Burundi: Le fond d’aide aux médias se fait attendre.

Share Button

Il y a de cela quelques jours,  le ministère de la communication  du Burundi a organisé une rencontre avec les associations des professionnels des médias du pays  au Celexon. Il s’agissait d’ un atelier d’harmonisation des textes de lois et conventions relatifs à la liberté d’expression, d’opinion et de presse. Les participants ont tenté de voir comment améliorer le climat de travail entre le monde médiatique burundais ( essentiellement au main des enfants ou des tenants de la dictature militaire d’autrefois) et l’autorité publique. De plus, les hommes de presse  dénoncent les lenteurs dans la mise en place du fonds d’aide aux médias. Ce dernier est prévu dans la loi de novembre 2003 régissant la presse. Le Burundi possède un organe de régulation appelé, Conseil National de la communication (CNC). Il a pour objet de promouvoir la liberté de la presse et d’être l’arbitre en cas de litige et de faire la loi pour l’intérêt de tous.

A cette occasion, le directeur de la radio Isanganiro, M. Nkeshimana Vincent, la démocratie est nécessaire pour le plein épanouissement de l’homme et de la société. Les journalistes ont la responsabilité d’éducation et de promotion de valeurs  fondamentales indispensables nécessaire pour un devenir meilleur de leur pays… Le président du Conseil national de la communication, M. Bambasi Pierre,pense que personne n’ignore l’importance et la nécessité de l’information sur la vie d’un peuple:  “Toute information doit être utile à la population. C’est pourquoi la façon de la collecter, de la traiter et de la transmettre doit être soumise au strict respect d’une certaine réglementation en vue d’éviter les dérapages éventuels … la liberté de la presse est garantie par les textes nationaux et internationaux mais ceux-ci en déterminent aussi les limites…”.  M.Bambasi de poursuivre : ” Le journaliste doit jouir de cette liberté mais   doit garder à l’esprit les limites préalablement établies par les différentes lois. Il arrive même des mesures contraignantes soient prises à l’endroit de certains médias en cas de dérapage … Malheureusement, de tels textes de loi existent mais sont interprétés suivant les intérêts à défendre”. M.Bambasi fait allusion aux différentes frondes qu’il reçoit souvent, à l’exercice de sa fonction, de la part de certains médias burundais et  d’organisations internationaux de défense de la liberté de la presse (comme Reporters sans frontières). Actuellement au Burundi, certains médias sont soupçonnés (avec preuves à l’appui) d’être derrière les multitudes actes de violences et de terreurs que vit le pays depuis le dernier scrutins de 2010.   En septembre 2010, il y a eu le massacre de Rukoko et  dernièrement en septembre 2011 il y a eu le massacre de Gatumba. Mais que se passe t’il ?   De nombreux journalistes de radio privés (proches de la dictature des Bahima -Buyoya, Bagaza, et Micombero –  déchu) sont en procédure judiciaires…

Comme l’explique M.Marc Rushishikara, spécialiste des questions de sécurité (notamment burundaise) et politologue, pour AGnews : ”  Depuis  mai 2010, à la suite de l’annonce des résultats  des élections communales, de nombreux partis politiques burundais défaits ont cru qu’ils pouvaient encore jouer les prolongations comme au temps  de la guerre civile sous  la dictature et plus précisément lors des Accords d’Arusha en 2000. Les leaders politiques de l’ADC Ikibiri ( organe rassemblant tous ces organisations politiques rejetant les élections démocratiques de 2010) pensaient qu’ils pouvaient tout remettre en cause,  et que la communauté internationale ouvrirait son portefeuille à nouveau pour financer -un nouveau processus de paix -.   Avec leur alliance malheureuse  ( avec des combattants  FDLR ; des Maï-Maï ;et des déserteurs de l’APR – armées rwandaises-  ennemis du gouvernement rwandais ), ces opposants burundais défaits aux urnes en 2010  espèrent  fortement que de nombreux dégâts puissent avoir lieu dans la région des Grands Lacs, en surfant sur  les élections prochaines en RDC Congo. Ces derniers misent sur le fait que de nombreux enjeux géopolitiques  entourent ce dernier scrutin démocratique régionale, espérant de la sorte que les cartes  au Burundi puissent évoluer en leur faveur. Il s’agit d’une de leurs dernières cartes à abattre … C’est là que certains médias privés burundais interviennent. Les médias burundais ( comme la RPA, ISANGANIRO, BONESHA, Radio et télé Renaissance )  se déchaînent … Il suffit d’analyser leurs informations depuis mai 2010 à nos jours pour comprendre. Par exemples, les informations  récurrentes – ciblant tous les décès au Burundi – (la fameuse stratégie pour répandre la terreur). Ces médias participent à la politique  de visibilité de l’ADC Ikibiri. D’où leurs problèmes sérieux  avec l’état burundais ! “.

M. Rushishikara poursuit et termine : ” Aujourd’hui,  ces professionnels de l’information et la communication au Burundi, qui combattent de manière extraordinaire le gouvernement burundais,  souhaiteraient que l’Etat créée un fond d’aide aux médias… Consistant à les renforcer. Non !  Il faut être sérieux !  Pour rappel,  il y a eu à partir de mai 2010 ( début des scrutins démocratiques de 2010)  des faits très clair (*) et les médias que je cite précédemment -joue le jeu-:  – le refus des résultats des communales rendues par la CENI (mai 2010) ;  -les lanceurs de grenades dans un premier temps (juin 2010) ; – la fuite d’Agathon Rwasa (ex président du FNL et  ancien patron du mouvement rebelle FNL-Palipehutu ) aidé par deux anciens présidents du Burundi (juillet 2010); –  la rumeur d’une nouvelle rébellion au Burundi accompagnée du massacre de Rukoko pour tenter d’être crédible (Pas moins de quatorze cadavres de citoyens barundi, certains mutilés)  (septembre 2010) ;  Coup d’Etat en cours (octobre 2010);  Accrochages entre les FARDC (armée congolaise) et  le FNL à Rukoko (Uvira) fait 6 morts (janvier 2011); les combattants FNL ont leur base arrière dans la forêt Rukoko (mars 2011) ; la rumeur d’une – nouvelle guerre au Burundi –  (juin 2011) et certaines de ces radios ont même tenté de créer une rébellion au Burundi et c’est toujours en cours ; et le massacre de 36 citoyens Barundi  à Gatumba, à 15 km de Bujumbura, la capitale, non loin de la frontière congolaise par une groupe d’hommes armées  en provenance de Kayobera, dans la réserve de la Rukoko côté Burundi (septembre 2011)…  . Tout cela pour essayer de légitimer les stratégies  de  l’ADC Ikibiri (les perdants des élections de 2010)  dont certaines sont fondamentalement terroristes !   Le comble est le fait que les correspondants internationaux (comme de l’AFP/RFI, de  XINHUA …)  participent … Avec des implications sérieuses sur l’image du Burundi dans le monde …”.

L’expert burundais, politologue, M. Paul Burundi, commente, pour AGnews,  le paradoxe des règles démocratiques des états de droits notamment entourant -la liberté de presse -.  Il parle de la relation entre  – le terrorisme et les médias –  en s’appuyant sur une de ses dernières lectures (1)…  M. Burundi  dit : ” Le terrorisme d’aujourd’hui est d’abord une histoire d’ampleur. Il faut de la sorte l’analyser par  -l’aune de sa portée, de son impact, et de ce qui l’amplifie. Chez les terroristes, les cibles constituent des leviers: plus on les médiatise, plus cela permet d’étendre la surface d’un conflit, et plus cela augmente l’efficacité  en terme de pression politique”.  M. Burundi poursuit : ” Alors rien n’est plus frappant pour un terroriste que d’être ignoré, car pour terroriser …  il faut être connu; et pour être connu, il faut être visible. C’est à ce niveau que les média (le fameux 4ème pouvoir), de par leur  fonction même, participent  activement.”  M. Paul Burundi termine : ” La diffusion d’images d’attentats en temps réel et dans le monde entier aide les terroristes car ainsi elle élargisse l’audience de ces derniers. De la même façon, en exposant les victimes, la presse et la télévision, les valorisent et finalement encouragent les terroristes à choisir leurs cibles en fonction de la médiatisation qu’elles promettent. En offrant une couverture régulière, les médias contribuent à la banalisation des attentats en poussant leurs auteurs à rechercher des effets toujours plus spectaculaires,et dont ils fournissent parfois eux-mêmes les images. Les exemples concrets sont les images  des massacres de Rukoko, de Gatumba, ou dernièrement des soldats burundais morts en Somalie …”.

Madame, le Ministre de l’information et de la communication, Concilie Nibigira, a terminé la rencontre en faisant savoir que le fait de s’asseoir, ensemble avec les journalistes, dans ce genre de rencontre, permet d’identifier les divers dangers actuels ou potentiels qui guettent ce métier en ce moment où la conjoncture économique mondiale n’est pas des plus favorables. Elle fait savoir que les moments que nous vivons sont très durs voire très délicats … Elle en appelle à la responsabilité de tous et de toutes.

Le Burundi est un pays  qui sort de plus de 40 ans d’une dictature féroce qui a fait plus de 2.5 millions de victimes.  Le pays a organisé depuis 2005 deux scrutins démocratiques. En ce période, le rôle des médias est devenu crucial  pour permettre à ce que les partenaires internationaux puissent continuer à croire que les Barundi veulent aller de l’avant …

(1) Les dessous des cartes , Atlas géopolitique, par Jean-Christophe Victor ,Virginie Raisson,et Frank Tétart, cartographie de Frédéric Lernoud, arte editions – Tallandier.

DAM, NY, AGnews, le 30 octobre 2011.

 

Facebook Comments