Burundi: La catharsis vécue depuis la mort de Mwambutsa IV.

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Mwambutsa Bangiricenge  IV
Polémique autour du rapatriement du corps de  Mwambutsa IV.   
 
Grace à la victoire du CNDD/FDD (ex-mouvement politico-militaire devenu parti politique), aujourd'hui au Burundi, l'essentiel des réfugiés barundi qui avaient fui le Régicide/Génocide des Bahutu des années 60 et 70 sont rentrés. C'est à dire  les Bahutu Barundi (le Peuple Rundi  en général) dont  les Baganwa (famille royal Rundi) et  les Batutsi (les "Balusi" ou notables Barundi)  sont de nouveau dans leur pays où ils avaient été chassés de force par la dictature féroce des Bahima Burundais (Micombero, Bagaza, et Buyoya). Ce régime sanglant  a fait près de 4.5 millions de victimes Barundi  sur une période de près de 40 ans.
Le Burundi redevient peu à peu, sociologiquement, l'ancien Urundi d'hier.  Des débats essentiels sont entrain de fleurir… L'idée de se remettre en paix avec les ancêtres intervient très fort ! Beaucoup de Bahutu Barundi (Baganwa et Batutsi compris) n'ont pas su faire le deuil de leurs anciens défunts sous la Dictature meurtrière des Bahima burundais. Alors ils en profitent désormais à la veille des 50 ans d'indépendance du Burundi ! 
Cela va jusqu'au Sommet de l'Etat ! Car  les Barundi ont soif désormais  de souvenir … La question de rapatriement du corps du vieux monarque Feu  Mwambutsa IV (issue de la Dynastie des Baganwa), mort en exil en Suisse, surgit. Bien plus, qu'en 2017,  le cimetière où il repose dans ce pays d'Europe sera détruit et  n'existera plus.
D'un côté, on a ceux qui souhaitent que  le  Mwami (Roi) Feu Mwambutsa demeure enterré en Suisse comme il a souhaité dans son testament. D'autres, comme pour lui montrer, de là où Feu Mwambutsa  regarde, que le Pays est revenu au main des Barundi, voudraient en ce 50 ème anniversaire d'indépendance  rentrer son corps  au bercail. Il s'agit pour ces derniers, sans doute, d'un symbole fort  de fierté retrouvée !
 
Et notre cher code ésotérique qu'en dit il ? (Question posée aux initiés)  
 
Le Mwami du Burundi, Feu Mwambutsa Bangiricenge  IV, a été intronisé en 1915, comme tout monarque Rundi faisant parti de la Dynastie des Baganwa.  Cette Dynastie des Baganwa (la dernière parmi les dynasties qu'a connu le Royaume millénaire de l'Urundi) a été initiée par un pacte – ou code – oesotérique  entre  les Bahutu Barundi des clans des Bajiji et des Bahanza vers le 15 ème siècle ap.JC.
Selon ce code oesotérique (qui correspondrait aujourd'hui à la Constitution et qui est devenu une sorte de référence coutumière pertinente au niveau légal), le Royaume de l'Urundi, sous la dynastie des Baganwa, avait  à sa tête  un Mwami  qui devait porté un des 4  noms dynastiques que sont :  Ntare ( les descendants sont les Batare); Mwezi ( les descendants sont les Bezi) ;  Mutaga ( les Bataga comme descendants ) ; et   Mwambutsa (les descendants sont les Bambutsa). Le regne de l'un commençait toujours à la disparition (souvent la mort) de l'autre.
La gouvernance du Royaume était bipolaire. Il y avait le Mwami (Un Muhanza) avec le Muhanuzi (Un Mujuji). Ensemble, ils guidaient à la destiné du pays.
Concernant  un Mwami du nom de  Mwambutsa,  à sa mort, un nouveau cycle dynastique recommençait. C’est à dire que c'était de nouveau un Mwami du nom de Ntare qui dirigeait le pays, puis Mwezi, puis Mutaga, et en fin  Mwambutsa. Il s'agissait d'un système cyclique. 
Le Mwami porteur du nom de Mwambutsa était comme son nom l'indique :- un passeur; – celui qui passe;- ou qui est de passage. Son règne -très court-  avait pour ambition de préparer et d'annoncer le retour d'un Mwami du nom de Ntare. Ce n'était pas facile de porter le nom de Mwambutsa. On savait qu'il fallait s'éclypser rapidement du pouvoir. La tentation était grande. Par exemple, Feu  Mwambutsa Bangiricenge  IV était au pouvoir depuis 1915. Normalement, il aurait dû le quitter très vite. Il est resté jusqu'en 1966. Autrefois, il y avait des gardiens ou une sorte de police  pour faire respecter le code ésotérique Rundi.
Par exemple, en 1926,  c'est  Kanyarufunzo dit Runyota ( Dynastie des Bahanuzi -clan des Bajiji-, soit le dernier Muhanuzi connu )  qui tente de remettre de l'ordre. Son objectif était  de pousser le  Mwami Mwambutsa IV   à  « boire l’hydromel » et  passer le trône.  Mais en vain, car les Colons Belges crient à la révolte et s'arment. La suite, Kanyarufunzo est pendu à Gitega !  
Même s’il n’avait pas encore de descendants, un Mwami du nom de Mwambutsa était obligé de donner rapidement un héritier à la nation et ensuite disparaître aussitôt. Sinon il était empoisonné, étranglé,ou étouffé. Dans cette logique cyclique des règnes, son maintien au pouvoir trop longtemps allait provoquer une catastrophe  ou des ennuies énormes au pays. Il ne faut pas oublier que chaque Mwami avait  des devoirs  à accomplir. C'est à dire  des missions sacrées car prédites par le Muhanuzi. Par exemple, les Bami (pluriel du mot Mwami) : – du nom de Ntare ont comme devoir d'aggrandir le pays; – ceux du nom de Mwesi vont permettre à la population de jouïr du nouvel étendu du pays en protégeant ou défendant le territoire; – ceux porteurs du nom Mutaga peuvent être des -sauveurs de la Nation- ou des Batabazi (sg. Mutabazi) en cas de danger extrême que vivrait le pays (il s'agit d'une destinée porteur d'une potion magique de protection extraordinaire ) etc.   
La fin rapide et mystérieuse d'un monarque du nom de Mwambutsa fait que selon la jurisprudence liée à ce code ésotérique, il est très rare  qu'une sépulture ou même un culte funéraire ne soient donnés à un Mwami du nom de Mwambutsa chez les Barundi.
Revenons à Feu Mwambutsa Bangiricenge et  au rapatriement de son corps au Burundi…
 
La catharsis chez le Barundi que provoque la Mort de Feu Mwambutsa IV Bangiricenge.
 
Le Mwami  Feu  Mwambutsa IV Bangiricenge a été détrôné  en 1966 par son fils Feu Charles Ndizeye ,devenu Ntare V,  poussé au dos (1) par les Bahima Burundais (entourage du dictateur sanguinaire Micombero qui sont des – non initiés –  par définition chez les Barundi ) et  a du s' exiler. Il s'agissait d'un Coup d'Etat des Bahima burundais parmi lesquels on trouve de nombreux Basafu burundais ( qui sont des Bahima qui ,au cours de l'Histoire de l'Urundi, ont du être protégés par les Bami Barundi-et leurs familles notables- pour leur éviter une extermination).  
Feu Mwambutsa IV Bangiricenge est mort en Suisse en  1977 où il a été enterré comme il avait souhaité dans son propre testament. Feu Mwambutsa IV  n'a donc pas bénéficié de sépulture royale Inganzo et a disparu dans un lieu mystérieux (la Suisse)  comme cela est de coutume pour les monarques qui portent son nom.
Le retour de Feu Charles Ndizeye dit  "NTARE V"  au Burundi  le 30 mars 1972  a fait tellement peur aux Bahima Burundais. Car  ils se disaient, chez les Bahima, que  c'était le signe que les Bahutu Barundi allaient repartir à la conquête du Pouvoir (le fameux péril Hutu). En avril 1972,par précaution, Micombero assassine Feu  Charles Ndizeye ( devenu NTARE V pour le pouvoir Bahima ) et  réalise un Génocide à l'égards des Bahutu Barundi.
 
–  En avril 1977, à la mort de Feu  Mwambutsa IV Bangiricenge, un débat hautement coutumier et crucial  est né  entre les Barundi initiés -avec leurs descendants- qui avaient pu se sauver -des pogroms de 1965, 1969, et 1972 – causés par les Bahima burundais …  
La question que posait ce débat  la voici: – Faut -il considérer la Mort de Feu  Mwambutsa IV Bangiricenge  comme l'avenènement  d'un règne  d'un monarque du nom de NTARE ? 
Depuis  cette époque,  une catharsis a surgi chez les Barundi en les poussant inconsciemment à un vent de reconquête des "terres  des ancêtres Barundi" .  Cet esprit  va se répandre  dans l'inconscient des  Bahutu Barundi. Tous Mobilisés ! Des partis politiques vont naître  comme  TABARA  qui devient ensuite PALIPEHUTU (fin  des années 70) -, UBU (les années 80 ), MPD (les années 90)  , FRODEBU  (les années 90) , CNDD et FDD (1994), FNL-PALIPEHUTU (les années 90)   etc.  .  Cette  tempête de reconquête se poursuivra  jusque fin 2003 (Accords de cessez le feu -fin de la guerre civile-)  malgré les adjuvants à ce mouvement  qu'auront été :   -la Démocratisation des années 90 lancées par feu  François Mitterand (Président de la France)  pour des raisons  de géopolitique africaine; ou encore les Accords d'Arusha menés par le fameux  Mzee Nelson Mandela (en 2001) . Il fallait pour les Bahutu Barundi (Batutsi et Baganwa compris) repartir à la conquête comme un monarque du nom de NTARE aurait pu le faire ! 
 
– Par rapport à la question qui embarassait les initiés  à la mort de Feu  Mwambutsa IV Bangiricenge en 1977, certains penchaient plus pour expliquer ce phénomène catharsistique que vient de connaître le Peuple Rundi ces dernières années  comme ayant été  couvert par un règne  d'un monarque porteur du nom de MUTAGA  parce que les Barundi viennent de sauver leur Nation.
Pour ces derniers, du 30 avril 2003 au 26 août 2005, la Présidence de  Domitien Ndayizeye a été considérée comme celle d'un "Mwambutsa". Ils auraient voulu que S.E. Nkurunziza Pierre  soit  porteur de l'étendard d'un  monarque NTARE  … Mais apparemment ce n'est pas le cas !  Depuis août 2005, l'arrivée de S.E. Nkurunziza Pierre (Président du Burundi actuel) au pouvoir a sonné pour les Barundi  comme l'avènement  d'un Mwami du nom de Mwezi … C'est à dire celui qui allaient protéger les Barundi et leur faire profiter de la paix  ou  du "soleil" retrouvé  après de longues années de guerre.
 
 
C'est dans cette circonstance qu'il faut amener et comprendre ce débat  autour  du – oui ou non – pour du rapatriement du corps de Feu Mwambutsa IV Bangiricenge en ce 50ème anniversaire de l'indépendance du Burundi, ex- Royaume millénaire de l'Urundi.
Un monument de Feu Mwambutsa IV Bangiricenge, pour cette dynamique extraordinaire qu'a généré sa disparition dans l'inconscient des Barundi (ce réveil de conquête inscrit  dans  les gènes  comme  un leg ancestral sociétal chez les Barundi …), doit être érigé au Burundi. L'Etat doit aussi trouvé une solution honnorable pour que le corps de Feu Mwambutsa IV Bangiricenge  puisse reposer en paix  …
Bref, la paix que vit le Burundi en ce moment on l'a doit à tous ceux qui se sont mobilisés  pour que les Barundi se retouvent ensemble à l'aube de cette globalisation en marche…
 
DAM, NY, AGNEWS, le 11 mai 2012.
 
 

 

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