Election 2010 : Le retrait de l’UPRONA

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{jcomments on}Burundi-info.com, Jean-Claude Mubisharukanywa , le 07 juin 2010 – Le retrait de l’UPRONA : un non-événement et un complot contre un peuple épris de paix. Le ridicule tue. Le ridicule tue. L’UPRONA a changé trois fois de langage après les élections communales du 24 avril 2010. D’abord il a annoncé que ces élections s’étaient déroulées de façon libre et transparente ; plus tard il a fait savoir qu’elles étaient entachées de quelques irrégularités sans que toutefois cela l’empêcherait de continuer la course électorale ; et finalement, il vient de déclarer qu‘il se retire complètement de la compétition et se joint aux autres partis contestataires.

Dissensions au sein du parti, ou simple tâtonnement ? Ainsi, face à l’incontestable popularité du CNDD-FDD et en se retirant de la suite des échéances électorales, l’UPRONA de Rwagasore dévoile sa vraie face au peuple burundais et à la Communauté Internationale. Non seulement il craint d’être davantage rejeté par le peuple burundais, mais aussi il compte réveiller les vieux démons du passé de la politique burundaise.


Après avoir effectué toutes sortes de manoeuvres dans le jeu des partis contestataires des élections communales du 24 avril 2010, certains extrémistes de l’UPRONA viennent de donner raison au peuple burundais qui, pendant des années, s’est battu contre eux pour l’instauration de la démocratie au Burundi. L’UPRONA, habitué à être en haut de la hiérarchie politique, n’a pas encore compris ou ignore intentionnellement la logique démocratique. Il ne se moque pas seulement du peuple, mais aussi de la Communauté Internationale, qui a toujours plaidé, comme le peuple, pour cette alternance politique. Ce n’est pas la première fois que des extrémistes de l’UPRONA complotent contre la volonté du peuple. On se souviendra du coup d’Etat de 1993 et de l’assassinat du feu Président Melchior Ndadaye, quand l’UPRONA venait alors d’être mis au ban du pouvoir par la volonté du peuple. Et au moment où l’opinion internationale criait au retour à l’ordre constitutionnel, l’UPRONA, appuyée par l’armée monoethnique de l’époque, a fait recours à des arrangements politiques pour conserver les rênes du pouvoir. La naïveté et l’immaturité politique du FRODEBU d’alors lui avait ainsi permis d’arriver à cet objectif. Mais quand le peuple épris de justice et des valeurs démocratiques, s’en est rendu compte, il a du prendre les armes pour faire prévaloir ses droits. Si, depuis lors, l’UPRONA a été contraint d’entrer dans l’alternance politique, il en accepte les règles uniquement lorsqu’il en tire avantage. Dans le gouvernement actuel, issu des élections de 2005, l’UPRONA occupe la deuxième place ; place de choix si l’on considère qu’il est sorti troisième force politique des élections. Aujourd’hui, compte tenu des résultats des élections communales et de la configuration politique en perspective, l’UPRONA, préfère se retirer que risquer de perdre la face, tout en espérant remettre à l’ordre du jour certaines pratiques du passé.

“Félicitent les Burundaises et Burundais pour leur participation massive et paisible aux élections communales du 24 Mai 2010, témoignage de leur ferme engagement civique et de leur aspiration à une paix durable” ; indique la déclaration de la Communauté internationale présente au Burundi Depuis l’indépendance jusqu’à l’arrivée du CNDD-FDD au pouvoir, des extrémistes de l’UPRONA ont toujours entretenu le chaos en divisant le peuple pour attirer l’attention de la Communauté Internationale. On garde en mémoire la fameuse politique des villes mortes menée par des partis satellites de l’UPRONA contre le FRODEBU avec qui il partageait le pouvoir. Ces extrémistes, auteurs et acteurs de cette stratégie de division, et tenant compte des sensibilités de la Communauté Internationale, se sont toujours présentés comme victimes, en mettant en avant une approche ethnique de la politique. L’UPRONA a ainsi toujours obtenu gain de cause avec des négociations menant à d’autres alternatives politiques ; alternatives politiques contraires à la volonté du peuple. Combien de temps encore la Communauté Internationale va-t-elle continuer à s’enliser dans cette manipulation ?

Si la démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, comment la Communauté Internationale pourra-t-elle donner du crédit à des calculs politiciens usant du chaos et de la victimisation pour accéder au pouvoir, au détriment de la volonté du peuple exprimée à travers les élections dont par ailleurs elle reconnaît les résultats ? Ne serait-ce pas une contradiction d’agir contre une valeur que l’on défend ? Nous espérons que cette fois-ci la Communauté Internationale ne va pas tomber dans ce piège qui s’ouvre encore sous nos yeux. A cet égard, il est souhaitable qu’elle continue à “ [exhorter] les partis politiques (…) à poursuivre leur participation au processus électoral”, mais sans toutefois céder à des manipulations d’une poignée d’individus.

Au parti CNDD-FDD, gagnant des élections communales : entendu que le peuple vous a été reconnaissant d’avoir mis fin à ces pratiques du passé, il est impératif de vous plier également à sa volonté et de poursuivre dans les normes le reste du processus électoral. Pour le respect que vous avez envers ce peuple, mobilisez-le pour qu’en masse il se réveille encore de bonne heure afin qu’aux yeux de l’opinion, il réaffirme sa détermination et son engagement pour la paix et la démocratie. Des revendications qui reviendraient à priver le peuple de ses droits n’ont plus de place dans le Burundi d’aujourd’hui.

Par Innocent Bano

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