Burundi: Des victimes désabusées par la nomination du dictateur Buyoya.

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Le Dictateur sanguinaire burundais Pierre Buyoya

Le Dictateur burundais Pierre Buyoya   (Photo : TV5)

Au Burundi, le Dictateur Buyoya est perçu comme un criminel (*) qui tente d’échapper (lui et son réseau) à la justice nationale et internationale.
Mais, au niveau géopolitique,  cet homme est la personne qui a permis, à la France, de garder un pied dans le giron politique de la région des Grands Lacs africains  pendant la grande guerre des Grands Lacs face à la prise de pouvoir des anglo-saxons (USA/UK) dans cette partie de l’Afrique jadis francophone … Et la France ne l’oublie pas. Tout cela au grand dame des victimes de la Dictature sanglante qui a sévit pendant une quarantaine d’années  au Burundi …

Les associations des victimes de la Dictature des Bahima burundais  sont mécontents de la récente nomination du Dictateur Pierre Buyoya au poste de haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel.
M. Augustin Nzeyimana,  du Collectif Septembre-Décembre 1969, pense que ce genre d’actions ne font que renforcer financièrement tout le réseau des -enfants de la Dictature- :
” Cela ne va pas faciliter à dire la vérité lors de la  Commission Nationale Vérité Réconciliation (CNVR). On sait aujourd’hui  que certains militaires et qu’une partie importante de la société civile burundaise, toujours très agressive vis à vis du processus démocratique actuel et surtout muette vis à vis du génocide/régicide commis sous la Dictature des Bahima burundais (Micombero, Bagaza, et Buyoya),qui a fait plus de 4.5 Millions de victimes Barundi en 40 ans de règne, sont financés (ou jouissent du réseau)  par la fondation de l’ancien dictateur …”, répète M. Nzeyimana.
Pour le Collectif Septembre-Décembre 1969, les associations des victimes Barundi de la Dictature des Bahima Burundais ne peuvent faire face -financièrement- à cette dynamique de renforcement du réseau des -enfants de la Dictature-, orchestré de l’extérieur. Selon toujours le Collectif, aujourd’hui, on perçoit même des familles de victimes qui sont approchées pour -acheter leur silence- afin qu’ils ne se présentent à la CNVR …  Cette décision de Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, la nouvelle présidente de la Commission de l’Union Africaine de nommer l’ancien dictateur Buyoya sonne très mal à Bujumbura …

M. Nzeyimana du Collectif explique même qu’avec ce renforcement financier du Dictateur, il devient très difficile à l’appareil judiciaire du Burundi, avec les moyens qu’elle dispose,  de se mettre en action. Et pourtant … Voici le témoignage d’un résident burundais canadien, M. Nduwimana, sur l’implication du dictateur Buyoya concernant l’assassinat du héros burundais de la Démocratie, feu Ndadaye Melchior, premier président démocratiquement élu en 1993 :
 
” Le Major Pierre Buyoya aurait lancé la campagne de coup d’Etat, lorsque devant ses proches collaborateurs, il aurait déclaré au Mess des Officiers de la Garnison de Bujumbura, « je n’ai pas perdu les élections parce que j’avais un mauvais programme, mais plutôt parce que les burundais ont choisi de remettre le pouvoir aux divisionnistes. Messieurs les officiers, prenez vos responsabilités.» Vrai ou faux ?

En tout cas, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1993, avant même que le nouveau président élu ne soit investi dans ses nouvelles fonctions, un groupe des putschistes tente une attaque contre la résidence privée du futur président de la République, Melchior Ndadaye. A la tête de ce commando, il s’y trouve le Lt-Col Sylvestre Ningaba, chef de cabinet du Président Pierre Buyoya I (1987 – 1993). Un homme de ce rang pouvait-il se lancer dans cette aventure dans que son patron ne soit au courant ? Peut-être.

Mais l’histoire retiendra que, harcelé de toutes parts, le Major Pierre Buyoya aurait décidé d’arrêter ce putsch en téléphonant vers deux heures du matin, le Lt-Col Apollinaire Nzunogera, alias Cow-Boy (1er bataillon des parachutistes) et le Lt-Col Pancrase Girukwigomba (11e bataillon des blindés) de ne rien laisser sortir. Ils avaient pour mission de fournir l’appui logistique, notamment en engins lourds, pour l’attaque de la résidence de Melchior Ndadaye, élu comme président de la République mais non encore investi. Signalons d’ailleurs qu’une Commission d’Enquête des Ong’s a relevé une certaine « continuité étonnante entre le putsch du 3 juillet et celui du 21 octobre 1993, avant même que ne se multiplient les révélations. »

Durant toute la nuit du 20 et la journée du 21 octobre 1993, le Major Buyoya n’a pas fait le moindre signe de vie. Aucun message radiotélévisé pour calmer la situation ou apaiser les tensions. Pourtant, il avait et a toujours une grande influence sur certains officiers supérieurs et généraux de ce pays et dans toutes les garnisons. Pour certains observateurs, il ne pouvait pas arrêter un mouvement des troupes qu’il aurait lui-même commandité. Dans ses révélations du 25 août 1997, le Lieutenant Jean-Paul Kamana, depuis son exil ougandais à l’époque, sur la Voix d’Amérique (VOA) captée à Bujumbura (Burundi), accusa en âme et conscience, nommément, le Major Pierre Buyoya d’être celui qui a organisé le putsch. Il précisa même que lui et le Lieutenant John Ngomirakiza, a escorté François Ngeze chez le Major Pierre Buyoya, dans la nuit du 23 octobre 1993, aux environs de minuit, quand le coup d’Etat était en train de subir des fortes pressions de la communauté internationale.

Au niveau de l’exécution du putsch, la Commission d’Enquête ci-haut citée a été frappé par la participation active de nombreux militaires qui faisaient partie de la sécurité personnelle du Président Pierre Buyoya (1987 – 1993). Ceux qui avaient été mutés depuis juillet se sont arrangés pour être à Bujumbura autour du 20 octobre, pour « soins médicaux », alors que d’autres, bien que mutés, étaient parvenus à éviter de rejoindre leurs nouvelles unités ! Tout laisse croire qu’il y avait eu une consigne bien claire. Le Major Pierre Buyoya s’est lui-même trahi par les actes qu’il posa, après son énième coup de force, du 25 juillet 1996. Tous ceux qui auraient pris une part active dans le putsch du 21 octobre 1993 ont été hissés par ses soins, au sommet de l’Etat, dans les hautes sphères militaires et dans toutes les institutions de Transition : le Gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat et la Diplomatie. Dans ce bourbier politico-judiciaire, même si l’équation s’annonce très difficile à résoudre, il revient à la justice burundaise ou à une Cour Spéciale Internationale d’établir toutes les responsabilités dans ce dossier hypersensible, qu’il faudrait d’ailleurs manier avec des gants, des gilets anti-balles et un double casque !

Ainsi, le 21 octobre 1993, aux environs de dix heures trente du matin, Melchior Ndadaye, nouveau président élu du Burundi, aux affaires depuis seulement 102 jours, est sauvagement et cruellement assassiné ! Sa mort aurait été transformée en grand spectacle qui s’est déroulé dans un local pourvu de larges fenêtres, ce qui permettait aux militaires présents sur les lieux, d’assister presque en direct, comme un match de football ! Tout aurait également été tenté pour dissimuler le cadavre présidentiel, mais en vain ! Plus tard, les circonstances de cet ignoble assassinat ont été déterminées à partir des données objectives résultant de l’autopsie du Président Melchior Ndadaye, fait par le médecin légiste Pol Dodinval, le 19 novembre 1993. en ce qui concerne le mode opératoire, l’autopsie a établi que ce décès fut consécutif à des multiples coups portés par des instruments tranchants et piquants avec hémothorax et possibilité d’utilisation d’une corde placée dans la bouche du président.”

 

Les guerres au Burundi, au Rwanda, et en RDC ont atteint les 10 Millions de morts entre 1993 (assassinat du Président Ndadaye ) à 2006 (date 1ère élections démocratique en RDC). Alors au nom des intérêts de tel ou tel, peut on laisser des criminels ou des assassins impunis  ?
La question est posée au Burundi avec ce laisser aller concernant l’ex-Dictateur sanguinaire Buyoya qui jouit d’une équipe de communication redoutable, grâce à son ange gardien – la France – , qui essaient de le rendre plus blanc que blanc afin  de le faire devenir à tout prix  – un homme de paix – pour que les futurs juges internationaux de la CNVR en perdent leur latin  …

(*) – Le Génocide/Régicide du Burundi : [ http://www.burundi-agnews.org/genocide.htm ] ;
     –  Les Camps de Concentration du dictateur Buyoya : [ http://www.burundi-agnews.org/ccburundi.htm ] ;       
     –  L’Histoire du Burundi : [ http://www.burundi-agnews.org/histoire_du_burundi.htm ] ;

DAM, AGNEWS,NY, le 4 novembre 2012.

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