Burundi: Discours du Président pour le Cinquantenaire.

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S.E. Nkurunziza Pierre, le très populaire Président  Africain du Burundi.

Le Burundi fête ses 50 ans d'Indépendance à partir de ce mois de juillet 2012. Voici le Discours du  très populaire Président  Africain   du Burundi, S.E  Nkurunziza Pierre, dans son intégralité :

 


enlightened DISCOURS DE S.E Pierre NKURUNZIZA PRESIDENT DU BURUNDI A L’OCCASION DE LA CELEBRATION DU CINQUANTENAIRE DE L’INDEPENDANCE DU BURUNDI  

 


Bujumbura, le 1er juillet 2012

 

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

1. Les cinquante ans d’Indépendance du Burundi sont accomplis, jour pour jour. Nous en remercions Dieu le Tout Puissant qui a guidé le Burundi à travers nos grands pères dans cette lutte jusqu’à la victoire, et Nous avons de l’espérance qu’Il continue à guider nos pas.

 

2. Aujourd’hui, 1er Juillet 2012, c’est un jour de fête sans égal, car nous célébrons le Jubilé d’Or de l’Indépendance du Burundi. Nous célébrons les cinquante ans (50) qui viennent de s’écouler après que Nous ayons recouvré notre souveraineté nationale, que nous ayons repris la responsabilité de conduire les destinées de notre pays.

 

3. Nous souhaitons donc au peuple Burundais et à tous ceux qui vivent sur le sol Burundais une bonne fête. Cette fête, célébrons-la en faisant mémoire du Prince Louis RWAGASORE, héros de l’Indépendance du Burundi, ainsi que ses compagnons de lutte, ceux qui sont encore en vie et ceux qui sont déjà décédés. Ils ont mené ensemble un dur combat et, ensemble, ils sont parvenus à la victoire.

 

4. Le thème de cette journée est celui qui avait été annoncé pour l’année du cinquantenaire de l’Indépendance du Burundi, à savoir :

« Sauvegardons les acquis de l’Indépendance, changeons de mentalité, redoublons d’ardeur dans la consolidation de la paix, de la sécurité et de l’unité, aimons le travail, c’est là la source d’un avenir meilleur et d’un progrès durables.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

5. Avant l’arrivée du colonisateur, le Burundi était un pays organisé, gouverné par le Roi. Celui-ci était assisté par des notables, et aucun scandale n’était envisageable en présence de cette institution. Tout Burundais avait droit à la parole, et s’il advenait que quelqu’un se sente lésé, il s’en remettait aux juges de première juridiction (intahe yo ku mugina). En cas d’insatisfaction, il saisissait le tribunal de la Sous- Chefferie, puis le tribunal de la Chefferie. Le Tribunal du Roi constituait le dernier recours.

 

6. En ce temps-là, les Burundais vivaient unis et solidaires, tous responsables de la sauvegarde de la paix et de la sécurité. Ils partageaient tout, et l’harmonie sociale transparaissait dans divers gestes de la vie quotidienne tels que le fait de se donner de l’eau, du feu, partager un verre de vin de banane entre voisins chaque fois que quelqu’un avait brassé, etc.

A la tombée de la nuit, le voyageur frappait à la porte de la maison la plus proche, et il était accueilli à bras ouverts. On lui préparait le lit, on le nourrissait, on le logeait, et le lendemain, il poursuivait sa route.

 

7. Avant l’installation du colonisateur, les Burundais adoraient un seul Dieu, et ils l’adoraient de la même manière, sous l’intercession de Kiranga, l’intermédiaire humain. Nous ne manquerions pas de mentionner que les Burundais s’entraidaient. Tout homme en difficulté trouvait assistance sans condition auprès de ses voisins, qui se rassemblaient pour lui témoigner leur compassion en signe de l’esprit de solidarité.

Ces bonnes manières qui caractérisaient les Burundais de ce temps tiraient leur origine dans l’éducation que les enfants recevaient au foyer dès le bas âge, car ils grandissaient informés de ce qui doit faire objet de respect et de crainte, sachant que celui qui se rendrait coupable d’une faute grave serait puni jusqu’à la déconsidération totale dans la communauté. L’éducation se donnait donc depuis le très jeune âge, comme le dit un dicton : « Le redressement d’un arbre se fait pendant qu’il est encore très jeune » (Igiti kigororwa kikiri gito).

Il est vrai que tout n’était pas rose, car il y avait dans la coutume des pratiques de marginalisation, le servage, la dépossession des terres et autres biens, l’exil forcé, etc. Mais c’était régulé, au point que le droit à la vie était très souvent respecté.

 

8. Avec l’arrivée du colonisateur au Burundi, beaucoup de choses ont changé. Les Allemands sont venus les premiers, puis les Belges leur ont succédé. Ce qui a le plus caractérisé la colonisation allemande, ce fut la cassation des bonnes relations qui unissaient le peuple et le Roi. Aujourd’hui ils étaient du côté du Roi, le lendemain ils avaient changé de position et soutenaient les Burundais qui combattaient le Roi tels que Kirima et Maconco. Cette stratégie portait le nom de « Divide et Impera », qui signifie « Diviser pour régner ».

Les Burundais, ligués derrière le Roi Mwezi Gisabo, ont mené une bataille contre les Allemands en dépit des armes sophistiquées que possédait l’adversaire, et qui ont d’ailleurs par la suite occasionné la défaite des Burundais. Le Roi fut contraint de signer le traité de KIGANDA en 1903, par lequel il admettait la domination allemande sur le Burundi.

Les Belges ont eu en commun avec les Allemands le retrait du pouvoir de décision aux dirigeants burundais. D’autres comportements ont attristé les Burundais, Ils ont été considérés comme des « bêtes sans intelligence », ont été bastonnés, et les parents ont été exposés à des humiliations en recevant des coups de lanières devant leurs enfants. Les jeunes filles ont été violées en présence de leurs parents, surtout pendant la guerre qui opposait les Belges et les Allemands au Burundi.

 

9. Mais ce qui a le plus attristé les Burundais, c’est la perte de leur souveraineté nationale, subissant des lois et des mesures prises en leur défaveur sans aucune consultation préalable. Ils ont assisté impuissants à l’exploitation et à la spoliation des ressources naturelles de leur pays.

 

10. C’est sous le mandat belge que se sont manifestés suffisamment les premiers signes de la fracture de l’unité nationale, lorsque l’on a commencé à mesurer la largeur des narines, la hauteur du crâne, la longueur des bras et des autres membres, pour identifier et distinguer les composantes ethniques de la société burundaise. Le colonisateur a alors pris des mesures et adopté un comportement de nature à inoculer le virus de la division entre les Burundais qui partageaient tout en commun jusque là.

 

11. Mais nous devrions faire ici un sursaut de conscience et faire notre « mea culpa », pour avoir accepté de perdre notre culture en acceptant ces mauvais enseignements que l’on venait de nous inoculer. Nous pensons que personne n’ignore aujourd’hui jusqu’où cela nous a conduits. Nous avons oublié la sagesse de nos pères qui affirme que le destructeur de sa propre demeure obtient facilement le concours de ceux qui lui prêtent la serpette.

 

12. Cependant il y a des points positifs qui méritent d’être relevés. En effet, c’est le colonisateur qui a introduit l’école dans le système éducatif burundais, et les Burundais ont appris à lire, à écrire et à faire des opérations de base en arithmétique. Des dispensaires et des hôpitaux ont été construits à travers le pays, et les Burundais, adhérant à la médecine moderne, ont appris à se faire soigner et vacciner contre pas mal de maladies.

Ce n’est pas tout ! Des variétés de cultures aussi bien vivrières qu’industrielles ont été introduites dans le pays, et elles font preuve de leur importance dans le développement du pays, même si leur expansion s’est faite à coups de bâton. C’est l’exemple du café, du thé, etc.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

13. Nous libérer des emprises du pouvoir colonial ne fut pas du tout facile. La lutte a été rude et longue, et elle exigea beaucoup de courage et d’abnégation. Les porte-flambeau de l’Indépendance ont été pourchassés et mis en prison, ou bien ils ont été exilés, accusés de subversion. Mais ils ne se sont pas découragés. Ils ont poursuivi la lutte jusqu’à la victoire.

Celle-ci, Nous la devons à la bravoure du Prince Louis RWAGASORE et des autres Burundais qui avaient du cœur, qui étaient pleins de patriotisme et qui ont accepté de donner leur vie pour la nation. N’est-ce pas que le Prince Rwagasore a été par la suite assassiné, lui, ses enfants et ses plus proches collaborateurs !

 

14. Nous rendons un hommage vif au Prince Louis RWAGASORE, héros de l’Indépendance du Burundi, ainsi que tous les autres Burundais, vivants ou déjà décédés, qui l’ont aidé et accompagné dans cette lutte pour l’Indépendance.

Nous félicitons aussi feu Abbé Jean-Baptiste NTAHOKAJA, Monsieur Joseph RUGOMANA ainsi que Monsieur Timothée KARABAGEGA qui ont produit le texte de l’Hymne National, « Burundi Bwacu » dont les paroles sont si profondes ; Nous félicitons également Monsieur l’Abbé Marc BARENGAYABO qui a eu le génie inspirateur pour composer la mélodie si merveilleusement significative de cet hymne National. Nos remerciements vont également à feu Pamphile GASUKU, artiste burundais qui a imaginé les signes et symboles qui devaient constituer le drapeau national du Burundi indépendant. Nous n’oublions pas de remercier tous ceux qui ont contribué de près ou de loin au combat pour l’indépendance de notre pays, et de consoler ceux-là qui n’ont pas pu assister au résultat de leur combat.

 

15. Le jour de l’indépendance, Dimanche 1er juillet 1962, le drapeau du Burundi a été hissé pour la première fois, et il a flotté dans le ciel à travers tout le pays. Le drapeau des occupants a été descendu. Alors, les Burundais ont chanté l’Hymne National pour la toute première fois, et ce fut une date inoubliable au Burundi et pour tous les citoyens Burundais.

Les Burundais poussèrent alors un « ouf » de soulagement, et ce jour fut marqué par une manifestation de joie exubérante à travers les chants et les danses, car c’était la fin de la colonisation chez nous, le jour de savourer les délices de la victoire, et manifester publiquement que nous acceptions de prendre en main les destinées de notre pays. Imaginez-vous la joie de KAMURARI Nicodème entrain de descendre le drapeau du colonisateur et l’enthousiasme de feu BURASEKUYE Marcien entrain de hisser le Drapeau National et RUBEYA Bernard qui les commandait en ce moment-là ! Nous les félicitons, eux aussi.

 

16. Nous remercions du fond de notre cœur l’Organisation des Nations Unies et l’Union Africaine qui ont soutenu activement l’Indépendance immédiate du Burundi, sans oublier feu Président Julius Kambarage NYERERE pour ses conseils et son soutien au Prince Louis RWAGASORE dans la lutte pour cette Indépendance.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

17. Accéder à l’Indépendance est une chose, consolider les acquis de cette Indépendance et conformer sa vie aux exigences de l’autonomie au jour le jour en est une autre. Le Prince Louis RWAGASORE a été assassiné, et nous sommes devenus comme des orphelins, perdant toute lumière. Le peuple entier fut comme foudroyé. On n’a pas pu trouver un successeur de même charisme que Rwagasore, et son héritage d’unité fut oublié. Les dirigeants de son parti, l’UPRONA, se sont divisés. Ceux qui sont venus au pouvoir après Rwagasore ont travaillé comme des colons, et au lieu de combattre la division, ils l’ont encouragée : les coups d’Etat furent reconnus comme nouveau mode d’accès au pouvoir. La Démocratie naissante fut étouffée dans l’œuf, le régime à parti unique eut droit de cité, la paix et la sécurité furent compromises à plusieurs reprises.

Vous avez vu ou vous avez entendu parler des événements survenus en 1962,1965, 1969, 1972, 1988, 1991 et 1993. C’était catastrophique. C’était une marche à tâtons dans le noir, des années d’une avancée titubante jusque très récemment en 2005.

 

18. Heureusement pour nous, Dieu aime le Burundi et les Burundais. Notre chute n’a pas été totale ! Nous sommes tombés puis, après beaucoup d’efforts, nous nous sommes relevés. Nous avons osé pointer du doigt les grands maux qui minent le pays, nous les avons critiqués, et nous avons décidé d’enterrer la hache de la division. Nous avons opté pour la Charte de l’Unité Nationale.

 

19. Nous avons également montré que notre Indépendance était méritée au moment où nous avons officiellement opté pour une Démocratie pluraliste comme système politique répondant le mieux aux aspirations du Burundi et des Burundais. Ainsi, nous avons mis en place des Institutions issues des élections démocratiques, libres et transparentes, des élections que les Burundais avons organisées nous-mêmes, et auxquelles la Communauté Internationale a apporté son appui technique et financier en réponse à notre requête. L’accession au pouvoir se fait dorénavant sur base d’une compétition, spécialement entre les partis politiques. Nous vous apprenons à titre de rappel que le Burundi compte actuellement quarante-deux partis politiques (42), au moment où il n’y en avait que vingt-trois (23) aux élections d’avant l’Indépendance.

 

20. Le fait donc que Nous ayons déjà organisé des élections à trois reprises, qu’elles aient bien réussi, et que le peuple et le monde en aient accepté les résultats, c’est un signe très important de notre Indépendance bien méritée et une preuve suffisante de notre responsabilité historique.

Le fait que les dirigeants élus démocratiquement puissent exercer leurs fonctions jusqu’à la fin de leur mandat et que leur succession passe encore par les urnes est un signe éloquent que nous avons franchi un pas appréciable sur la route de la Démocratie fondée sur le respect du verdict populaire et la non-déstabilisation des Institutions de l’Etat.

 

21. Avoir des Institutions du pays qui accomplissent très bien leur mission, qui collaborent entre elles en toute franchise, et qui consultent la population pour avoir ses avis et considérations sur la mise en place des projets de développement du pays ; disposer des partis politiques agréés qui participent régulièrement à des rencontres de dialogue et de concertation, qui mènent des réflexions et échangent sur la façon la meilleure dont le pays devrait être gouverné, c’est là un signe qui montre que notre Indépendance était méritée, et que les affaires de l’Etat concernent prioritairement les nationaux.

 

22. Mais la liberté politique à elle seule ne suffit pas pour consolider les acquis de l’Indépendance. C’est pour cela que Nous avons pris l’orientation de mettre sur pied la « Vision BURUNDI 20-25 », un projet dont l’objectif principal est d’avoir une même compréhension des problèmes du pays ainsi que des solutions durables à y apporter. De cette manière, nous allons cesser de marcher aveuglément, attendant des aides étrangères qui nous parviennent déjà affectées à des projets que nous ignorons, jusqu’aux préparatifs.

 

23. Nous avons montré également que nous étions indépendants le jour où nous avons pris la résolution de signer l’Accord d’Arusha pour la paix et la Réconciliation et des accords de cessez-le-feu entre le Gouvernement et les Mouvements politiques armés en vue de mettre fin définitivement aux questions qui tenaient divisés les Burundais. Les nouveaux Corps de Défense et de Sécurité ont été mis en place, où toutes les composantes de la société burundaise se trouvent représentées.

Nous rappelons ici que les Burundais avons fait preuve d’une maturité politique exceptionnelle, en réussissant une cohabitation sans heurt entre anciens belligérants porteurs d’armes en cantonnement au « Camp Espoir ». Les étrangers avaient eu peur de s’approcher de ces lieux en pensant qu’il pouvait y avoir un volte face vers une reprise des combats, et nous avons continué le processus sans eux, nous l’avons réussi, dans la paix et la sécurité.

 

24. Nous avons montré que nous sommes indépendants, car nous avons compris que nous devons compter avant tout sur nos propres forces. Cette conviction a été traduite en actes, car nous avons rompu avec l’habitude d’attendre le secours qui vient de l’extérieur, et nous avons décidé d’agir ensemble au cours des travaux communautaires. Nous avons construit des écoles, des centres de santé, des hôpitaux, des stades, des bureaux de Gouverneurs provinciaux et d’Administrateurs communaux, etc. Et nous sommes entrain de construire aux frais du Gouvernement un hôpital moderne dans la province de Karuzi ainsi qu’un barrage hydro-électrique sur la rivière Mpanda.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

25. Félicitons-nous encore une fois, car le pays compte à son actif beaucoup de réalisations qui marquent les progrès enregistrés durant ces cinquante ans d’Indépendance que nous fêtons. Les exemples sont légion.

 

26. A l’Indépendance, il y avait seulement 4 banques ; aujourd’hui, nous en avons dix (10), ainsi que des fonds de crédit et des institutions de micro-finance au nombre de vingt-six (26).

 

27. Les écoles au niveau de l’enseignement de base comptaient à peu près trois mille six cent salles de classes (3 600) avec un effectif d’écoliers avoisinant les cent quarante mille (140 000) ; aujourd’hui, nous atteignons trois mille neuf cent soixante écoles (3 960) qui totalisent plus de vingt quatre mille cinq cent salles de classes (24 500) avec un effectif avoisinant deux millions d’écoliers. L’enseignement secondaire ne dépassait pas deux cent soixante-dix salles de classes (270) et un effectif de quatre mille élèves (4 000), au moment où nous avons actuellement mille deux cent treize écoles (1 213), des salles de classes dépassant les cinq mille huit cent (5 800), pour des élèves évalués à plus de trois cent quatre-vingt-deux mille (382 000). Il n’y avait qu’un établissement d’enseignement supérieur avec cinquante trois étudiants (53) à l’heure de l’Indépendance, mais le Burundi compte aujourd’hui Vingt neuf Universités et Instituts Supérieurs pris ensemble (29). Les effectifs à ce niveau atteignent trente-cinq mille étudiants (35 000).

 

28. Nous avions quinze hôpitaux uniquement à l’Indépendance (15), Nous en avons aujourd’hui soixante-quatre (64) et huit cent vingt sept centres de santé (827). Rappelons-nous que le Burundi n’avait aucun docteur en médecine, aujourd’hui nous en avons sept cent dix (710) dont cinq cent quatre vingt deux sont sur terrain entrain de soigner notre population sur place au Burundi.

Ce qu’il convient de retenir ici, c’est que dans cette initiative de nous construire des infrastructures sociales comme les écoles, les hôpitaux ou les centres de santé, les privés, les hommes d’Eglises, et la population elle-même, tout le monde y prend actuellement une part activement prépondérante.

 

29. Dans le domaine de l’énergie électrique, nous avions une seule centrale hydro-électrique ; le Burundi compte aujourd’hui vingt-trois barrages hydro-électriques (23), et les Confessions religieuses ainsi que les privés commencent aussi à manifester ici leur visibilité. Comme dividendes de la paix et de la sécurité, la population a pu vaquer à ses occupations, et un grand nombre a pu se construire un logement, une unité de production, etc. et ils ont besoin d’électricité en quantité suffisante. C’est pour cela que le Gouvernement est entrain de faire tout ce qui est en son pouvoir pour construire d’autres barrages, et il invite tout le monde, la population et les hommes d’affaire, à s’impliquer davantage pour investir dans ce domaine combien important pour le développement du pays.

 

30. Dans le domaine des routes et des voies de communication, le Burundi avait des routes en terre et des routes bitumées dont la longueur totale ne dépassait pas trois mille kilomètres (3000 km) ; aujourd’hui, nous en arrivons à sept mille (7 000 km).

 

31. Dans le domaine de l’information et des télécommunications, les Burundais en possession d’un poste récepteur radio se comptaient sur le bout des doigts, mais aujourd’hui on les retrouve dans tous les ménages, et les émetteurs de télévision continuent à étendre leur réseau sur tout le pays, sans parler de téléphones fixes et de la téléphonie mobile qui prennent de l’ampleur.

 

32. Dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage, avant l’Indépendance, aucun Burundais de formation universitaire n’était là ; aujourd’hui, le pays en compte mille sept cent quarante trois (1 743). C’est la même chose dans le domaine de la justice. Aucun juriste burundais de niveau universitaire avant l’Indépendance, mais ils arrivent aujourd’hui à sept cent (700).

Quant aux Forces de Défense et de Sécurité, il n’y avait aucun Burundais dans ces rangs ; aujourd’hui, cette institution appartient exclusivement aux Burundais.

 

33. Nous devons noter que l’Indépendance n’est pas synonyme de « Xénophobie » ni du « refus de coopération ». Loin de là ! L’Indépendance, c’est la prise de conscience pour tout citoyen, qui comprend qu’il vit dans son pays, doit l’aimer et le servir en vue de permettre son développement intégral. Les Burundais ont su bien l’exprimer à travers ce dicton : « L’homme travaillant seul ne parvient jamais à terminer la préparation des semailles pour la saison B » (Nyamwigendako ntarimira impeshi) Nous devons coopérer avec les autres pays, entrer dans les Organisations Internationales, et entretenir des relations d’amitié. Nous sommes très satisfait des relations que nous avons avec les pays voisins, et même les autres Etats. C’est une action de consolidation de l’Indépendance.

Un autre aspect très important de la coopération, et qu’il faut prendre en considération, c’est le respect mutuel entre les Etats indépendants, le soutien mutuel et la cohabitation orientée vers la complémentarité.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

34. Nous avons eu beaucoup de difficultés, avons pris la résolution d’en sortir ; la Communauté Internationale nous a aidé à trouver des solutions aux problèmes liés à l’insécurité qui prévalait, mais la grande décision est celle des Burundais.

Nous remercions alors les pays amis qui sont restés à nos côtés durant tout le temps des turpitudes, et qui nous ont aidé à sortir du gouffre. Nous citons ici les pays qui ont accueilli les réfugiés et enduré les problèmes y relatifs, tout spécialement la Tanzanie, le Rwanda, la République Démocratique du Congo, ainsi que les Organisations Internationales qui ont subvenu à leurs besoins multiformes, tout spécialement le Haut Commissariat pour les Réfugiés.

Nous remercions très vivement tous ceux qui nous ont aidé à nous asseoir autour d’une même table, tout particulièrement les pays de la sous région.

Nous remercions particulièrement Son Excellence le Président Yoweri Kaguta MUSEVENI, Président de l’Initiative Régionale pour la Paix au Burundi ; Nous remercions aussi Feu Président Julius NYERERE, le Médiateur, ainsi que ceux qui lui ont succédé : Leurs Excellences le Président Nelson MANDELA, le Président Jacob ZUMA et Monsieur Nq’akula.

Le fait que nous ayons répondu positivement la sollicitation de la Communauté Internationale pour aider à ramener la sécurité dans les pays où elle n’est pas : comme la Somalie, la Côte d’Ivoire, le Haïti, le Soudan etc. a été une façon de montrer au monde que nous aussi sommes sensibles, et que nous nous acquittons honorablement du devoir de réciprocité.

C’est une mesure que nous avons prise souverainement, en tant que pays indépendant, et ce fut la toute première fois que cela arrive. C’est une leçon en plus, puisque certains le prenaient pour impensable au regard des crises que nous venions de traverser. Que tous ceux qui se sont donné de la peine pour nous trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

35. Même si nous avons accédé à l’Indépendance, des difficultés ne manquent pas. Mais nous sommes résolus à y faire face. Nous donnons pour exemple le problème de la faible production qui persiste, ainsi que la croissance démographique qui ne cesse de monter en flèche. Nous vous rappelons qu’à l’heure de l’Indépendance, la population burundaise était estimée à deux millions cinq cent mille personnes (2 500 000), et qu’aujourd’hui elle approche les neuf millions (9 000 000). Nous ne cessons alors de sensibiliser les Burundais à la limitation des naissances.

 

36. Les autres problèmes auxquels nous sommes entrain de trouver des solutions qui s’imposent, ce sont les malversations économiques et la corruption, la perte de nos valeurs culturelles, en particulier dans le milieu scolaire, et le respect du droit à la vie.

 

37. Nous n’allons pas oublier le problème du chômage, la baisse de l’aide apportée par les pays partenaires du Burundi à cause de la crise économique mondiale, etc.

Et quelles sont ces solutions, allez-vous me demander ?

Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui trouvent des solutions par diverses voies :

Premièrement : adopter un comportement conforme aux idéaux de l’Indépendance qui reposent essentiellement sur l’amour de la patrie, le sacrifice, le travail et les propos élogieux à l’endroit de notre pays.

Deuxièmement : assurer une formation civique à la population, aussi bien les jeunes que les adultes. Les programmes d’éducation et de formation patriotique sont déjà prêts, et ils portent sur l’éducation à la citoyenneté, la vision éloignée pour la préparation d’un meilleur avenir, la culture des valeurs burundaises dont l’amour du travail, la solidarité, et le respect des droits de l’homme.

Troisièmement : renforcer les organes de justice et des droits de la personne humaine, en passant surtout par la révision des textes de lois et par la formation des cadres et agents de ce secteur.

Quatrièmement : Procéder à une réforme des programmes et méthodes d’enseignement, aux fins que les contenus matières soient adaptés aux besoins réels du pays et de la population ainsi qu’aux exigences de l’école fondamentale. Nous n’oublions pas de sensibiliser la jeunesse afin qu’elle ait de l’engouement pour les écoles technique et l’apprentissage des métiers.

Cinquièmement : Changer de comportement pour lutter contre l’oisiveté, travailler à l’augmentation de la production, et favoriser le sens du dynamisme, de l’abnégation, du courage et de la bravoure chez les Burundais.

Sixièmement : Sauvegarder la paix et la sécurité, accorder des facilités aux investisseurs, aussi bien les nationaux que les étrangers, afin qu’ils viennent implanter leurs entreprises et usines au Burundi.

Septièmement : Poursuivre le programme de villagisation ainsi que le développement des villes dans tout le pays.

Huitèmement : Mettre en application la stratégie de bonne gouvernance et lutte contre la corruption, les malversations économiques et les autres infractions connexes, pour atteindre effectivement l’objectif de la « tolérance zéro » que nous nous sommes fixé.

Neuvièmement : Se soucier plus de l’éducation des enfants et la promotion de l’harmonie au sein des familles, car en s’assurant d’une jeunesse bien forte et des familles stables, nous aurons une nation forte, en route pour un développement sûr.

Tout cela demande que nous changions de mentalité, de vision, que nous abandonnions les idées et les pratiques dignes d’un autre temps. Changeons donc, c’est çà cette condition que nous pourrons changer notre pays.

 

Burundaises, Burundais, Amis du Burundi,

 

38. Ce jour de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, Nous l’avons minutieusement préparé. C’est un jour d’allégresse et d’échange de félicitations. Mais la particularité de cette fête réside en ce fait que nous allons passer tout le mois de Juillet à inaugurer plus de 200 œuvres réalisées par les Burundais eux-mêmes sans l’apport de l’extérieur, ce qui prouve au monde qu’il y a des choses dont nous sommes capables sans tendre les mains aux étrangers. Parmi ces œuvres, les 50 meilleures seront inaugurées par les Plus Hautes Autorités du pays, elles sont constituées pour la plupart des bâtiments comme les hôtels, les stades, les bureaux administratifs, les églises, les usines, les villages, mais aussi les champs et les plantations.

Tout cela, surtout ce qui a été réalisé pendant les travaux communautaires, traduit ainsi en actes la partie de l’Hymne National qui nous appelle à consacrer nos corps et nos esprits à la patrie, le Burundi.

Pour le reste des réalisations faites par les ménages, les collectivités locales, les Communes, les confessions religieuses, les particuliers et autres, l’inauguration se poursuivra jusqu’à la fin du mois de Décembre 2012, au fur et à mesure qu’elles seront achevées.

Vous comprenez donc qu’il ne s’agit pas d’une fête du boire et du manger seulement. Notre joie est double aujourd’hui, car, si l’on considère la place qu’occupe le Burundi dans le concert des nations à l’heure actuelle, ainsi qu’aux différents prix qui lui sont régulièrement discernés ces temps-ci, le vœu exprimé à travers la strophe de notre hymne national se trouve exhaussé.

La strophe dit : « Notre Burundi, reçois les applaudissements de la communauté internationale. »

 

39. Comme nous venons de le voir donc, et comme nous le lisons dans les Saintes Ecritures, la célébration d’un jubilée est une occasion de s’évaluer, en tant qu’individu, famille, organisation, institution, pays, etc. C’est une occasion de porter un regard rétrospectif sur le passé en vue d’apprécier ce que nous avons pu faire, la façon dont nous avons vécu nos relations avec les autres dans nos différences, pour rectifier les erreurs là où elles ont survenu, et décider de poursuivre le chemin des réussites. Pour Nous donc, il s’agit d’un nouveau départ, qui nous pousse à faire un nouvel engagement devant le peuple burundais, la Communauté Internationale et Dieu. Cet engagement s’articule sur :

Primo : Honorer la mémoire du Prince Louis Rwagasore en vivant les principes de la cohabitation dans l’unité, le travail commun sans désistement, et le regard fixé sans cesse sur le progrès.

Secundo : Aimer la patrie en travaillant pour elle, en aimant les compatriotes, en affichant notre fierté d’être burundais et d’en porter le nom qui nous fait honneur ; en louant et en disant du bien de notre pays, et, au besoin donner sa vie pour son pays comme RWAGASORE et NDADAYE l’ont fait.

Tertio : Faire honneur à nous-mêmes en nous rappelant et en prouvant à la face du monde que nous sommes en mesure de construire notre pays sans tendre la main aux étrangers. C’est cela qui encourage nos partenaires, car ils nous apportent un appui uniquement et trouvent que nous avons déjà fait un grand pas.

Quarto : Faire nôtre le devoir de sauvegarde de la paix et de la sécurité en mettant en avant l’esprit du don de soi pour que soit respectée la vie humaine, en restant unis, sans nous soustraire pour laisser le travail à tel ou tel autre.

Quinto : Renforcer la culture démocratique concrétisée par le respect de la volonté du peuple et son verdict exprimés à travers le vote.

Levons-nous donc et tenons-nous bien droits, car nous sommes braves, nous sommes capables. Formons un corps impénétrable et solidement uni dans cette nouvelle démarche, harmonisons nos cœurs et nos vues pour agir intelligemment et avec perspicacité en vue bâtir et fortifier le BURUNDI, ce beau pays que Dieu nous a donné,

 

40. Avant de clore notre allocution, Nous voudrions remercier du fond de Notre cœur nos illustres hôtes venus se joindre à nous dans ces cérémonies. C’est un signe qu’ils soutiennent notre Indépendance, et qu’ils sont des amis qui ne nous oublient jamais.

Nous voudrions remercier tous ceux qui on été toujours à nos côtés pour renforcer et sauvegarder la paix et la sécurité, ceux qui ont apporté leur pierre à l’édification du développement, ceux qui ont prié pour le Burundi, ainsi que le peuple burundais qui ne cesse de participer aux travaux communautaires. Tous ceux-là ont contribué à la consolidation de notre Indépendance.

 

41. Pour marquer le comble de notre joie, nous avons pris des mesures de grâce en faveur de pas mal de détenus déjà condamnés. Certains ont bénéficié de la remise totale de leur peine, d’autres ont eu leur peine fort commuée. Nous avons demandé au Ministère de la Justice d’accorder la libération provisoire aux détenus dont la loi l’autorise. Toutes ces décisions vont faire que plus de sept mille personnes (7000) retrouvent leur liberté. Nous demandons aux services habilités de faire tout le possible afin que les gens qui retournent dans leurs familles le fassent sans difficulté, et à la population, nous demandons un accueil fraternel et joyeux. Quant à ceux qui auront été relaxés, qu’ils se gardent de retomber dans les mêmes infractions, demandent pardon à ceux qu’ils avaient offensés, et qu’ils participent activement aux travaux de développement.

 

42. Nous terminons en vous souhaitant encore une fois, à vous tous burundaises, burundais et amis du Burundi, une joyeuse fête de commémoration du cinquantenaire de l’Indépendance du Burundi. Célébrez-là en méditant sur le thème du jour qui est : « Sauvegardons les acquis de l’Indépendance, changeons de mentalité, redoublons d’ardeur dans la consolidation de la paix, de la sécurité et de l’unité, aimons le travail, c’est là la source d’un avenir meilleur et d’un progrès durables. »

 

Vive le Burundi et ceux qui l’habitent !

 

Vive l’Indépendance !

 

Vive le Jubilée d’Or de l’Indépendance du Burundi !

 

Que Dieu nous bénisse, nous et notre patrie !

 

JE VOUS REMERCIE.

 

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