détriment des autres composantes de la société burundaise. Ainsi, le Burundi s’est retrouvé dans un système d’apartheid institué et les conséquences  de cette injustice, devenue mode de vie, ont été entre autres les différentes tueries interethniques. C’est alors qu’Arusha a proposé une autre orientation pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Des efforts ont été fournis dans ce sens mais beaucoup reste à faire. Cela est dû aux résistances observées dans pas mal de secteurs restés imperméables à l’appel d’Arusha. Plus de douze ans après, certains milieux restent hermétiquement fermés aux hutu. Jusque quand faudra-t-il laisser cela perdurer ?

Les enquêteurs de l’équipe Nyabusorongo se penchent sur la question relative au respect des équilibres ethniques depuis déjà quelques mois et ont toujours partagé les résultats de leurs découvertes avec les lecteurs. Le site a essuyé des insultes et a été taxé d’extrémiste par plus d’un à cause des éléments sensibles mis au grand jour alors que certains pensaient opérer dans un espace fermé. Le constat fait est que la discrimination continue car les tutsi restent majoritaires dans tous les secteurs de la vie nationale, souvent dans des proportions ahurissantes de plus de 99% alors que les statistiques les plus généreuses ne leur accordent pas plus de 14% de la population, alors que les Hutu constituent au moins 85% de la population.

Les équilibres ethniques ne doivent pas concerner seulement les institutions étatiques mais aussi tous les secteurs d’activités et cela devrait constituer une priorité pour tout Burundais épris de paix. Tous les acteurs de la vie nationale burundaise sont interpelés ici : l’Etat, le parlement, la société civile, les organisations internationales, les sociétés paraétatiques et privés, etc. Chaque fois qu’une question sensible comme celle-ci est soulevée, les extrémistes tutsi se lèvent comme un seul homme pour protéger leurs intérêts en prenant en otage tout un peuple. Cela ne devrait pas continuer si vraiment on veut assurer un avenir serein et saint aux générations burundaises à venir. Si les Burundais veulent guérir, ils doivent avoir le courage d’aborder tous les sujets sans faux-fuyants. C’est aussi l’objectif de cette réflexion qui se veut constructive.

VOULOIR LE BEURRE ET L’ARGENT DU BEURRE

Si on veut la paix au Burundi comme ailleurs, il faut travailler dans ce sens et non parler de paix alors que les actions posées mènent toutes vers la catastrophe. Comment parlerait-on de réconciliation nationale quand certains monopolisent tout, au moment où la majorité de la population n’ont pas accès au travail à cause de leur origine ethnique ? Pourquoi aucune organisation de la société civile n’a jusqu’ici levé le petit doigt pour dénoncer cela ? Serait-on tenté de dire que c’est une question sans importance aujourd’hui et au Burundi ? Pensez-vous que la CVR, qui fait couler beaucoup d’encre et de salive actuellement importe plus que la question des équilibres ethniques ?

Cet aspect est d’autant important car ces déséquilibres sont le résultat d’une politique discriminatoire qui a bloqué l’accès à l’enseignement aux enfants hutu. Ce n’est pas HAKIZIMANA Isidore et consorts qui me contrediront  s’ils n’ont pas déjà oublié le système « i » et « u ». Les résultats de ce « génocide intellectuel » est qu’à un certain moment, il y a eu déficit total d’intellectuels hutu car privés d’éducation. Et sans formation intellectuelle, il est impossible d’avoir accès à un travail décent. C’est dans ce contexte que tous les services sont devenus monocolores. Les conséquences de ce génocide intellectuel continuent à se manifester car il a permis aux tutsi d’avoir une avance intellectuelle, politique et économique sur les autres composantes de la société burundaise. Ce que l’on voit aujourd’hui découle directement de cela.

QUELQUES RAPPELS

  • organisation
Période/catégorie Tutsi Hutu % (TUTSI) % (HUTU)
FORSC   26 0 100 0
RTNB recrutement juillet à sept 2012 17  2 90 10
RTNB (recrutements du 1er janv.au 10 fev.2011) 7 2 78 22
RTNB Recrutement janvier-octobre 2010 87 23 79 21
RTNB Haut cadres et chefs de service 37 12 80 20
HCR       80 10
UNION AFRICAINE   9 1 90 10
LIGUE ITEKA   54 13 81 19
RET (Refugee Education Trust)   21 1 88 12

Ces disparités sont encore plus criantes dans les Banques, les sociétés d’assurance et de réassurance et les Universités où les hutu ne sont représentés qu’à moins de 1%. Le secteur de la santé ainsi que celui de l’enseignement ne sont pas épargnés par l’exclusion. Cela explique d’ailleurs les mouvements répétitifs de grèves et le comportement de certains acteurs de la société civile. Beaucoup d’organismes internationaux, ONG et même certaines chancelleries sont tombées dans le piège burundais car les candidatures hutu sont systématiquement rejetées.  La stratégie du bas-ventre mise en avant par les stratèges tutsi d’aujourd’hui  et qui vise à prostituer leurs filles et femmes afin de bénéficier des postes et autres avantages, ne diffère en rien des plans macabres d’alors comme celui dit SIMBANANIYE (génocide de 1972) ou genre NYABOYA (avec ses fameux «i» et «u» car tant de victimes se retrouvent fauchées par le VIH/SIDA.

En définitive, il serait aussi périlleux qu’irresponsable de passer sous silence les déséquilibres ethniques si on veut que les Burundais se réconcilient réellement. En vue de réussir l’œuvre de la réconciliation, aucun sujet ne devrait être tabou peu importe les passions que cela peut déchaîner. C’est légitime et même une obligation morale et civique d’évoquer des sujets pareils pour éviter que le Burundi replonge dans les affres de la guerre. Le plan SIMBANANIYE (1972), le plan NYABOYA (i et u), l’exclusion, le génocide, etc. sont autant de sujets qui fâchent mais qu’il faut avoir le courage d’aborder avec lucidité pour  éviter les répétitions et garantir un avenir sûr aux générations futures.

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