Burundi : L’affaire MANIRUMVA en délibération.

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Feu Ernest Manirumva

Le procès de l’assassinat de l’ancien vice-président de l’Observation de lutte contre la corruption et les malversations économiques OLUCOME, Feu Ernest MANIRUMVA  a été mis en délibéré jeudi dernier par le tribunal de grande instance en Mairie de Bujumbura. C’était au cours d’une séance publique qui devait entendre au fond le dernier prévenu l’homme d’affaire Hilaire NDAYIZAMBA. Celui-ci et ses avocats ont refusé de plaider devant les juges qu’ils ont récusé devant la Cour Suprême en les accusant de déni de justice et ils ont préféré sortir de l’audience.
Selon Me Isidore RUFYIKIRI, la récusation des cinq membres du siège se fonde par leur défis de statuer sur la demande de liberté provisoire de leur client et le manque d’éléments importants dans le dossier notamment les considérations sur le rapport de la troisième commission d’enquête et celui de la police américaine la FBI qui suggérait notamment des tests ADN sur certains hauts gradés de la police soupçonnés également dans l’affaire. Les Avocats de la partie civile ont eux aussi protesté en souscrivant à la demande de dommages-intérêts sans y renoncer arguant que l’enquête n’a pas été terminée. L’affaire s’est poursuivie malgré tout et le jugement devrait tomber d’ici deux mois.
Reprenons en détails cette affaire MANIRUMVA qui finalement est devenu plus politique que judiciaire. Le Témoin nyabusorongo  écrit :  “Dossier Manirumva : intrigues et liens qui ne trompent pas“.  Le voici :

 

– Ernest Manirumva, ancien vice président de l’Olucome, a été assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009 à son domicile sis à l’avenue Sanzu, quartier Mutanga Sud, Commune urbaine de Rohero. Un crime crapuleux, ignoble, un crime qui ne peut laisser personne indifférent.

Dans la fraîcheur des faits, des investigations sont menées pour identifier les assassins, auteurs, commanditaires ou complices. Une première commission d’enquête est mise en place, mais n’arrive pas à tout déceler. Elle est policière. Plus tard, une deuxième voit le jour, mixte cette fois-ci, composée de magistrats et de policiers. Niet ! Elle sera également plus tard remplacée par une troisième commission mixte, laquelle progressera d’une façon remarquable jusqu’à satisfaire même les activistes de la société civile, qui se réjouiront de l’arrestation du premier suspect, le commerçant Hilaire Ndayizamba. Signalons que dans la lettre de nomination de cette troisième commission, il lui était demandé de collaborer étroitement avec la société civile.

L’enquête poursuit son bonhomme de chemin et dure plus d’une année. L’ambassade des Etats-Unis, après avoir découvert des traces de sang au lieu du crime, demande à ce que l’ADN (acide désoxyribonucléique) de ces traces de sang soit comparé à celui des prévenus dans ce dossier. Le Federal Bureau of Investigation (FBI) procède ainsi au prélèvement d’échantillons de certains inculpés accusés d’avoir participé directement à l’élimination physique d’Ernest Manirumva. Tout est scruté, y compris les véhicules que le FBI soupçonne d’avoir été utilisés dans la nuit du 8 au 9 avril 2009.

Une année plus tard, le FBI, à partir de Nairobi, émet un rapport dans lequel il déclare que les tests ADN n’ont pas été concluants, faute d’ADN de comparaison.

Hilaire Ndayizamba se débat

Impliqué jusqu’au cou dans ce meurtre, surtout que beaucoup d’éléments de preuves faisaient de lui le véritable commanditaire du crime, Hilaire Ndayizamba, homme d’affaires très riche, parvient à convaincre certaines personnes de la société civile, billets verts à l’appui. Il fait de même avec quelques journalistes dont Bob Rugurika de la Radio Publique Africaine. C’est à ce dernier que Sieur Ndayizamba demandera de chercher un policier déserteur du nom de Gilbert Havyarimana, qu’il a bel et bien utilisé dans l’opération d’assassinat d’Ernest Manirumva. Signalons que Gilbert Havyarimana est recherché par la justice burundaise, non seulement pour le dossier Ernest Manirumva, mais également pour d’autres forfaits comme le vol de motos, extorsion de marchandise et d’argent, etc.

Entrent alors en jeu Neela Goshal, de Human Rights Watch, une des maîtresses de Alexis Sinduhije, le véritable patron de la RPA et Pierre Claver Mbonimpa de l’Aprodh pour aider Bob Rugurika à faire un montage grossier. Si Gilbert Havyarimana déroute le FBI et la justice burundaise, il pourra avoir un asile aux Etats-Unis. Ainsi, il échappera aux poursuites judiciaires. Une amie d’Ernest Manirumva, dénommée Chantal Kandikandi avait, quelques jours après cet assassinat, écrit une lettre ouverte à Neela Goshal. Dans cette correspondance de 2009, cette “visionnaire” demandait à Neela d’ “arrêter ces manoeuvres qui ne visent que des spéculations financières pour une enquête qui ne durerait que deux heures” car cette brave dame ou demoiselle se disait “surprise” et “déçue” de voir Neela Goshal de Human Rights Watch “en train de semer la confusion et la diversion dans les enquêtes visant à identifier les assassins de [son] ami Ernest Manirumva alors qu’elle connaissait déjà les commanditaires et les exécutants”.

Voir le lien : http://kandikandi.unblog.fr/2009/04/29/lettre-ouverte-de-chantal-a-neela-ghoshal-human-rights-watch/

Des liens qui intriguent

L’apparition et les déclarations de Gilbert Havyarimana à la Radio Publique Africaine ont laissé perplexes plus d’un. Néanmoins, c’est cela qui enfonce d’avantage Hilaire Ndayizamba. Ce policier, ancien sans-échec, a été pendant plus de trois ans, entre 2005 et 2008, agent de sécurité chez Hilaire Ndayizamba. Même relevé, ce policier est resté en contact permanent avec Hilaire Ndayizamba. Auditionné par le FBI le 11 juin 2010, Gilbert Havyarimana a reconnu avoir participé à l’assassinat de Ernest Manirumva mais, pour décharger Hilaire Ndayizamba son ancien patron, il sort une version impliquant certaines personnalités comme le Général Adolphe Nshimirimana, le Patron du Service National de Renseignements, le Général Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika, Directeur Général adjoint de la Police Nationale du Burundi. Voilà ce qui a poussé le FBI à produire un mémorandum avec comme recommandation le prélèvement d’ADN sur ces personnes faussement accusées. Au moment de la mise en ligne, Gilbert Havyarimana est déjà aux Etats-Unis.

Co-auteurs éloignés

Gilbert Havyarimana n’a pas agi seul. Il a été aidé par d’autres personnes. Curieusement, Hilaire Ndayizamba avait pu faire éloigner toutes les personnes ayant participé à cet assassinat. Gabriel Nduwayo alias Sésé avait pu atteindre le Canada et a été ramené manu militari par la police canadienne. Un autre que les activistes de la société civile passent sous silence est un certain Johnny Ndayishimiye, qui a fui le Burundi au lendemain de l’assassinat d’Ernest Manirumva en même temps que Sésé. Il se la coule douce au Canada.

De sérieux indices de culpabilité pèsent donc sur le policier Gilbert Havyarimana. Il ne peut pas échapper aux poursuites engagées contre ses co-auteurs et complices.

Test ADN tel que demandé par le FBI

La demande faite par le FBI de prélèvement ADN sur les personnes citées par Gilbert Havyarimana est nulle d’autant plus que le FBI ne possède pas d’ADN de référence pour faire une comparaison. – Bapfekurera

 

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