Burundi: Recueil de plusieurs articles évoquant la purge anti-hutu de 1969.

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Recueil de plusieurs articles évoquant la purge anti-hutu de 1969.

AGNews 2002


1). Extrait de “La nature du conflit burundais :cocktail politique d’intolérance et d’hypocrisie”, Commission Permanente d’Etudes Politiques (COPEP / CNDD-FDD), Juin 2000

La purge anti-hutu de 1969 :

Eléments objectifs du conflit(les faits)

Eléments subjectifs du conflit (la divergence dans l’interprétation des faits)

Interprétation des faits par l’élite tutsi

Interprétation des faits par l’élite hutu

Exécution de plusieurs dizaines de personnalités Hutu civiles et militaires

-Préparation d’un coup d’État qui s’inscrit dans le processus de prise du pouvoir accompagnée de l’extermination des Tutsi selon le modèle rwandais de 1959

-Pure invention de complot de la part du pouvoir Tutsi pour pouvoir exécuter officiers, sous-officiers, hommes de troupes, politiciens et intellectuels Hutu après une parodie judiciaire à huit clos selon le “plan Simbananiye d’extermination des Hutu”

La découverte d’un complot hutu dans la nuit du 16 au 17 septembre 1969 fut le prétexte invoqué pour “résoudre” le problème hutu. Après l’arrestation de quelque trente personnalités hutu, la plupart officiers ou fonctionnaires, vint l’emprisonnement (suivi de l’exécution) de dizaines de soldats hutu. Parmi les personnes arrêtées et par la suite exécutées figurent Charles Karolero, sous-lieutenant membre de l’Etat-major général ; Barnabé Kanyaruguru, ministre du plan et de l’économie ; Jean-Chrysostome Bandyambona (exécuté en 1972), ancien ministre des affaires sociales dans le premier gouvernement de Micombero ; Cyprien Henehene, ancien ministre de la Santé (qui aurait succombé au cours de l’interrogatoire) ; et Joseph Cimpaye directeur de la Sabena à Bujumbura (exécuté en 1972). Tous furent accusés de complot contre la sûreté de l’Etat. Le 18 décembre, vingt des détenus furent condamnés à mort et exécutés deux jours plus tard. Certains affirment que plus de cent exécutions eurent lieu en décembre. Malgré la présence de quelques rares Hutu au gouvernement, la tendance vers la suprématie tutsi est indéniable : sept des douze cabinets ministériels, dont celui des affaires étrangères, de la défense et de la sûreté ainsi que celui de l’intérieur étaient occupés par des personnalités d’origine tutsi. Six des huit gouverneurs de province appartenaient également à cette ethnie. Restait à savoir si cette tendance devait aboutir à une suprématie Banyabururi ou Banyaruguru.


2). Extrait du  MEMORANDUM SUR LES MASSACRES REPETITIFS DES HUTUS AU BURUNDI, CENTRE D’ETUDES SIMBIZI AUDACE ,Janvier 1992.

ARRESTATIONS ET FUSILLADES EN 1969 :

Au lendemain du coup d’Etat militaire du capitaine Michel MICOMBERO, furent supprimés : le pluralisme politique en vigueur depuis l’indépendance, le sénat, le parlement et tous les partis d’opposition. Tous les Burundais furent forcés d’intégrer le parti au pouvoir UPRONA, ainsi que ses mouvements intégrés. (J.R.R., U.F.B., U.T.B.) (1) Les rares leaders encore vivants,et les intellectuels ou étudiants Hutu prirent plus que jamais conscience de leur situation de “majorité minoritaire” perpétuellement en danger de mort. La plupart d’entre eux adoptèrent un profil bas : “Hagupfa wozanzama” (mieux vaut survivre que trépasser) telle semblait être leur devise. Seule, une minorité d’étudiants Hutu à l’étranger, essaya de s’organiser.

– En 1967, vu le vide politique laissé par les massacres de 1965 chez les BAHUTU, les BATUTSI évoluaient sans entraves : une propagande effrénée à travers les médias nationaux et internationaux rendait les Hutu responsables des événements d’octobre 1965. On alla jusqu’à les qualifier du terme infamant “d’abamenja” (régicides). Ce terrorisme intellectuel savamment entretenu par MICOMBERO et ses acolytes porta ses fruits : les Hutu avaient tellement peur de s’organiser, qu’ils en arrivèrent à éviter de se parler en public, vu le système d’apartheid et le terrorisme psychologique installés depuis le coup d’Etat de novembre 1966. Les extrémistes Tutsi achèvent d’affiner la réalisation du “plan-génocide” concocté par André MUHIRWA et ses amis politiques dès 1962. Ce fameux plan sera porté à la connaissance des Hutu grâce à Martin NDAYAHOZE, ministre dans l’équipe de MICOMBERO.

– En 1968, celui-ci commença à dévoiler queelques coins de ce plan, et lors de son discours du ler juillet, il expliqua sa tactique : quand on a un fagot à brÛler, il vaut mieux s’y prendre arbrisseau par arbrisseau, sinon on se complique la vie.

– Ainsi dit, ainsi fait, puisqu’un an plus tard, il procédait aux arrestations massives et à l’exécution d’un grand nombre de Hutu en vue à l’époque, non sans avoir hypocritement dénoncé “le tribalisme”, lors de son discours inaugurant les cérémonies du 2ème anniversaire de la République, le 28 novembre 1968.

Dès le 18 septembre 1969, Michel MICOMBERO fit procéder à des arrestations dans les milieux militaires, civils et religieux Hutu, touchant des leader comme Charles KAROLERO, Nicodème KATARIHO, Mathias BAZAYUWUNDI, Cyprien HENEHENE, … 
Trois mois après, soit à l’aube du 25 décembre 1969, 23 parmi les prisonniers furent passés par les armes, sans oublier ceux qui sont morts en prison suites à des tortures.
Ces Hutus furent fusillés, malgré de nombreuses démarches et pressions extérieures auprès du gouvernement Tutsi. Les exécutions des Hutu se poursuivirent tout au long de l’année 1969.

Le bilan du génocide de 1969.:

– 500 Hutu tués par les autorités du Burunddi
(dont – parmi les tués – la quasi totalité des officiers et sous-officiers
Hutu, ainsi que la plupart des hauts fonctionnaires Hutu)
– 300 réfugiés Hutu.


3). Extrait Article de M. KAMARO JOSEPH sur le thème du Génocide.

“En 1969,après l’exécution sommaire de Karolero Charles,Barnabé Kanyaruguru et d’autres officiers hutu, il ya eu une tension dans toutes les écoles du Burundi. A l’université officielle de Bujumbura(UOB) certains étudiants hutu furent arrêtés puis relâchés sans jugement suite aux rumeurs selon lesquelles Charles Ndizeye aurait recruté des hutu parmi les étudiants afin de déclencher une rébellion”. (PAR KAMARO JOSEPH)


4). Extrait : “Les massacres de 1969 prélude à l’exclusion des Hutus des forces de défense nationales”, Ubuntu – Action Case postale 511 1219 Châtelaine, Editions Ubuntu Genève, avril 2000.

Principaux responsables:

· MICOMBERO Michel, Président de la République

· MPOZAGARA Gabriel, Procureur Général de la République

· NKORIPFA Damien, Président de la Cour martiale

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AVANT PROPOS.

– Lettre ouverte à Monsieur Gabriel MPOZAGAARA

A Monsieur Gabriel Mpozagara Fonctionnaire international

Unesco, Paris Monsieur Mpozagara,

En 1971, vous avez publié “La Rébublique du Burundi” dans l’encyclopédie politique et constitutionnelle, série Afiique, de l’Institut International d’Administration Publique. Vous méritez à cet égard beaucoup de félicitations, car, rares sont les anciennes autorités “micombériennes” qui ont osé s’exprimer.

Votre livre retient l’attention du lecteur à plus d’un titre. Vous affichez avec une fierté somme toute légitime, votre titre de Procureur de la République ainsi que votre qualité de Professeur à lUniversité de Bujumbura. Selon vos propres termes de la note introductive, vous annoncez qu’appartenant au milieu que vous avez analysé, vous n’avez pas résisté à émettre des jugements de valeur. Vous confessez d’avoir pas manqué à l’objectivité, et avoir essayé de rendre aisé le départ entre l’analyse des faits et les appréciations personnelles. De très bonnes intentions certes, mais, qui ne se matérialiseront que rarement dans votre développement.

L’histoire du Burundi, particulièrement celle de la période post coloniale, dont vous êtes l’un des principaux acteurs est pleine de douloureuses tragédies. Vous avez vous même trahi votre probité intellectuelle, qui a été certainement l’un des facteurs décisifs de votre nomination à une prestigieuse institution comme lUnesco.

Monsieur Mpozagara,

Tout au long de votre livre, vos prises de positions frisent à maintes reprises le scandale pour un “honnête homme”. Vous allez jusqu’à encenser une organisation dont vous reconnaissez l’essence terroriste et criminelle (contre les hutu), à savoir la JNR (Jeunesse nationaliste Rwagasore):

“Elle se transforma en une sorte de comité de salut public, organisa des patrouilles pour désarmer l’opposition et conjurer toute éventualité de coup d’ Etat. Son organisation n’étant pas à la mesure de son enthousiasme et de sa combativité, les chefs ne parvinrent pas à empêcher les incidents de Kamenge au cours desquels certains de ses membres molestèrent les dirigeants du syndicat chrétien qui soutenaient l’opposition. Au lendemain de l’indépendance, elle se constitua en une sorte de jeunesse du parti et fut au centre de toutes les péripéties politiques. En 1963-1964, son influence fut grande pour le parti et le gouvernement. Elle fut à l’origine du remaniement ministériel du 31 mars 1964 qui renversa le gouvernement Ngendandumwe. En 1965, elle subit une certaine éclipse à la suite de l’emprisonnement de ses dirigeants (impliqués dans l’assassinat du premier ministre Pierre Ngendandumwe), mais retrouva son dynamisme après juillet 1966 en appuyant le Premier ministre Micombero “

Votre argumentation inspire davantage de pitié au chapitre de la légitimité du régime Micombero, car pour vous, “la crainte que le recours précipité à la volonté populaire ne mette en cause le nouveau régime” en justifie tous les errements et déviances paranoïaques.

Pour votre autorité, l’absence de constitution pendant plus de quatre ans s’explique par des raisons bien fondées:

La première raison tient dufait qu’au lendemain de la République, les rapports de force au sein des élites nouvelles n’avaient pas- encore pris des lignes certaines et stables; les relations n’étaient pas encore permanentes. En fait une constitution n’est pas seulement un ensemble de normes, un devoir-être politique… mais elle est aussi le reflet des rapports existant à un moment donné entre les différents organes du pouvoir. Il était donc difficile de trouver une formule politique et des règles pouvant canaliser et encadrer des organes et des groupes non encore stabilisés”.

Monsieur Mpozagara,

Les burundais, ou barundi si vous préférez, savent lire entre les lignes et décoder les non-dits. En tant que Procureur Général de la République, les événements de 1969, sur lesquels curieusement vous ne faites aucune lumière, vont vous mettre dans le collimateur de tous les projecteurs. En 1969, par votre rabotage de l’élite hutu, vous avez joué un grand rôle dans cette stabilisation des groupes, ou dans cette équilibre des rapports de forces! Vous avez envoyé à la mort en dehors de toutes les normes Juridiques, plusieurs innocents.

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L’ INTRODUCTION: DES ÉVÉNEMENTS PEU CONNUS

Les massacres de 1969 constituent une épopée douloureuse de plus dans l’histoire sanglante du peuple burundais en général, et des hutu en particulier. Malheureusement, tant pour les générations contemporaines de ces événements que pour les générations actuelles et futures, ces événements ont été peu révélés à l’opinion. Les causes en sont multiples. D’abord, les tragédies cycliques qui frappent les hutu laissent peu ou pas du tout de survivant susceptible de témoigner. En tout cas les événements de 1969 n’ont laissé aucun rescapés. Beaucoup de victimes ont succombé en prisons suite à des tortures mortelles , d’autres ont été purement et simplement égorgées dans leurs cellules; les condamnés à mort ont été exécutés à la hâte et tous celles qui ont été frappés de peines d’emprisonnements ont été tuées au cours du progrom de 1972.

Ensuite, les événements de 1969 ont été éclipsé par la parodie judiciaire de 197 1, et surtout, par le cataclysme de 1972. En 1971, des tutsi “banyaruguru” de Muramvya, par opposition aux tutsi hima de Bururi ont été inculpés de mêmes crimes que les hutu de 1969, à savoir l’atteinte à la sûreté de l’Etat et tentative de renversement des institutions. Mais, justement parce que les inculpés étaient tutsi, la réprobation et l’émotion ont été telles que Micombero a fait usage de son droit de grâce et allégé les peines prononcées. Ce procès, fortement médiatisé, ajeté le discrédit sur lajustice burundaise caractérisé par le “deux poids deux mesures” suivant l’ethnie de la personne inculpée. A peine cette affaire était-elle close, que le pouvoir Micombero déclenchait le génocide anti-hutu de 1972. A côté de ces événements de 1971 et 1972, les massacres de 1969 sont apparues aux yeux de l’opinion comme étant d’une portée mineure. Le point de vue suivant de A. Shibura, l’un des principaux responsables de la planification et de l’éxécution des massacres collectifs des hutu se passe de tout commentaire:

‘Je ne consacrerais que quelques lignes à cette tentative de génocide. D’ailleurs même les nostalgiques enparlent très rarement. Mais beaucoup ignorent que c’était le prélude du grand génocide de 1972. Pour les concepteurs des événements sanglants de 19 72, la tentative avait un double but: si ce génocide réussissait, il n’était plus nécessaire d’organiser 19 72; si on échouait, on réussissait quand même à diviser les barundi en bahutu-batutsi, ainsi on préparait aisément 1972 “.

D’après le professeur A.Nsanze, la crise de 1969 tend à être minimisée dans l’histoire du Burundi pour une raison simple:

” On la coupe des massacres de Kamenge en 1962, on la déconnecte de l’hécatombe de 1965, et on la réduit à unfait divers, une affaire de quelques 3 officiers hutu rentrés de Belgique qui tentent d’organiser une rébellion. Mais on néglige de reconnaître que la crise a fait 23 morts dans l’intelligentsia hutu, fusillés; que beaucoup d’autres intellectuels ont été emprisonnés; – certains sont morts en détention -, et que ce mouvement a contraint un bon nombre à l’exil. A l’instar de la crise de 1965. Pourquoi donc cette tendance à cacher la vérité?

A moins que monsieur Gabriel Mpozagara qui a instruit l’affaire en tant que procureur général représentant le ministère public, et le commandant Nkoripfa Damien qui présidait le conseil de guerre ne fassent des révélations pour éclairer l’histoire, dans l’intérêt dit peuple burundais entier d’ailleurs, une grande partie du voile qui couvre cette crise sera difficilement levée”

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… une ethnie est sujette à des suspicions permanentes, chaque hutu devenant nécessairement raciste et subversif.

Si l’on se réfère à la vie courante, on relève vite ce regrettable état de choses. Alors, l’imagination feconde des esprits malicieux tisse une épopée autour du fait,- et voilà une crise qui jette la masse dans la stupeur! …

En effet aujourd’hui quand deux ou trois hutu se rencontrent pour trinquer un verre, on conclut tout de suite à un complot de subversion.

Si un hutu monte pour visiter les parents à l’intérieur, les autorités provinciales sonnent l’alerte et le filent indiscrètement et sans façon. Après son départ, elles organisent des interrogatoires pour toutes les personnes visitées, orchestrent des rumeurs diffamatoires et montent des complots de tactique pour simuler des incidences fâcheuses de sa visite. Et souvent des arrestations arbitraires s’en suivent. Résultat, il y a des gens qui n’osent plus aller chez eux pour ne pas exposer les parents à des machinations torturantes…

La situation empoisonnée actuelle prouve l’existence d’un racisme hutu-tutsi dans nos murs… Il convient d’expliciter cette notion de “péril hutu”. D’après un éminent chercheur burundais,

“Le péril hutu” signifie l’impossibilité d’empêcher que le suffrage universel dans un contexte libre et démocratique donne la majorité des sièges aux hutu qui représentent 85 % de la population! L’expression “péril hutu ” sort tout droit de ce qu’on a appelé le “péril jaune ” aux E. U., lorsque la classe dominante de ce pays (les WASP= White, Anglo-Saxon, Protestant) eurent peur d’être submergés par l’immigration des multitudes asiatiques. Cette peur inspira une loi célèbre (Immigration Act) qui de vait bloquer drastiquement l’immigration jaune aux E. U. “

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II.3. L’exclusion ethnique érigée en mode de gouvernement

Le régime Micombero a érigé l’exclusion ethnique en mode de gouvernement. Le commandant Martin Ndayahoze emploie le terme d’apartheid, expression qui rappelle le contexte de l’Afrique du Sud avant l’avènement de Nelson Mandela au pouvoir, qui inspire les stratège tutsi. 

“On parle même d’un “apartheid tutsi “ qui se prépare !

Voilà l’histoire : une organisation raciste tutsi possède un programme d’action dont Simbananiye Artémon serait l’auteur. Le programme vise l’instauration d’un certain “apartheid” au Burundi. Sa réalisation s’opérerait en trois étapes: 
1. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels hutu; 
2. Vous faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère; 
3. Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les hutu pour récidive de 65.

Alors il ne restera plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et à se montrer très actif dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de zèle. Après ce coup de balais, l’apartheid régnera au Burundi et le “péril hutu ” sera anéanti à jamais “.

… Au niveau de l’armée, les recrutements furent organisés de manière à en exclure le plus possible les candidats hutu. Ces derniers étaient éliminés pour des prétextes fallacieux tels la condition physique inadéquate, la région d’origine… Le critère classique de l’indice Pignet ( mesure de la carrure des épaules) qui n’avantageait pas les candidats tutsi plus sveltes que les hutu, fut abandonné. Les coopérants belges indiscrets furent purement et simplement remerciés:

“Déjà en 1966 lors de l’incorporation de nouvelles recrues, l’indice de Pignet avait été porté de 30 à 40 de manière à avantager les Tutsi. La taille minimum était portée à 1, 70 m. A la même époque, des instructions précises avaient été données pour exclure tout européen des commissions de recrutement…

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…Autant dans leur vie publique que privée, les hutu étaient dépouillés des droits naturels les plus élémentaires. L’atmosphère était lourde et réellement irrespirable:

“Pour éviter l’éviction de leur poste ou la prison, les ministres hutu adoptaient un emploi du temps journalier immuable, qui permettait à la Sûreté de les localiser à tout instant de la journée. Lorsqu’ils accordaient une audience à un visiteur hutu, ils devaient laisser les portes ouvertes, de façon à ce que le Directeur de cabinet ou la Secrétaire puissent suivre la conversation ! “

Cependant, de rares hutu, conscients du danger que représentait pour eux la collaboration avec un régime qui les tuait déclinèrent courageusement l’offre de postes de responsabilités. C’est le cas de l’ingénieur Ndayiziga Marc. Rentré de Belgique en 1968 après sa formation, il fut nommé ministre des travaux publics par Micombero. Mais sa famille s’opposa à cette nomination qui pouvait le conduire à la mort. Son sort lui sera réglé en 1972 en même temps que son père, ses 5 frères et sœurs. Il a été également noté qu’à cette époque, seule une minorité d’étudiants hutu à l’étranger essayait de s’organiser.

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II.5. Les propositions du commandant Ndayahoze

Le commandant Martin Ndayahoze, en tant que Secrétaire Général près la maison du Parti et Ministre de l’Information jouissait de faveurs particulières de la part du président Micombero. Malgré sa perspicacité, il se faisait beaucoup d’illusions sur la révolution que prêchait Micombero et les relations que ce dernier entretenait avec ses compères extrémistes, Simbananiye en tête. Les propositions ci-dessous auraient pu redresser positivement la situation si elles étaient tombées dans une bonne oreille -.

‘Aussi lorsqu’il y a une petite crise à caractère racial, il fauchait beaucoup d’impartialité, beaucoup d’exigences pour apprécier la valeur des renseignements et arriver à des conclusions justes de l’enquête. Et on devrait bannir la manie de coffrer les gens avant que la culpabilité ne soit établie; car l’innocent qui y passe croit tout de suite à la complicité des organes de vigilance dans l’injustice endurée.

Ceci est vrai puisque souvent des esprits chagrins mus par des rancunes et des inimitiés personnelles fomentent une crise et s’arrangent avec des faux témoins pour faire coincer leurs ennemis personnels. Autre chose qui contribuerait à assainir les méthodes de répression, serait de sévir contre les faux témoignages et les faux renseignements. Car aujourd’hui, pour en avoir plus ou moins souffert tous,, nous savons qu’il y a des gens qui s’évertuent à diffamer et à noircir des honnêtes hommes. Il est étonnant de constater qu’aucune répression ne se fait de ce côté et qu’on se plaît plutôt à se laisser prendre dans leur piège, alors que ces gens-là sont responsables des crimes que nous vivons trop souvent.

Aussi longtemps que toutes ces précautions et ces mesures ne seront pas prises, un fossé est entrain de se creuser et une haine s’installe dans nos populations. L’unité donc est au prix de la justice…

Il nous faut donc maintenant prêcher par la parole et par l’exemple pour sauvegarder et raffermir l’unité monolithique de tout le peuple murundi sur les plans politique et idéologique. C’est alors, et alors seulement que se créera l’ambiance propice au rayonnement de la Révolution et où l’enthousiasme politique et l’ardeur ait travail de tout le peuple s’élèveront d’une façon extraordinaire dans tous les domaines de la reconstruction nationale “

La correspondance du commandant Martin n’a malheureusement eu pour effet qu’imiter les extrémistes qui voyaient ainsi leurs plans diaboliques dévoilés. Au lieu d’y renoncer, ils s’attelèrent plutôt à les peaufiner.

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“Quelques mois avant leur retour au pays des trois officiers (Karolero, Katariho et Bazayuwundi), une rumeur circulait au Burundi, et surtout à Bujumbura, faisant croire que ces trois militaires avaient regagné le Rwanda et préparaient une attaque année contre le Burundi.

Micombero dépêcha un émissaire en la personne de Ntungumburanye Jérôme, chef de la sûreté de l’État. Il devait vérifier paraît-il, le fondement de cette rumeur. A notre connaissance, l’émissaire ne s’est pas d’abord rendu au Rwanda, où les trois officiers étaient censés se trouver, pour faire sa vérification, mais il est venu à Bruxelles, où il a rencontré ses collègues officiers dans un café près de la Place Dailly à Bruxelles C’était au printemps 1968. Il s’en retourna ensuite pour rendre compte de sa mission.

Curieusement, la rumeur qui persistait na pas été démenti suite aux constatations de l’émissaire.

Manifestement, ceux qui ont lancé une telle rumeur cherchaient à motiver toute action à l’encontre des trois officiers. Alors que les autres militaires tuisi, qui avaient suivi la même formation, ne faisait l’objet d’aucune accusation, les trois militaires hutu étaient quant à eux, comploteurs avant d’avoir achevé même leurs études… “

La mission de M.Ntungumburanye da pas dissipé la suspicion que le pouvoir Micombero faisait peser sur les trois officiers. L’accueil qui leur fut réservé à leur retour au Burundi était pour le moins curieuses:

“Comme les trois militaires et leurs familles n’avaient rien à se reprocher, ils ont le plus simplement du monde regagné leur pays, le 6 août 1968, à la fin de leur formation… La façon dont nous fûmes accueillis était déjà en soi révélatrice de la suspicion à notre égard !

L’éloignement rapide par des nominations à Bujumbura-Bururi-Ngozi, rendait tout contact quasi impossible (quand il s’agit de préparer un complot). Nous croyions qu’en arrivant à Bujumbura, nous serions accueillis et choyés par nos familles, mais nous avons été surpris par l’accueil, dès la descente de l’avion, par des officiers de l’année burundaise, Mr Rwuri en tête, bien connu pour son extrémisme; avec des Jeeps dans lesquels nous fûmes embarqués jusqu’à l’hôtel Paguidas à Bujumbura où on avait pris soin de louer un studio pour chaque famille. Comme si nos familles n’étaient pas capables de nous recevoir chez elles! D’habitude, tous les officiers qui rentrent au pays ne sont pas accueillis de la sorte. Cela fut réservé à nous. Pourquoi?

Nous avions l’impression d’être escortés pour être protégés contre un danger, mais en réalité, nous étions cernés et surveillés dès l’instant où nous avons mis les pieds à Bujumbura et durant le séjour à l’hôtel. Nous n’étions pas à notre aise, l’atmosphère était malsaine.

Nous sommes restés environs dix jours, le temps des formalités administratives suivies des nominations: Karorero à Bujumbura, Katariho à Bururi et Bazayuwundi à Ngozi. Au bout de six mois, Katariho fut transféré à Bujumbura

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III.2. Les vagues d’arrestations

D’après un observateur avisé de la scène politique d’après indépendance

“Chaque année, des dizaines d’anciens ministres hutu, des officiers de l’armée et de la gendarmerie (police) sont condamnés à mort après un jugement sommaire, puis exécuté sans pitié. L’emploi de la torture est institutionnalisé et on assise aux déroulements de procès politiques préfabriqués”

Les arrestations de 1969 s’opéraient dans un cadre déjà rodé. Elles ont été opérées par vagues successives, frappant comme à l’accoutumée de hauts fonctionnaires civils, militaires et religieux hutu. Elles ont commencé à Bujumbura dans la nuit du 16 au 17 septembre.

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… Les prisonniers furent soumis à de pires tortures dans le but de leur faire avouer:

– qu’ils voulaient renverser le président Micombero
– que le commandant Karorero était à la têtte du complot
– qu’ils étaient aidés par des puissances éétrangères anti-communistes etc.

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III.4. Le verdict

Des charges graves étant retenus contre les conjurés, à ne restait qu’à leur appliquer des peines proportionnelles selon la loi. Le pouvoir Micombero et ses relais l’ont affirmé sans ambages. La palme d’or a échu à Monsieur Gabriel Mpozagara, actuellement fonctionnaire international à l’Unesco, qui, d’après A. Shibura, aurait instruit l’affaire d’une façon magistrale

“Tous les conjurés ont été arrêtés et jugés régulièrement. Ils ont tout avoué. Pour plus d’information, il faudrait s’adresser à Gabriel Mpozagara, à l’époque procureur général, actuellement à l’Unesco, qui du reste a instruit l’affaire d’une façon magistrale. Vingt troisfürent passés par les armes”.

Gabriel Mpozagara se serait opposé à la torture des prisonniers pour leur extorquer des aveux affirme en outre Marc Manirakiza. L’intérêt du témoignage de ce dernier est de relever que les procès ont été irréguliers dans la mesure où la plupart des inculpés dont pas eu droit à défense des avocats pour leur défense. Par ailleurs, insinue-t-il, si le président Micombero était soucieux de réconciliation nationale, il aurait utilisé son droit de grâce en faveur des condamnés à mort. Ainsi dit, il évite manifestement de froisser ses congénères qui ont rendu un procès préfabriqué, car, les victimes étaient innocentes:

Lors des séances publiques, ils passèrent rapidement aux aveux : les preuves étaient incontestables. 23 personnes dont le chef civil Kanyaruguru et les chefs militaires Karorero et Katariho, furent passés par les armes.. Le ministère public était représenté par le procureur général Gabriel Mpozagara. Quant ait conseil de guerre, il était présidé par le commandant Damien Nkoripfa. Malgré les pressions et les menaces dont il fut l’objet, le Procureur général eut le mérite de s’opposer à ce qu’on pratiquât la torture sur les accusés pour leur extorquer des aveux. La plupart de ceux-ci, malheureusement, ne prirent pas davocat, et le chef de l’Etat refusa d’utiliser son droit de grâce en faveur des condamnés à mort, ce qui aurait marqué son souci de réconciliation nationale “.

La réalité demeure que le verdict fut rendu à l’issue d’interminables scènes de tortures pour arracher des aveux aux inculpés. Des sources tutsi, sur 80 personnes interpellées, 25 furent condamnées à mort dont 19 militaires et 6 civils.

Parmi ceux-ci figurent:

Militaires:

Commandant Charles Karolero, matricule S0003, G4

Commandant Nicodème Katariho, matricule S00033, commandant de l’école des forces armées Capitaine Mathias Bazayuwundi, matricule S0034, camp Ngozi

Adjudants / candidats officiers- Mbanje, Niyonkuru, Tungishaka, Ruranika et Bambasi, camp Ngozi Adjudants Bahoyiki, Ntirirundura et Nzosaba, camp Gitega

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… comme le fait observer madame feu capitaine Bazayuwundi. Depuis leur atterrissage au pays en août 1968, ces officiers

“furent placés à leur insu, en résidence surveillée et ils ne pouvaient visiter leurs familles que sous escorte militaire! Bien plus, ils furent séparés sur ordre du major Jérôme Ntungumburanye, chef d’état-major adjoint de l’armée burundaise: Bazayuwundi Mathias fut affecté à Ngozi (au nord du Burundi), Katariho Nicodème à Bururi (au sud du pays) etKarolero Charlesà Bujumbura (à l’ouest du Burundi) au service de l’état major général. Le but de la manoeuvre : empêcher que les 3 brillants officiers ne se rencontrent.. pour comploter !”

Comment alors, au vu de toutes ces précautions, ces officiers, quelle que soit leur génie, ont-ils pu organiser des complots? Le raisonnement de Madame feu capitaine Bazayuwundi à ce sujet se révèle sans faille:

“Dans les circonstances évoquées plus haut, il est difficile d’organiser un coup d’Elat, mais comme les assoiffés du pouvoir par la violence à l’égard des hutu devaient justifier leur plan diabolique en accusant les hutu de comploter, ainsi, ils avaient une motivation pour les éliminer.
Puisque Micombero et ses bourreaux étaient tellement sûrs de cette tentative de coup d’Etat, comment se fait-il que les arrestations ont eu lieu à Bujumbura à partir du 16.09.1969 et presque un mois plus tard à Ngozi? Les rares aveux arrachés par la torture justifient peut-être cela!
Nous rappelons que le plan dit “Simbananiye “fut dénoncé auprès de Micombero en avril 1968. Celui-ci n’a rien fait pour confirmer ou infirmer l’existence de ce plan, mais les agissements envers les hutu montraient plutôt l’exécution de ce plan.”

Ce raisonnement a été étayé par les analyses du Professeur A. Nsanze. Nsanze s’interroge avant de conclure au sujet des élucubrations d’A. Shibura déjà rapportées:

“Le laps de temps que les trois officiers hutu rentrés de Belgique ont passé dans le pays, se refamiliarisant avec ses réalités et s’attelant aux nouvelles fonctions, leur avait-il pet-mis réellement de préparer un génocide comme l’appelle Shibura ?
Deuxième question : quelle est la part réelle des syndicats chrétiens belges et de l’ambassadeur Hennuquiau dans cette affaire? Qui sont ces militaires qui pouvaient être massés à Kamenge à l’époque?
D’après R. Ntibazonkiza, les 3 officiers étaient déjà condamnés avant de quitter la Belgique. C’est ce qu’affirme Shibura en évoquant leurs contacts dans l’ancienne métropole. Car pour Micombero et son cercle d’amis, le prétexte de la fréquentation des milieux syndicaux belges était à lui-même suffisant pour couper la tête aux gens. C’est dans ce contexte qu’un scénario de coup d’État fut imaginé et bien mûri”.

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IV.3. Des tortures inouïes pour arracher des aveux

Tous les conjurés de 1969 ont subi de pires tortures dans leur détention. Un observateur attentif a pu ainsi écrire : 

“Les moyens de torture appliqués aux vaincus furent multiples et variés, relevant de l’imagination diabolique la plus prodigieuse. Les témoins affirment quà côté de cela les nazis n’avaient aucune imagination ! “

Ces tortures ont été brutales et cruelles au point que plusieurs détenus en ont succombé. La plus illustre de ces victimes est le docteur Cyprien Henehene, ancien ministre de la santé :

“Celle inquiétude(dans les milieux hutu) fui encore plus vive lorsque leur parvint la nouvelle de la mort du Docteur Henehene Cyprien, survenue en prison suite aux tortures …”

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Effectivement, nulle preuve de culpabilité ne fut produite contre les personnalités arrêtées. “Il s’agissait donc d’un complot inventé de toutes pièces et d’un procès préfabriqué”, a conclu purement et simplement un observateur.

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IV.4. Sur le plan juridique

Les procès de 1969 ont été entachés d’irrégularités sur le plan juridique. En oubliant ces tortures qu’aucune circonstance ne peut justifier, la plupart des condamnés n’ont pas eu droit à la défense des avocats, en dépit de la gravité supposée des charges. Les condamnés à mort avaient normalement droit à la grâce présidentielle. Mais le président Micombero le leur refusa. Les condamnations ont été arbitraires et sans aucune possibilité de recours. La volonté de les éliminer physiquement était délibérée, comme l’écrit à juste titre madame feu capitaine Bazayuwundi Mathias. Par ailleurs, d’après les spécialistes en la matière, la réalité d’un coup d’Etat s’établit de cinq façons : existence de documents, réunions séditieux, détention d’armes, aveux ou début d’exécution. L’avocat belge, Maître Van Der Planken a vainement insisté

“sur l’absence de l’un des 3 éléments constitutifs de l’infraction à savoir le début d’exécution. La justice considéra qu’il y avait eu début d’exécution car un des comploteurs, en l’occurrence M. l’Abbé Marc Gahungu avait été surpris en flagrant délit avec fusils et armes blanches qu’il acheminait vers les prévenus à Ngozi ! “,

Quelles affirmations grossières ! Il est aujourd’hui établi qu’aucune de ces preuves conventionnellement reconnues n’a pu être opposée à ces victimes d’un complot plus qu’imaginaire.

Toujours en matière juridique, il s’avère également utile de noter que le jugement rendu était totalement invalide puisqu’il n’a pas été motivé. Comme le révèle M. Manirakiza pour le cas de la parodie judiciaire consécutive au fameux “complot banyaruguru” de 1971, ici aussi, la cour militaire que présidait Damien Nkoripfa était illégale, car incompétente pour juger des civils, et par voie de conséquence le jugement aussi. C’est ce que les Australiens appellent un “kangouroo court”.

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IV.5. Réactions

Sur le plan interne, le régime étant policier, scandaleusement dictatorial et monopartisan, il n’y avait aucune forme d’opposition. L’Eglise catholique restait l’unique force morale. Mais sa hiérarchie a toujours été de mèche avec le pouvoir même lorsque ses membres étaient concernés. Ce qui était le cas en 1969, avec l’Abbé Marc Gahungu, Econome Général du Diocèse de Ngozi, ainsi que l’Abbé Gabriel Ngeze. Cependant, une timide protestation s’est manifestée. Une lettre a été adressée en date du 28 octobre 1969 au président Micombero par un groupe de prêtres (hutu et tutsi) du diocèse de Gitega sous l’égide de Mgr Nestor Bihonda, évêque auxiliaire de l’archevêque André Makarakiza et futur évêque de Muyinga. La lettre précisait prophétiquement: “la commission pastorale a constaté le fléau qui risque de détruire la société burundaise- le racisme hutu – tutsi. C’était avant le verdict.

Mais aussitôt le verdict rendu, la rapidité avec laquelle les condamnations furent exécutées a surpris plus d’un observateur. Les exécutions capitales eurent lieu aussitôt après l’arrêt de la cour martiale. Micombero voulait mettre les protestataires devant un fait accompli et ainsi leur couper l’herbe sous les pieds. En effet, des démarches et pressions extérieures s’exerçaient en faveur des malheureuses victimes. Mais comme le témoigne madame feu capitaine Bazayuwundi

“Ni la lettre du Pape Paul VI, demandant le recours en grâce à Micombero, ni les nombreuses lettres et interventions venant de Bruxelles, notamment des professeurs de l’Ecole royale militaire, n’ont eu aucun écho auprès du sanguinaire Micombero et de son équipe d’extrémiste assoiffés du pouvoir par le sang “.

De manière tout à fait officielle, plusieurs pays étrangers dont la Belgique et les Etats-Unis adressèrent au Burundi des lettres de protestation, mais en vain. L’ambassadeur de Belgique à Bujumbura, le général Hennuquiau, fut déclaré personna non grata par le Burundi, puis expulsé.

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“… soupçonnés qu’ils étaient en connivence avec les étudiants burundais de Belgique: dans la nuit du 18 au 19 mars 19 70, de nombreuses arrestations furent opérées parmi les étudiants de l’Université officielle de Bujumbura (UOB) et de l’Ecole Normale Supérieure (ENS).

Ces arrestations furent suivies de nombreuses autres incarcérations frappant des fonctionnaires gouvernementaux tous d’origine hutu. Ce fut une autre tentative d’élimination de l’intelligentsia hutu, lesprévenus étaient encore accusés d’avoir monté un complot contre la sécurité de lEtat! Quelques étudiants prirent le chemin de l’exil: ce fiit le cas de Celcius Mpasha et Albert Butoyi, qui se réfugièrent en Tanzanie “

Le lien de cette fuite d’étudiants avec les événements de 1969 a été également établi par BF Kiraranganya. Seulement pour cet auteur, ces étudiants ont aussitôt regagné les maquis de Bururi pour préparer 1972

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V. ETABLISSEMENT DES RESPONSABILITÉS

La responsabilité des massacres de 1969 incombe d’abord au président Michel Micombero et à ses conseillers. Elle est également imputable à toute cette machinerie juridico-administrative qui a trempé dans l’affaire, et dont le procureur général de la République Gabriel Mpozagara et le Président de la cour martiale Damien Nkoripfa ont constitué des maillons importants.

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V.1. Micombero Michel

Le Président Micombero, tutsi du clan hima, est né en 1940 à Rutovu, en province Bururi. Après des études primaires à la mission catholique de Rutovu, il fréquente le Collège du Saint-Esprit de Bujumbura. il rejoint l’armée le 15 avril 1960. Il est aussitôt envoyé à l’Académie Militaire de Bruxelles pour une formation de deux ans. Les Belges voulaient créer un corps d’officiers indigènes. Ils avaient par ailleurs déjà envisagé de confier le pouvoir aux hima comme déjà vu plus haut. Le 8 juin 1963, il est nommé Secrétaire d’Etat à la Défense. il devient ensuite ministre de la Défense en 1965 après l’exploit du génocide des hutu, puis premier ministre, et enfin président de la République à partir du 28 novembre 1966. Rien ne va plus arrêter ses extravagances en matière de sadisme et de folie meurtrière. Marc Manirakiza, une de ses victimes de 1971 le juge sans complaisance ,

“Peu de temps après l’accession mi pouvoir de Micombero, de nombreux observateurs décelèrent en lui des insuffisances manifestes : il était peu enclin au travail, peu disposé au dialogue, porté aux intrigues, et disciples de Bacchus à ses heures. Ceux qui le glorifiaient d’être le plus grand mathématicien, le plus grand physicien, le meilleur foolballeur, le plus grand orateur étaient, comme on s’en doute, les bénéficiaires du régime…Il agira et pensera en chef de bande, usurpateur d’un pouvoir pour lequel il n’était pas fait.”

En embrayant sur le caractère de l’homme, disposé aux flatteries, et voulant passer meilleur dans tous les domaines, il est aisé de conclure que toute personne susceptible de faire valoir des compétences supérieures, était d’office condamnée à la disgrâce. Cette raison peut expliquer son acharnement contre les trois officiers hutu en 1965, plus particulièrement Karorero Charles et contre les tutsi de Muramvya Jérôme Ntungumburanye et Paul Rusiga deux ans plus tard. Ces militaires avaient la réputation d’être les meilleurs officiers de toute l’armée du Burundi. Micombero ne supportait pas qu’ils puissent lui ravir la vedette. Micombero, contrairement à ses condisciples officiers Karorero et Ntungumburanye, accepte les promotions militaires et politiques à partir de 1962, sans avoir terminé ses études. Lorsque en 1968,les trois officiers hutuKarorero, Katariho et Bazayuwundi rentrent au pays, ils sont les tout premiers burundais à avoir terminé leurs études à l’Ecole Royale Militaire de Belgique; de quoi faire rougir Micombero ! Leur sort avait déjà été réglé. Si Micombero était plus qu’un chef de bande, il aurait pu écouter le commandant Martin Ndayahoze. Au lieu de réserver une suite approprié à sa note confidentielle N° 093/ 100/ CAB/68, il a préféré brandir des griffes dans un discours officiel, en profanant la culture burundaise dont la sagesse n’a jamais référé à un programme de génocide.

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VI. IDENTIFICATION DES VICTIMES

Le bilan des massacres de 1969 fait état de plusieurs dizaines, voire des centaines de victimes (voir à ce sujet le chapitre sur le verdict). Des listes exhaustives ne peuvent être établies faute de pouvoir accéder aux archives y relatives, au cas où elles existeraient. Les parents des victimes de 1969 devraient organiser leur association pour honorer la mémoire de ces derniers et rétablir toute la vérité. Si non, les burundais, toutes générations confondues se poseront toujours des question sur le sujet.

Il faut d’emblée dire que le monde rural n’a pas été touché, contrairement à 1965. Compte tenu de la nature de l’accusation, ce sont “les plus clairvoyants des enfants du peuple”, pour reprendre l’expression du Manifeste des Bahutu du 31 décembre 1969, qui ont été visés. On peut classer ces victimes en trois catégories, à savoir les militaires, les civils et les religieux.

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VI. I. Les militaires

Les victimes les plus célèbres sont les “trois officiers”. Tous les écrits disponibles associent les “trois officiers”, qui ont le tort commun d’être hutu, et d’être les premiers burundais lauréats de l’Ecole Royale Militaire de Belgique; exploit que jusque là aucun tutsi n’avait pu réaliser. Tels sont leurs deux péchés capitaux. Puisqu’il s’agit d’officiers, ils sont par ordre matricule Karorero Charles, Katariho Nicodème et Bazayuwundi Mathias.

1.Karorero Charles, matricule S0003

“Hutu né le 24-9-1939 à Kangwe en province de Muramvya. Il termine les études gréco-latines au collège du St Esprit en 1961 en même temps que Micombero. Il est des rares à avoir achevé les études militaires à l’Académie Militaire Royale de Belgique. Il retourna au Burundi en août 1968. Il fut promu capitaine. Plus tard, il lui fut interdit de quitter la ville Bujumbura. Dans la nuit du 23-24 septembre, il fut arrêté. Le 8 octobre, le gouvernement annonçait la découverte d’un complot hutu. Il subit une sévère interrogatoire et fut accusé d’être le leader de ce complot qui visait le renversement du régime. Il fut condamné par une cour militaire et exécuté le 26-12-1969”. Il faut rectifier cette erreur de date. Il a été exécuté à l’aube du 22 décembre. Le capitaine Karorero Charles comptait parmi les meilleurs officiers de l’armée burundaise. Le pouvoir Micombero le présentait à l’opinion comme étant à la tête du complot. Après sa mort, sa mère est devenue inconsolable.

2. Katariho Nicodème, matricule S0033

“Hutu né en province de Muramvya… Formation à l’Académie militaire royale de Belgique. Il retourne au pays en août 1968. Il est promu Lieutenant… Il devient Commandant de l’Ecole des Officiers de Bujumbura. Il est arrêté le 16-9-1969 et accusé de comploter contre le régime. Il est condamné par une cour militaire et exécuté”.

3. Bazayuwundi Mathias, matricule S0034

“Un des trois hutu qui ont complété leur formation à l’Académie Militaire Royale de Belgique. Il retourne au pays en août 1968. Il est promu lieutenant. Il fut affecté au camp dès fusiliers de Ngozi. Il fut arrêté en 1969 pour complot de renversement du régime. Il fut condamné par une cour militaire et exécuté”.

A son arrestation, Bazayuwundi a subi d’ignobles tortures dont son épouse ne sera jamais consolée…

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Parmi les civils victimes des massacres de 1969:

4. Kabura André.

“Politicien hutu né le 22 août 1938 en province de Bururi. Après 6 ans de formation secondaire, il suit une formation d’ingénieur civil en Belgique… Il fut député de l’Uprona à l’Assemblée Nationale, président de la JNR et plus tard de l’Uprona. Il a été par 3 fois ministre de l’économie. Il était ministre des postes et télécommunications en octobre 1965. Sa fille épousa Nkoripfa. Il a été arrêté en 1969, et condamné à une réclusion à perpétuité”. Il est quand même curieux que Damien Nkoripfa n’ait pas songé à sauver au moins son beau-père!

5. Kanyaruguru Barnabé

“Un hutu issu de milieu modeste… en province de Ruyigi. Après ses études secondaires au collège du St Esprit, il a reçue une licence en Sciences Economiques et Sociales à l’Université de Fribourg en Suisse. En septembre 1965, il fut nommé Directeur Général du plan… et plus tard ministre du plan Il put amasser une fortune personnelle et devenir un porte-parole de la cause hutu. Il a été arrêté en 1969 et exécuté comme le leader du présumé complot hutu contre le régime”.

Ces éléments biographiques sont confirmés par BF Kiraranganya, originaire comme lui-même de la province de Ruyigi, aux environs de la célèbre paroisse catholique romaine de Rusengo. Il aurait eu sa licence en sciences économiques en France en 1963. Il occupera le poste de ministre des finances et de l’économie “jusqu’au mois de septembre 1969, date à laquelle une “tentative” de coup d’état militaire fut “découverte”. Il allait payer! On l’accusa d’être le cerveau du coup d’état et il fut torturé en bonne et due forme, puis exécuté comme il se doit”. Ainsi donc, du côté civil, les événements d’octobre 1969 sont dits “Affaire Barnabé Kanyaruguru” . Après son exécution son épouse Pascasie, innocente, demeurera inconsolable. Elle en fut poursuivie, pour finalement mourir par éclatement :

“On lui posa donc sur la poitrine un instrument spécial, très lourd, destiné à lui comprimer la cage thoracique, le coeur les poumons; en même temps quon empêchait le sang de circuler dans les membres supérieurs et inférieurs en posant des ligatures au-dessus des genoux et aux bras (au-dessus des coudes). C’est une technique qui donne comme résultat l’éclatement de la victime

6. Ndayahundwa Anselme

Un hutu né à Busiga en province Ngozi. … Il fréquente l’Ecole des Finances à Bujumbura et devint inspecteur des finances à Ngozi depuis 1966, puis à Gitega, puis inspecteur général des finances à Bujumbura, où il vivait avec un hutu nommé Honoré Bindariye figurant parmi les 1 ères arrestations de 1969. Ndayahundwa fut également arrêté et condamné à 2 ans de prison. Mais il mourut en prison durant la répression anti-hutu de 1972″

7. Ndoreraho Balthazar

Un hutu, ancien fonctionnaire au ministre des affaires sociales, gouverneur de Buruni et de Ngozi. Il fut nommé Ministre des Affaires Sociales en 1967. Arrêté en 1969 et condamné à mort, le président Micombero commua cette peine en prison à perpétuité”.

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Fort heureusement des meetings d’information et d’apaisement organisés par le ministère de l’intérieur et le parti ramènent peu à peu la quiétude dans les esprits. Si l’on analyse la cause de cette petite crise qu’on vient de passer, on remarque un refroidissement des rapports entre citoyens qui peut se développer en une haine raciale. En effet, il existe aujourd’hui des manières et des façons non cartésiennes d’aborder les problèmes chaque fois qu’ils se posent. Les suspicions sont devenues “à sens unique”. Et ceci s’explique à la longue parce que les diffuseurs des faux bruits développent toujours le même thème: la récidive de 65. Alors ce thème diaboliquement répandu dans la population provoque le réflexe de défense et devient le “péril hutu” réclamant ” une lutte pour la survie”. Résultat, on constate une vigilance pré-orientée qui guette et attaque les mêmes cibles. Et une ethnie est sujette à des suspicions permanentes, chaque hutu devenant nécessairement raciste et subversif Si l’on se réfère à la vie courante, on relève vite ce regrettable état de choses. En effet aujourd’hui quand deux ou trois hutu se rencontrent pour trinquer un verre, on conclut tout de suite à un complot de subversion. Alors, l’imagination féconde des esprits malicieux tisse une épopée autour du fait, et voilà une crise qui jette la masse dans la stupeur! Si un hutu monte pour visiter les parents à I’intérieur, les autorités provinciales sonnent l’alerte et le filent indiscrètement et sans façon. Après son départ, elles organisent des interrogatoires pour toutes les personnes visitées, orchestrent des rumeurs diffamatoires et montent des complots de tactique pour simuler des incidences fâcheuses de sa visite. Et souvent des arrestations arbitraires s’en suivent. Résultat, il y a des gens qui dosent plus aller chez eux pour ne pas exposer les parents à des machinations torturantes.

Essayons d’éclaircir la situation en dénonçant les tactiques, les pratiques et les esprits en présence. C’est peut-être le seul moyen de sauver l’unité en péril. Car nos serinons et l’état actuel des choses démontrent la vulnérabilité des principes quand on les oppose aux passions. La situation empoisonnée actuelle prouve l’existence d’un racisme hutu tutsi dans nos murs. Du côté hutu, on compte des théoriciens d’une vraie démocratie à instaurer. Ceux-ci constatent que la structure administrative jusqu’en ses échelons les plus modestes est tutsi et condamnent le népotisme conscient ou inconscient qui résulte de ce monopole. En plus de ces incriminations, ils s’insurgent contre les tyrannies et les injustices facilitées par cette homogénéité ethnique dans l’administration de l’Etat. Face au principe tutsi d’autodéfense, les hutu trouvent que les tutsi ont inventé des thèses du “péril hutu” et de la “lutte pour la survie” pour créer des occasions de les torturer et de prolonger ou perpétuer leur domination. C’est ainsi disent-ils qu’on jette la terreur dans la masse, qu’on oriente des suspicions préconçues aux hutu devenus nécessairement racistes et subversifs, qu’on les guette, qu’on leur attribue des complots invraisemblables et qu’on les mine moralement et physiquement par des malices diaboliques. On parle même d’un “apartheid tutsi” qui se prépare!

Voilà l’histoire: une organisation raciste tutsi possède un programme d’action dont Simbananiye Artémon serait l’auteur. Le programme vise l’instauration d’un certain “apartheid” au Burundi. Sa réalisation s’opérerait en trois étapes

I. Semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels hutu.

2. Vous faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère-,

3.Tablant sur les faux bruits déjà en circulation, crier haro sur les hutu pour récidive de 65.

Alors il ne restera plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et à se montrer très actif dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de zèle. Après ce coup de balais, l’apartheid régnera au Burundi et le “péril hutu” sera anéanti à jamais.

La position des hutu se définit essentiellement par rapport à cette peur, ces incriminations et ces revendications. Le hutu regrette en outre son absence dans les organes de vigilance (la sûreté et la justice) et son accession difficile aux postes de confiance. Mais, à mon avis, tous les hutu, sauf certains qui sont à l’étranger et qui doivent justifier de l’argent reçu des forces du mal, ne réclame que de vivre en paix et de bénéficier de la justice. Quant aux droits à recouvrer, je crois que tous confient cette mission aux jeu de l’histoire dans une compétition loyale. Le mythe d’incendiaires et dé subversifs qu’on leur attribue s’explique uniquement par l’adage : “Qui veut noyer son chien l’accuse de rage”. Aussi lorsqu’il y a une petite crise à caractère racial, il faudrait beaucoup d’impartialité, beaucoup d’exigences pour apprécier la valeur des renseignements et arriver à des conclusions justes de l’enquête. Et on devrait bannir la manie de coffrer les gens avant que la culpabilité ne soit établie-, car l’innocent qui y passe croit tout de suite à la complicité des organes de vigilance dans l’injustice endurée…

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Ces trois officiers venaient de terminer leur formation universitaire et militaire à l’Ecole Royale Militaire de Bruxelles. Rappelons en passant que Micombero Michel, Ntungumburanye Jérôme et Karorero Charles ont fréquenté en même temps le Collège du Saint-Esprit de Bujumbura avant de partir pour leur formation d’officiers militaires de 1960 à 1962, à l’Ecole Militaire en Belgique. Rentrés tous trois au pays en 1962, Micombero fut promu lieutenant en mars 1962 et capitaine en juin 1962, avant d’être nommé Secrétaire d’Etat à la Défense dans le Gouvernement Ngendandumwe en juin 1963. En 1964, Karoreroet Ntungurriburanye retournent en Belgique, pour continuer leur formation, le premier à l’Ecole Royale Militaire, le deuxième à l’Ecole Royale de gendarmerie à Liège. M. Ntungumburanye termine et rentre au pays en 1967, et est nommé chef de la sûreté nationale. Pendant ce temps, Karorero, Katariho et Bazayuwundi achèvent leur année de stage. Quelques mois avant leur retour au pays des trois officiers (Karorero, Katariho et Bazayuwundi), une rumeur circulait au Burundi, et surtout à Bujumbura, faisant croire que ces trois militaires avaient regagné le Rwanda et préparaient une attaque armée contre le Burundi. Micombero dépêcha un émissaire en la personne de Ntungumburanye Jérôme, chef de la sûreté de l’État. Il devait vérifier paraît-il, le fondement de cette rumeur. A notre connaissance, l’émissaire ne s’est pas d’abord rendu au Rwanda, où les tris officiers étaient censés se trouver, pour faire sa vérification, mais il est venu à Bruxelles, où il a rencontré ses collègues officiers dans un café près de la Place Dailly à Bruxelles. C’était au printemps 1968. Il s’en retourna ensuite pour rendre compte de sa mission.

Curieusement, la rumeur qui persistait n’a pas été démenti suite aux constatations de l’émissaire. Manifestement, ceux qui ont lancé une telle rumeur cherchaient à motiver toute action à l’encontre des trois officiers. Alors que les autres militaires tutsi, qui avaient suivi la même formation, ne faisait l’objet d’aucune accusation, les trois militaires hutu étaient quant à eux, comploteurs avant d’avoir achevé même leurs études. Un tel machiavélisme ne pouvait être que l’œuvre des tribalistes tutsi qui entendaient se maintenir au pouvoir par tous les moyens et qui ne voyaient pas d’un bon oeil l’arrivée de trois officiers hutu plus qualifiés que ceux qui contrôlaient les rouages de l’État et de l’armée.

La justice à deux vitesses

1. Le complot

Comme les trois militaires et leurs familles n’avaient rien à se reprocher, ils ont le plus simplement du monde regagné leur pays, le 6 août 1968, à la fin de leur formation. S’ils avaient préparé une attaque contre leur pays (comme le prétendait le régime Micombero), ils ne seraient pas rentrés sans les troupes qu’ils étaient sensés avoir préparées au Rwanda.

La façon dont nous fûmes accueillis était déjà en soi révélatrice de la suspicion à notre égard!

L’éloignement rapide par des nominations à Bujumbura-Bururi-Ngozi rendait tout contact quasi impossible (quand il s’agit de préparer un complot). Nous croyions qu’en arrivant à Bujumbura, nous serions accueillis et choyés par nos familles, mais nous avons été surpris par l’accueil, dès la descente de l’avion, par des officiers de l’armée burundaise, Mr Rwuri en tête, bien connu pour son extrémisme; avec des Jeeps dans lesquels nous fûmes embarqués jusqu’à l’hôtel Paguidas à Bujumbura où on avait pris soin de louer un studio pour chaque famille. Comme si nos familles n’étaient pas capables de nous recevoir chez elles! D’habitude, tous les officiers qui rentrent au pays ne sont pas accueillis de la sorte. Cela fut réservé à nous. Pourquoi? Nous avions l’impression d’être escortés pour être protégés contre un danger, mais en réalité, nous étions cernés et surveillés dès l’instant où nous avons mis les pieds à Bujumbura et durant le séjour à l’hôtel. Nous n’étions pas à notre aise, l’atmosphère était malsaine. Nous sommes restés environs dix jours, le temps des formalités administratives suivies des nominations: Karorero à Bujumbura, Katariho à Bururi et Bazayuwundi à Ngozi. Au bout de six mois, Katariho fut transféré à Bujumbura. Dans les circonstances évoquées plus haut, il est difficile d’organiser un coup d’Etat, mais comme les assoiffés du pouvoir par la violence à l’égard des hutu devaient justifier leur plan diabolique en accusant les hutu de comploter, ainsi, ils avaient une motivation pour les éliminer. Puisque Micombero et ses bourreaux étaient tellement sûrs de cette tentative de coup d’Etat, comment se fait-il que les arrestations ont eu lieu à Bujumbura à partir du 16.09.1969 et presque un mois plus tard à Ngozi? Les rares aveux arrachés par la torture justifient peut-être cela!

Nous rappelons que le plan dit “Simbananiye” fut dénoncé auprès de Micombero en avril 1968. Celui-ci n’a rien fait pour confirmer ou infirmer l’existence de ce plan, mais les agissements envers les hutu montraient plutôt l’exécution de ce plan. Nous sommes au mois de septembre 1969 où plusieurs personnes sont arrêtées pour avoir soi-disant comploté contre le chef de état; parmi elles des militaires, des civils et un religieux.

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…l’existence d’un complot pour donner à Micombero et à ceux qui voulaient aussi accéder au pouvoir, l’occasion de se débarrasser à jamais de tous les officiers et sous-officiers hutu, et par la même occasion limoger les officiers encore en formation à Bruxelles, de même qu’une partie de l’élite civile hutu rescapée de 1965.

En 1971, ce fut le tour des tutsi dits de “Muramvya” d’être accusés aussi d’avoir organisé un complot visant à renverser Micombero et ses acolytes de Bururi qui avaient le monopole sur tout. A la tête de ce complot, on verra accuser un certain nombre d’officiers non originaires de Bururi, dont Ntungumburanye et Rusiga, pour ne citer que deux, et plusieurs civils de la même région (tous tutsi). Us sont accusés d’avoir voulu renverser le régime de Micombero; apparemment ce sont les mêmes accusations qui ont conduit à la mort de 23 personnes en 1969, eux ils étaient hutu.

Comme les loups ne se mangent pas entre eux, le procès se soldera par des non-lieux et quelques peines légères! Vous comprendrez alors pourquoi j’ai intitulé cette partie “La justice à deux vitesse”.

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Conclusion

Au Burundi il y a eu toujours deux sortes de justice ou d’une justice à deux vitesses: celle clémente, exercée envers et pour les tutsi, et celle qui châtie les hutu, qui est donc expéditive sur base d’un document sans preuve ou tout simplement au profit de la globalisation et sans aucune défense. L’autre justice elle prend le temps de faire l’enquête, d’étudier le dossier, de rassembler les éléments, de laisser passer le temps, et en plus de veiller à ce que les prisonniers ne soient pas trop malmenés, et enfin, de gracier même ou alléger les peines suivant qu’on est né sous la bonne ou la mauvaise étoile! Qui pourrait dénombrer les tentatives de coup état au Burundi entre 1965 et aujourd’hui? Lesquelles ont réellement existé et lesquelles ont été inventées de toutes pièces? Dans les deux cas, les condamnations ont chaque fois été exemplaires quand il s’est agi des hutu.
Nous attendons tous une attitude contraire de la part de ceux qui nous dirigent aujourd’hui, pour croire aux changements qu’ils nous promettront; nous attendons des actes différents, des dirigeants dont nous venons de parler plus haut. Je crois sincèrement que l’histoire transparente et objective, sans maquillage, une justice saine et la même pour tous les burundais, seront le fondement même de cette unité nationale qu’on chante sur le bout de lèvres mais qu’on ne met pas en pratique. Cela permettra à tout le monde et surtout à nos jeunes qui seront le Burundi de demain, de connaître ce qui s’est réellement passé. Cela exorcisera peut-être certaines passions, rancœurs, esprit de vengeance en rétablissant la vérité pour ceux qui sont considérés comme coupables alors qu’ils ne le sont pas. Il faut que les burundais apprennent à se regarder droit dans les yeux en sachant tous la vérité sur le passé de leur pays. Alors seulement, les vrais patriotes se diront sincèrement “PLUS JAMAIS CELA” et chercheront ensemble les moyens d’y arriver, les tutsi comme les hutu.
Que les dirigeants actuels comme ceux de demain tiennent compte de cela dans tout ce qu’ils entreprennent aujourd’hui. Nous en avons assez de ces drames où le grand père a été tué, suivi du père ou de l’oncle quelques années plus tard, si pas la même année, suivi du fils ou de la belle fille et dont on fait croire aux orphelins qu’ils étaient des “bamenja” (traîtres), et ces orphelins se demandent encore aujourd’hui “Comment cela est-il possible?” Pitié pour nos enfants et nos petits enfants. “PLUS JAMAIS CELA”


REFERENCES :

– Extraits de “L’historique des relations Hutu-Tutsi”, Oeuvre collective de la communauté des réfugiés burundais en Belgique 1986 – 1987.

@AGNews 2002

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