Burundi: Pourquoi les Bahima ont-ils peur de la CNVR ?

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Pour aider à mieux comprendre un non burundais de la situation au Burundi. Imaginez vous si les Nazi n'avaient pas été jugés, et que le peuple juif (anéanti lors de la seconde guerre mondiale) devait lutter seul contre les Nazi et leurs réseaux internationaux ! Imaginez vous si le Régime de Havyarimana rwandais n'avaient pas été jugé, et que les Batutsi rwandais devaient combattre seul face aux réseaux des Interamwe … C'est ce que vivent les Bahutu Barundi, en ce moment, au Burundi. Il est important que ceux qui essayent de comprendre le Burundi contemporain prennent ce facteur en compte pour pouvoir faire une lecture juste de la situation. La difficulté du processus de justice transitionnelle au Burundi, c'est un peu cela … Les Bahima burundais doivent aujourd'hui faire face de leur passée de tortionnaire face aux Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris).   La Commission National Vérité et Réconciliation(CNVR) est  annoncée pour le début de l'année 2012 … Les Bahima burundais  gesticulent  dans tous les sens  pour convaincre, tous ceux qui le peuvent, de conseiller le gouvernement Nkurunziza ne pas se lancer dans cette aventure …

 


enlightened La dictature des Bahima du Burundi  a  régné de 1966 (1965) à 2003. Elle se distingue par ses dictateurs connus : Micombero Michel, Bagaza Jean-Baptiste, et Buyoya Pierre. Elle a aboli la  Monarchie millénaire des Bahutu Batundi. Elle est comptable de plus de 2.5 Millions de victimes Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris) en près de 40 ans de règne. Dans ce chiffre, on comprend : –  le million de morts ; – les réfugies ; et – les victimes des camps de concentration du dictateur Buyoya.


Actuellement, le Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC) dit apprécier le pas franchi par la remise officielle du rapport sur la Commission National Vérité et Réconciliation(CNVR) , le mois passé.  Selon Pacifique Ninihazwe, délégué général du FORSC, la société civile burundaise regrette que certaines recommandations issues des consultations nationales n’ont pas été considérées…


no Le Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), une organisation des enfants de la dictature des Bahima burundais (Micombero/Bagaza/Buyoya),  a réagi assez vivement, il y a quelques jours,  à l'approche de la mise en place de la CNVR.   


D'après le rapport de FORSC sur la CNVR , cette organisation souhaiterait que l'on intègre dans la CNVR plus des experts étrangers dans cette commission, et que l'on mise plus sur des enquêtes …

D'après Mme Nina Kayogera, juriste burundaise: " En général, les proches de l'ancienne dictature des Bahima burundais, ont peur… Le fait d'exiger des étrangers, dans des affaires qui regardent en premier lieu les Barundi, est une des dernières stratégies en vue d'éloigner le plus possible le processus du CNVR en cours. Car il faut du temps pour que ces étrangers puissent comprendre les Barundi. A moins que les Bahima burundais ne proposent des experts étrangers occidentaux qui font la confusion entre le Rwanda et le Burundi … L'autre stratégie, après avoir mobilisé l'Eglise catholique burundaise avec l'aide du FRODEBU, et de miser désormais désespérément sur des négociations qui pourraient avoir lieu au printemps prochain avec l' – ADC Ikibiri ".

Mme Nina Kayogera  ajoute : " Pendant ce temps, des gens comme Bikomaku Jean, Simbananiye Athémon, ou Mpozagara Gabriel, des personnalités qui ont contribué ou tué de nombreux Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris) durant la dictature des Bahima de Micombero à Buyoya, prient le bon dieu de toutes leurs forces pour que la CNVR soit renvoyer aux calendes grecques. Car ces derniers voudraient pouvoir finir leur vie sans être confronté à la multitude des familles de leurs nombreuses victimes …".

Mme Nina Kayogera tente de nous expliquer qui sont les Bahima au Burundi : " La confusion entre Batutsi et Bahima vient de la confusion portée par les explorateurs et autres chercheurs qui ont essayé de confondre les Bahutu-Batutsi du Rwanda-Urundi aux  Baïru-Bahima de Nkore ou du Karagwe (en Uganda). Les Baïru étaient confondus aux Bahutu et les Bahima aux Batutsi.  C'est de cette confusion que vont jouer les Bahima au Burundi surtout après l'indépendance jusqu'à nos jours.   En effet aux Accord d'Arusha en 2000, ce sont les Bahima burundais (Buyoya en l'occurrence) qui ont proposé un partage sous forme de quota ethnique 50/50 "Hutu/Tutsi".  Les Bahima s'incorporent d'office parmi les Batutsi. Or ils ne font pas parti des Batutsi Barundi dans la sociologie burundaise. Nullement, les Bahima burundais ont été des Bafasoni. Toutefois des clans étrangers, comme ceux provenant du Bugesera (les Benegwe,les Banyakarama,les Bahondogo…) , donnant des épouses aux Bami barundi sont devenus des Batutsi au Burundi. Dès lors, exception faite, on trouve des Banyakarama Bahima au Burundi.    Au Rwanda, les Benegwe, et les Bahondogo sont considérés  -originellement- comme des Bahutu. Parlant du Rwanda, les dictateurs  Buyoya ou Micombero qui font parti du clan des Bahima  -Bachaba- au Burundi seraient si ils étaient Rwandais des Bahutu. Ils appartiendraient au clan des – Bacyaba – (si  il s'agit bien des mêmes  clans).  Tout ceci, pour expliquer cet amour du FORSC ou des Bahima  pour les étrangers … La fameuse – 4ème ethnie-, précieuse au dictateur Buyoya."

Mme  Nina Kayogera,  juriste burundaise, termine en expliquant ce que sont les Batutsi Barundi: "La dernière dynastie du Royaume de l'Urundi était d'origine -Bahutu-. La société burundaise étant patriarcale, tous les descendants des Bami Barundi sont des Bahutu.  Par exemple:  Au départ on a un Muhanza des Bahutu (Ntare Rutshatsi), puis on aura Mwezi, Mutaga, et Mwambutsa, de même sang.  Comme le dit S.E. Nyamigogo (le muhanuzi), après un cycle si le premier monarque a un enfant, les enfants du cycle précédent se prendront un nom de clan [ ou rentreront dans un clan déjà existant (Pourquoi pas Bahanza ?)]. Cela signifie qu'ils ne pourront nullement prétendre un jour à régner. On parle des clans connus que sont : Abakundo,Abavubikiro,Abaruma,Abavuna… Autrefois, on les considérait comme de simple – Bafasoni-  mais aujourd'hui, ils sont considérés comme des Batutsi au Burundi. C'est le cas aussi pour les bashoka, basine, basenge …
Comme la linguistique africaine tend à le démontrer le mot – Batutsi – viendrait tout simplement du mot Balusi des voisins Bashi en RDC Congo. Balusi proviendrait du verbe Kuluga (abonder) ou Kuluza (faire abonder) ou Kulusiza (enrichir).
Dans les langues Bantu de l'Ouest du  Kivu, la particule luzi a une connotation politique de « supériorité » et de « noblesse ».  Avec les contacts fréquents que la monarchie burundaise a eu, à travers son histoire, avec le Bushi,  cela expliquerait pourquoi les Bafasoni barundi  deviendront par la suite des Balusi autrement dit des Batutsi.
Revenons au muhanuzi S.E. Nyamigogo, –  après Ntare Rugamba IV, un cycle après on devait se retrouver à Ntare V (Charles Ndizeye). Comme Ntare V (intronisé en 1966  sous l'oeil des Bahima – dont Micombero) n'a pas régné et surtout n'a pas eu de progénitures, d'où les Batare (enfants de Ntare IV), les Bezi (enfants de Mwezi Gisabo IV), et les Bataga (enfants de Mutaga IV) sont encore aujourd'hui considérés comme des Baganwa. Ils ne sont donc pas des Batutsi.
En conclusion,  les Batutsi  et les Baganwa  Barundi sont  bels et bien des Bahutu."


enlightened Qu'est ce qu'un Muhutu, un  Mututsi, ou un Muhima ?


Vendredi dernier, S.E. Gervais Rufyikiri, Vice Président du Burundi, rencontrait  à Bujumbura les citoyens barundi (surtout les membres du gouvernement et les hommes d'affaires burundais) pour une séance d’information et de sensibilisation sur la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle au Burundi. 
A cette séance d'information, S.E. Gervais Rufyikiri, rappelait que : «l’organisation de cette séance d’information et d’échanges est une réponse à la préoccupation du gouvernement du Burundi de permettre à tous les Burundais d’être informés sur l’importance et la raison d’être de la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle dans ce pays ». Il insista sur le fait que : « le peuple burundais et le monde entier nous jugeront en fonction de la façon dont nous aurons mis en place et conduit les mécanismes de justice transitionnelle qui sont une condition sine qua non pour la consolidation et la sauvegarde des acquis en matière de paix, de sécurité, de réconciliation ».
S.E. Gervais Rufyikiri présenta à son auditoire le rapport du comité technique sur la préparation de la mise en place de la Commission National Vérité Réconciliation (CNVR) au Burundi qui décrit les missions, le mandat, le fonctionnement de la CNVR, le projet de loi portant sur sa mise en place, les conclusions, et les recommandations pour assurer la réussite des activités de la futur CNVR. Il rappela très brièvement que les techniciens, qui avaient élaboré ce travail, s'étaient inspirés des cas du Rwanda, du Togo, d’Afrique du sud et d’autres pays; et que les principes directeurs pour une bonne politique de réconciliation y avaient été pris en compte : «le droit de savoir, le droit à la reconnaissance et la dignité, le droit à la réparation, les garanties de non répétition, le devoir de mémoire et la réconciliation».


no En 1958, le Projet de l'Empire des Grands Lacs (*) – en réalité celui des Bahima – porté par Mutesa II, Kabaka du Buganda (actuel Ouganda) et Mutara III (Mwami du Rwanda), souhaitait réunir le Rwanda, le Burundi, le Buganda et l'Ankore, Toro, et le Bunyoro. Ce projet a été mis à mal d'un côté parce qu'il fallait convaincre les Anglais et les Belges, mais aussi les Barundi !
Selon des spécialistes barundi, ce projet pourrait être une des explications qui ont amené à la disparition de la dynastie des Baganwa Barundi, passant de l'assassinat du muganwa Rwagasore(1961), de la pendaison des frères baganwa  Baranyanka(1962), de la disparition du muganwa Ignace Kamatari(1964), et  à  l'exécution de tous les chefs coutumiers Bahutu Barundi(Batutsi compris) du  Royaume en 1965 et de leurs enfants en 1969.


Le Burundi était un très vieux royaume africain,régis par les Bahutu Barundi (groupe ethnique comprenant les Batutsi et les Baganwa) jusqu'en 1965, période à laquelle les Bahima burundais font leur coup d'état et abolissent le Royaume de l'Urundi en 1966 (avec la complicité de la France). Dès lors, ce petit pays deviendra une République dictée par une des dictatures les plus sanglantes du 20ème siècle.


laugh On rappelle :
1961 à 1965, on a les assassinats: – en octobre 1961, le prince Louis Rwagasore (fils de Mwambutsa); – en 1962, 4 syndicalistes Bahutu Barundi à KAMENGE ; – en 1964, en mai du prince Ignace Kamatari (Frère du Roi, mwami Mwambutsa IV) et en décembre, Monseigneur Gabriel Gihimbare, évêque auxiliaire de l'archevêché de Gitega; – en 1965, plus de 500 Barundi vont trouver la mort dont M. Pierre Ngendandumwe (en janvier), puis en octobre M. Emile Bucumi, M. Mirerekano Paul, M. Mayondo, M. Ntimpirangeza, M.Burarame, M.Benyaguje, M.Neahoruri …
– En   décembre 1969,  des officiers  et des personnalités politiques   Bahutu Barundi  sont exécutés.
En 1972, lors du génocide des Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris), le pays comptait 3 millions d'habitants. Entre 300 000 et 500 000 Bahutu ont été tués et près de 500 000 ont fui le Burundi pour se réfugier en Tanzanie, Zaïre, et Rwanda.
– En 1988 à Ntega Marangara, on estime près de 100 000 morts.(Les chiffres sont approximatifs mais son tirer des documents de presse de l'époque.)
D'octobre 1993 à novembre 2003, il y a eu les hordes de réfugiés Barundi fuyant les massacres perpétrés par l'ex-armée burundaise du Major Buyoya. On a des chiffres qui parlent de plus de 1.200 000 réfugiés Bahutu Barundi éparpillés en Tanzanie, en RDC Congo (Zaïre), et Rwanda… Puis, il y a la politique des camps de regroupement ( ou Camps de concentration au Burundi) du Major Buyoya qui a, elle seule, fera plus de 1.2 millions de victimes…
Le Burundi est un pays qui a connu l'un des génocide les plus incroyables (par l'ampleur des morts) au 20 ème siècle.


Parlons de justice …

A l'époque du Royaume de l'Urundi, lorsque une famille (ex. Les Bahima en l'occurrence) se comportait mal par rapport à la société, la sanction judiciaire frappait tous les membres de cette famille. Elle était décimée. Mais la probabilité que le méfait refasse surface était très mince.
Aujourd'hui, avec le Burundi, Etat démocratique, une autre voie judiciaire est proposée. Elle a pour origine l'Afrique du Sud.  Il s'agit de mettre en place une Commission National Vérité et Réconciliation(CNVR).  Il s'agit pour les Barundi d'une expérience unique dans leur Histoire.


enlightened Terence Sinunguruza, membre de l'Union pour le Progrès National(UPRONA).  Il a été  Ambassadeur du Burundi aux  Nations Unis de 1993 à 1994.  Il a été Ministre des Réformes Institutionnelles de 1994 à 1996.  Il a été Ministre de la Justice de 1997 à 2001 puis  Ministre des Affaires Etrangères de 2001 à 2005. Il est considéré comme l'un des fidèles serviteurs de l'ancien dictateur Buyoya.


Hier, le vice président du Burundi, Térence Sinunguruza  rencontrait les responsables de la justice pour échanger sur le travail de la CNVR. Le vice président, Térence Sinunguruza, avec les responsables des services judiciaires, ainsi que les membres du comité de préparation du lancement de la Commission Nationale pour la Vérité et la Réconciliation, ont échangé sur le rôle de cette commission pour établir la vérité sur tous les crimes que le Burundi a connus depuis les années de l’indépendance. Le vice président, juriste de formation, insista sur le fait qu’il ne peut pas y avoir plusieurs vérités sur ce qui s’est passé au Burundi, mais une seule vérité, c’est-à-dire une même lecture des faits. Il a fait savoir que les gens fautifs qui demandent le pardon pourront bénéficier de ce pardon. Tout en précisant que les crimes de génocide et les crimes contre l’humanité ne pourront pas être pardonnés. Lors de cette rencontre, des échanges sur les formes de réparation y ont été abordées. Il s'agit notamment de pouvoir accompagner les victimes à oublier les malheurs qu’ils ont endurés… Enfin il ya eu des échanges sur la composition de la CNVR, et les relations qui doivent exister entre cette commission et la justice Burundaise d’une part, et avec le tribunal spécial qui est prévu dans les accords d’Arusha d’autre part.


enlightened Pour vous aider à comprendre  le processus de justice transitionnel qui démarre les mois qui viennent. AGnews vous propose de lire ces documents:


(*) L'Amb. Baranyanka Charles, Le Burundi face à lacroix et à la Banière,année edition- 2009, p.419,  lien : (*) L'Amb. Baranyanka Charles, Le Burundi face à lacroix et à la Banière,année edition- 2009, p.419,  lien :  http://burundi-agnews.org/LivreBaranyanka13102009-memoireduCongo.pdf 

DAM, NY, AGnews, le 27 décembre 2011.

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